Les pê­cheurs de ba­leine har­pon­nés

Le Ja­pon vou­lait ré­ta­blir des « quo­tas » de pêche mais les an­ti­chasse ont ga­gné.

Le Parisien (Essonne) - - SOCIÉTÉ - PAR FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON FRAN­ÇOIS CHAR­TIER, DE GREEN­PEACE

Homme à l’échelle L’AVE­NIR DES ES­PÈCES me­na­cées se joue par­fois à main le­vée, dans le cadre feu­tré de réunions in­ter­na­tio­nales. Les ba­leines ne le sau­ront ja­mais, mais elles ont ga­gné hier le droit de vivre en paix. Réu­nis au Bré­sil, les 75 pays membres de la com­mis­sion ba­lei­nière in­ter­na­tio­nale ont re­je­té la pro­po­si­tion du Ja­pon d’au­to­ri­ser à nou­veau la pêche aux cé­ta­cés. « L’adop­tion de cette pro­po­si­tion au­rait été un grand pas en ar­rière, nous ra­me­nant aux jours sombres de la chasse com­mer­ciale à la ba­leine », sou­ligne Pa­trick Ra­mage, le di­rec­teur du pro­gramme de conser­va­tion ma­rine du Fonds in­ter­na­tio­nal pour la pro­tec­tion des ani­maux (IFAW).

LE JA­PON AVANCE L’AR­GU­MENT SCIEN­TI­FIQUE

Au XIXe siècle, quand l’huile de graisse de ba­leine ser­vait de car­bu­rant pour éclai­rer les ré­ver­bè- Le pe­tit ror­qual ou ba­leine de Minke, long de 10 m, est l’es­pèce la plus chas­sée dans le monde. res de Pa­ris, des bateaux de pêche bat­tant pa­villon fran­çais sillon­naient les mers pour tra­quer les cé­ta­cés. De­puis qu’un mo­ra­toire in­ter­na­tio­nal a in­ter­dit en 1986 leur chasse com­mer­ciale, les ba­leines peuvent dé­sor­mais dor­mir tran­quille au large de nos côtes. Mais les na­vires har­pon­neurs sont loin d’avoir dis­pa­ru.

Alors que la Nor­vège et l’Is­lande sont les seuls pays au monde à pra­ti­quer ou­ver­te­ment la pêche com­mer­ciale, les pê­cheurs ja­po­nais ont, de leur cô­té, cap­tu­ré l’an der­nier pas moins 333 ba­leines, dont 122 se trou­vaient en pé­riode de ges­ta­tion ! Pro­fi­tant d’une faille ju­ri­dique, ils af­firment ne pas pra­ti­quer de chasse com­mer­ciale mais tra­quer les ror­quals vi­vant au­tour de l’An­tarc­tique à des fins… scien­ti­fiques. « Mais la fi­na­li­té est bien de com­mer­cia­li­ser de la viande de ba­leine », s’in­surge Au­rore Mo­rin, char­gée de cam­pagne conser­va­tion ma­rine à IFAW.

Par­mi les pro­tec­teurs des cé­ta­cés fi­gurent l’Aus­tra­lie, la Nou­velle-Zé­lande et l’Union eu­ro­péenne. Le Bré­sil a réus­si à fé­dé­rer cette se­maine les an­ti­chasse pour adop­ter une dé­cla­ra­tion com­mune qui consi­dère que cette pêche ne se jus­ti­fie plus éco­no­mi­que­ment. No­tam­ment car la consom­ma­tion de chair de ba­leine a consi­dé­ra­ble­ment di­mi­nué. Mais le Ja­pon, lui, ne compte pas désar­mer ses na­vires-usines har­pon­neurs. « La science est claire : la po­pu­la­tion de cer­taines es­pèces de ba­leines est suf­fi­sante pour être chas­sée de ma­nière du­rable », avance la dé­lé­ga­tion ja­po­naise.

Une ana­lyse ré­fu­tée par les as­so­cia­tions éco­lo­gistes qui es­timent que l’ar­rêt dé­fi­ni­tif de la chasse per­met­trait à la po­pu­la­tion de cé­ta­cés de re­ve­nir à des ni­veaux équi­va­lents à ceux de l’ère pré­in­dus­trielle. « A la fin des an­nées 1970, le risque était que la plu­part des grandes ba­leines dis­pa­raissent, ce qui n’est plus le cas au­jourd’hui, mais la po­pu­la­tion de ba­leines à bosse reste très fra­gile », pré­vient Fran­çois Pe­tit ror­qual : 1 174 Ba­leine grise : 120 Ror­qual bo­réal : 90

LA PO­PU­LA­TION DE BA­LEINES À BOSSE RESTE

” TRÈS FRA­GILE

Char­tier, char­gé de cam­pagnes océans à Green­peace. Au sein d’IFAW, on met aus­si en avant l’im­por­tance éco­no­mique de sau­ver ces mam­mi­fères ma­rins dont la simple ob­ser­va­tion, lors de « sa­fa­ris en mer tou­ris­tiques », « rap­porte au­jourd’hui plus de 2 Mds$ par an dans le monde en­tier ».

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