Dé­faillances de construc­tion et d’en­tre­tien au stade d’Amiens

Un an après l’ef­fon­dre­ment d’une bar­rière dans les tri­bunes du stade de la Li­corne, un rap­port re­mis aux juges d’ins­truc­tion pointe des dys­fonc­tion­ne­ments en sé­rie.

Le Parisien (Essonne) - - FAITS DIVERS - PAR TIMOTHÉE BOUTRY

CE SOIR-LÀ, Amiens ac­cueille Lille pour la 5e jour­née du Cham­pion­nat de France de Ligue 1 de foot­ball. Une af­fiche qui rap­pel­le­ra de dou­lou­reux sou­ve­nirs aux sup­por­teurs lil­lois. L’an der­nier, le 30 sep­tembre 2017, le match avait été in­ter­rom­pu après l’ef­fon­dre­ment d’une bar­rière. L’ac­ci­dent avait pro­vo­qué la chute de plu­sieurs di­zaines de Lil­lois cé­lé­brant le but ins­crit par Fo­dé Bal­lo-Tou­ré. L’in­ci­dent avait fait vingt-neuf bles­sés, dont six plus griè­ve­ment at­teints.

Après un an d’en­quête, les deux juges d’ins­truc­tion n’ont pro­cé­dé à au­cune mise en exa­men. Le rap­port d’ex­per­tise tech­nique qui leur a été re­mis au mois d’avril, et dont nous avons pris connais­sance, pointe néan­moins une sé­rie de dys­fonc­tion­ne­ments. La construc­tion et l’en­tre­tien du stade, inau­gu­ré en 1999, sont poin­tés du doigt.

DES BAR­RIÈRES INS­TAL­LÉES PAR UNE EN­TRE­PRISE DE SERRURERIE

En oc­tobre, le par­quet d’Amiens avait com­mu­ni­qué sur les ré­sul­tats de l’ex­per­tise ini­tiale réa­li­sée en ur­gence. « Les pre­mières consta­ta­tions […] ont ré­vé­lé des ano­ma­lies dans les mo­da­li­tés de fixa­tion de la bar­rière dé­gra­dée, de même que dans celles iden­tiques ins­tal­lées dans le stade », in­di­quait le par­quet. Dans son se­cond rap­port, beau­coup plus com­plet, l’ex­pert confirme ses pre­mières ob­ser­va­tions, à sa­voir un pro­blème de fixa­tion et de sou­dure des bar­rières.

Mais cette fois, l’au­teur du do­cu­ment, in­gé­nieur en mé­ca­nique in­dus­trielle, va plus loin et s’in­ter­roge sur la ge­nèse de ces er­reurs. Il pointe un dé­faut dès l’ap­pel d’offres. « On peut s’éton­ner : cette fa­bri­ca­tion-réa­li­sa­tion de bar­rières-garde-corps était en prin­cipe une af­faire pour une so­cié­té de construc­tion mé­tal­lique ou de chau­dron­ne­rie », in­dique l’ex­pert. Or, sou­ligne-t-il du­bi­ta­tif, c’est une en­tre­prise de serrurerie qui a rem­por­té le mar­ché ! En clair, l’ex­pert es­time que la so­cié­té re­te­nue ne pos­sé­dait pas les com­pé­tences suf­fi­santes pour rem­por­ter le mar­ché.

L’en­tre­prise ne semble d’ailleurs pas avoir été pous­sée dans ses der­niers re­tran­che­ments. « Au­cune étude et note de cal­culs n’a été réa­li­sée, ni de­man­dée à la pré­sen­ta­tion du pro­to­type alors qu’elles étaient re­com­man­dées pour ce genre de construc­tion », écrit l’ex­pert.

Cette ano­ma­lie ori­gi­nelle n’a ap­pa­rem­ment ja­mais été rat­tra­pée. L’ex­pert, tou­jours aus­si per­plexe, s’étonne que les deux bu­reaux de contrôle qui ont tra­vaillé avant l’ou­ver­ture du stade « ne sem­blaient pas concer­nés » par la vé­ri­fi­ca­tion des gar­de­corps. « Il n’y au­ra eu au­cun sui­vi­con­trôle de chan­tier de pose des bar­rières », sou­ligne-t-il.

En der­nier res­sort, l’ex­pert iden­ti­fie un po­ten­tiel dé­faut de main­te­nance de ce stade ex­ploi­té par Amiens Mé­tro­pole. Les contrôles ef­fec­tués après l’ac­ci­dent ont no­tam­ment ré­vé­lé que plu­sieurs écrous, sous l’ef­fet du temps ou des vi­bra­tions, man­quaient à l’ap­pel. « Compte te­nu de ce qui a été consta­té, au­cune opé­ra­tion de main­te­nance n’a semble-t-il été réa­li­sée de­puis l’ou­ver­ture du stade », conclut-il son rap­port.

In­ter­ro­gée hier, Aliens Mé­tro­pole, dont les lo­caux avaient été per­qui­si­tion­nés en no­vembre dans le cadre de cette en­quête, « se re­fuse à tout com­men­taire » compte te­nu des in­ves­ti­ga­tions ju­di­ciaires en cours.

Les vic­times, elles, s’im­pa­tientent. « Il y a ma­ni­fes­te­ment eu des dys­fonc­tion­ne­ments dont il convient d’iden­ti­fier les res­pon­sables, in­siste Me Nas­si­ri, qui dé­fend les in­té­rêts de 46 sup­por­teurs im­pli­qués. Mes clients veulent sa­voir pour­quoi cette bar­rière est tom­bée. Ils s’in­ter­rogent aus­si sur la du­rée de l’en­quête. » Les groupes de sup­por­teurs du Losc ont in­vi­té leurs membres à se pré­sen­ter ce soir au stade vê­tus d’un gi­let jaune pour com­mé­mo­rer l’évé­ne­ment. De son cô­té, le club d’Amiens a an­non­cé cette se­maine avoir ache­vé les tra­vaux de sé­cu­ri­sa­tion des tri­bunes.

Amiens (Somme), le 30 sep­tembre 2017. Un garde-corps bor­dant une tri­bune où étaient mas­sés des sup­por­teurs lil­lois s’était ef­fon­dré, fai­sant vingt-neuf bles­sés, dont six graves.

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