« Je de­vais tra­vailler avec John­ny Hal­ly­day »

Le chan­teur amé­ri­cain Len­ny Kra­vitz, qui vit en par­tie à Pa­ris, vient de sor­tir un ex­cellent nou­vel al­bum.

Le Parisien (Essonne) - - LOISIRS - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR ÉRIC BU­REAU

Len­ny Kra­vitz n’a pas be­soin de cé­lé­brer l’an pro­chain le 30e an­ni­ver­saire de son pre­mier al­bum, « Let Love Rule ». Il le fait dé­jà avec « Raise Vi­bra­tion », qui ra­vive la flamme de son chefd’oeuvre ori­gi­nel. Son on­zième al­bum est ha­bi­té par un grand souffle soul, des tubes funk et pop ir­ré­sis­tibles — « Low » avec la voix de Mi­chael Jack­son, « 5 More Days ’Til Sum­mer », « Ride » — et de su­blimes bal­lades, comme « John­ny Cash » et « Here to Love », por­té par un choeur gos­pel. Un signe par­mi d’autres, il a re­noué avec ses dread­locks de l’époque.

Dans ce disque, comme dans ses in­ces­santes tour­nées — dont son mé­mo­rable concert pa­ri­sien en juin der­nier, où il a fait le tour de l’Ac­cor-Ho­tels Are­na en jouant « Let Love Rule » pen­dant vingt-quatre mi­nutes —, la rock star de 54 ans ap­pelle à un sur­saut pour sau­ver la pla­nète. « L’amour est la seule

“À PA­RIS, QUAND JE NE TRA­VAILLE PAS, COMME TOUT LE MONDE JE MARCHE, JE M’ASSOIS AUX TER­RASSES, JE VAIS AU MU­SÉE, ”

À L’OPÉ­RA…

ré­ponse », mar­tèle ce­lui qui dit en­trer dans « une nou­velle ère avec cet al­bum » mais ne sait pas où elle le mène. Nous l’avons ren­con­tré à Pa­ris, sa ville de coeur.

« CET AL­BUM, JE L’AI EN­TIÈ­RE­MENT RÊ­VÉ »

« Chaque disque re­pré­sente une pé­riode de ma vie. Ce­lui-ci, je l’ai en­tiè­re­ment rê­vé. Ce fut une ex­pé­rience in­croyable, un ma­gni­fique ca­deau qui m’a été fait. Les chan­sons me ve­naient entre 2 heures et 5 heures du ma­tin. Par­fois en en­tier, par­fois la mé­lo­die, par­fois les pa­roles, le re­frain… Quand je me ré­veillais, j’écri­vais ce que j’avais rê­vé. Cet al­bum est une dé­cla­ra­tion d’amour. Nous vi­vons des temps dif­fi­ciles. Je suis d’un na­tu­rel op­ti­miste, mais il faut nous ré­veiller. Ce sont mes pa­rents qui m’ont trans­mis cette conscience éco­lo­gique. Gran­dir aux Ba­ha­mas m’a ap­pris à connaître et res­pec­ter la na­ture. Et j’ai eu la chance de naître dans une fa­mille pleine d’amour. »

« LE JOUR OÙ MA MÈRE EST MORTE… »

« Dans la chan­son John­ny Cash, je chante : Prends-moi dans tes bras comme John­ny Cash. Cette phrase m’est ve­nue pen­dant mon som­meil. Mais ce­la m’est réel­le­ment ar­ri­vé le jour de la mort de ma mère (NDLR : la co­mé­dienne Roxie Ro­ker, dé­cé­dée d’un can­cer en 1995). J’étais à Los An­geles, j’avais pas­sé toute la jour­née avec elle à l’hô­pi­tal. Puis je suis ren­tré dor­mir chez mon ami Rick Ru­bin (un cé­lèbre pro­duc­teur de rock) et, quand j’y suis ar­ri­vé, j’ai ap­pris que ma mère était dé­cé­dée. J’étais dé­vas­té. Les pre­mières per­sonnes que j’ai croi­sées, ce sont John­ny Cash et sa femme, June Car­ter, qui fai­saient un al­bum chez Rick. Ils m’ont conso­lé, pris dans leurs bras, dit de très belles choses. Ils sont de­ve­nus à cet ins­tant deux membres de ma fa­mille. Toute ma fa­mille était restée à l’hô­pi­tal. »

« JE SUIS TOM­BÉ AMOU­REUX DE PA­RIS »

« J’ai fait une dé­cla­ra­tion d’amour à Pa­ris lors de mon der­nier concert à Ber­cy. Je suis tom­bé amou­reux de cette ville il y a trente ans. J’y ai ache­té un lo­ge­ment il y a douze ans (un hô­tel par­ti­cu­lier dans le XVIe ar­ron­dis­se­ment) et j’y ai ins­tal­lé un stu­dio d’en­re­gis­tre­ment. J’y fais de la mu­sique, j’y ré­pète par­fois. Quand je fais une tour­née eu­ro­péenne, Pa­ris est ma base. Cette ville m’ins­pire, sa beau­té, son ar­chi­tec­ture, son de­si­gn. Quand je ne tra­vaille pas, comme tout le monde, je marche, je m’assois aux ter­rasses, je vais au mu­sée, à l’opé­ra… Les at­ten­tats à Pa­ris m’ont bou­le­ver­sé, mais ils me touchent de la même ma­nière à New York, en Afrique, en Asie… Je m’ex­prime pour tous les êtres hu­mains. »

« JOHN­NY M’A TOU­JOURS SOU­TE­NU »

« La dis­pa­ri­tion de John­ny Hal­ly­day m’a beau­coup pei­né. Il était ado­rable avec moi et m’a tou­jours sou­te­nu. On de­vait tra­vailler en­semble. Nous en par­lions de­puis des an­nées. Mais ce­la ne s’est mal­heu­reu­se­ment pas fait. La der­nière fois que je l’ai vu, c’était l’an­née der­nière, chez lui, à Los An­geles, quelques mois avant sa mort. Nous avions pas­sé l’après-mi­di et dî­né en­semble. C’était tou­jours un plai­sir de le voir. Il était très gen­til. J’ado­rais l’écou­ter ra­con­ter ses his­toires, ses sou­ve­nirs des an­nées 1960, ses ren­contres avec Bob Dy­lan et Ji­mi Hen­drix. »

Pa­ris, mar­di. « Cet al­bum, je l’ai en­tiè­re­ment rê­vé. Ce fut une ex­pé­rience in­croyable », confesse Len­ny Kra­vitz qui ar­bore de nou­veau ses dread­locks des an­nées 1990.

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