L’En­tente plus com­plète

Le Parisien (Essonne) - - SPORTS ILE-DE-FRANCE - PAR GILLES TOURNOUX PAR AR­NAUD DETOUT Au­jourd’hui, 14 h 30 : 16 heures :

LE CHE­MIN de croix conti­nue pour la Jeanne d’Arc de Drancy. Et cette fois, c’est sa voi­sine, l’En­tente, qui l’a un peu plus plon­gée dans un mau­vais rêve. Dire que le pro­mu dran­céen a souf­fert de la com­pa­rai­son est sans doute trop ré­duc­teur. Mais l’équipe de Ma­lik Heb­bar, bat­tue pour la sixième fois d’af­fi­lée lors d’un der­by in­édit en Na­tio­nal, de­vra vite gom­mer de gros­sières er­reurs.

« On va tâ­cher de se ren­for­cer dé­fen­si­ve­ment car on a af­fi­ché de la fra­gi­li­té dans un sec­teur qui a long­temps été notre force », note le coach dont l’équipe a dé­jà en­cais­sé 11 buts contre 17 sur toute la sai­son der­nière en N 2. Une ab­sence de mar­quage dans la sur­face a d’abord per­mis à La­bor d’ou­vrir le score en re­pre­nant de la tête un coup franc de Dieye (1-0, 37e).

TA­LAL EN­CHAÎNE

La deuxième bé­vue est in­ter­ve­nue en dé­but de se­conde pé­riode sur une mau­vaise re­lance plein axe. Dra­mé voit sa frappe re­pous­sée par Des­prez, prê­té par Lens (L 2) et ti­tu­la­ri­sé pour la pre­mière fois. Mais à l’af­fût, Ta­lal fu­sille le gar­dien pour réa­li­ser le break (2-0, 58e). Le mi­lieu of­fen­sif, qui ar­rive d’Amiens SC (L 1) en prêt, ins­crit là son deuxième but avec l’En­tente dans un match mar­qué par deux ex­pul­sions sans que l’at­mo­sphère ne soit pour­tant élec­trique.

C’était vi­si­ble­ment dur à ava­ler cô­té dran­céen à l’image de Khous, tête bais­sée au coup de sif­flet fi­nal. L’En­tente de Soui­ci, qui a dû ap­pré­cier la mi­nute de si­lence en mé­moire de son ami (et ex-co­équi­pier à SaintE­tienne) William Go­mis, tué par balles en dé­but de se­maine, pou­vait, elle, ju­bi­ler après ce suc­cès qui bo­ni­fie le pré­cé­dent (0-2) à Bourg-en-Bresse. « Ça nous donne une bonne bouf­fée d’oxy­gène. On a ga­gné en ma­tu­ri­té », ap­pré­cie l’en­traî­neur Vincent Bor­dot. IL EST AUS­SI HA­BILE avec ses mains dans sa vie pro­fes­sion­nelle que sur un ter­rain de foot­ball. William Avo­gnan Ya­po­bi (23 ans), le gar­dien de Bo­bi­gny (Seine-SaintDe­nis), exerce quo­ti­dien­ne­ment la pro­fes­sion de mé­ca­ni­cien dans un ga­rage pa­ri­sien du XIIIe ar­ron­dis­se­ment. Un mé­tier dé­cou­vert par ha­sard alors qu’il était en 3e à l’Aca­dé­mie Ber­nard-Dio­mède, à Is­syles-Mou­li­neaux (Hauts-de-Seine). « Je n’étais pas très bon à l’école, avoue le lon­gi­ligne por­tier (1,98 m). Mon pro­fes­seur prin­ci­pal m’a pro­po­sé de me ré­orien­ter dans une 2de pro­fes­sion­nelle. La mé­ca­nique m’a im­mé­dia­te­ment plu ! J’adore le chal­lenge de faire re­dé­mar­rer un vé­hi­cule en panne. »

Après l’ob­ten­tion d’un bac pro, puis d’un BTS mé­ca­nique, le jeune homme a été em­bau­ché l’an der­nier en CDI dans un ga­rage où il avait fait ses stages. Ce jeu­di, dans l’ate­lier où il nous re­çoit, le der­nier rem­part mu­ni de son bleu de tra­vail s’af­faire sur une boîte de vi­tesses, puis s’oc­cupe dans la fou­lée du contrôle com­plet d’un autre vé­hi- cule. Ses par­te­naires de foot­ball sont évi­dem­ment par­fois ten­tés de pro­fi­ter des ta­lents de leur por­tier. « Mais ça va, ils n’abusent pas trop… Ils me de­mandent seule­ment de chan­ger leurs ampoules pour évi­ter de payer la main-d’oeuvre », ri­gole ce­lui qui se lève chaque ma­tin à… 5 h 30 pour al­ler tra­vailler.

IL RENTRE CHEZ LUI VERS 23 H 30 QUATRE FOIS PAR SE­MAINE

Do­mi­ci­lié en Seine-et-Marne, à La Fer­té-sous-Jouarre, William Avo­gnan Ya­po­bi part à 6 h 30 pour évi­ter les em­bou­teillages. Avec huit heures de tra­vail heb­do­ma­daire et les en­traî­ne­ments à Bo­bi­gny, il rentre chez lui vers 23 h 30, quatre fois par se­maine. Dif­fi­cile for­cé­ment de conci­lier sa vie pro­fes­sion­nelle et celle de spor­tif.

« C’est dur phy­si­que­ment, mais j’ai pris l’ha­bi­tude, as­sure-t-il. Il est ca­pi­tal de ne pas at­tendre d’avoir 35 ans pour ap­prendre et avoir un mé­tier. Si le foot ne marche pas, j’ai quelque chose à cô­té. Ce­la né­ces­site quelques sa­cri­fices. Je ne peux plus sor­tir et m’amu­ser car c’est du

NA­TIO­NAL 2/6e JOUR­NÉE

temps de per­du pour me re­po­ser. »

Ar­ri­vé à l’AF Bo­bi­gny du­rant l’in­ter­sai­son 2017 en pro­ve­nance du FC Is­sy (R 1), William a été l’un des prin­ci­paux ar­ti­sans de la mon­tée his­to­rique du club de la Sei­neSaint-De­nis en Na­tio­nal 2. Vain­queur la se­maine pas­sée de Croix (3-0), le pro­mu (11e) af­fronte cet après-mi­di Cré­teil, lea­der du groupe D, lors de la 6e jour­née. « On a mon­tré du­rant les pre­miers matchs que nous avions notre place dans ce cham­pion­nat, mais l’ob­jec­tif reste le main­tien, in­dique ce­lui qui ap­pré­cie Thi­baut Cour­tois et Gian­lui­gi Don­na­rum­ma, les por­tiers du Real Ma­drid et de l’AC Mi­lan. A titre per­son­nel, je sou­haite al­ler le plus haut pos­sible. Mon rêve se­rait de jouer un jour pour la Côte d’Ivoire, le pays de mes pa­rents. »

« William est un ga­min po­sé, tra­vailleur et pé­tri de qua­li­tés, loue Phi­lippe Le­maître, l’un de ses en­traî­neurs. Je lui tire un grand coup de cha­peau de pou­voir en­chaî­ner un mé­tier phy­sique la jour­née puis des en­traî­ne­ments spé­ci­fiques de gar­dien le soir. C’est un bel exemple de cou­rage et de per­sé­vé­rance. »

“MES

PAR­TE­NAIRES N’ABUSENT PAS TROP. ILS ME DE­MANDENT SEULE­MENT DE CHAN­GER LEURS AMPOULES [DE VOI­TURE] POUR ÉVI­TER DE PAYER

LA MAIN-D’OEUVRE !

TA­BLEAUX DE BORD

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