Le pa­ra­cé­ta­mol, à do­ser avec mo­dé­ra­tion

Même si cet an­ti­dou­leur très consom­mé a beau­coup de qua­li­tés, il peut être dan­ge­reux à haute dose. Voi­ci nos conseils.

Le Parisien (Essonne) - - LA UNE - PAR ALINE GÉ­RARD

Les Fran­çais en sont les plus gros consom­ma­teurs en Eu­rope : mal de tête ? de dos ? de dents ? état fié­vreux ? cour­ba­tures ? Vite, un com­pri­mé de pa­ra­cé­ta­mol — 420 mil­lions de boîtes s’en vendent par an ! Peu cher, ef­fi­cace, ven­du en libre ac­cès dans les phar­ma­cies, il est aus­si tout ter­rain : con­trai­re­ment à l’ibu­pro­fène et à l’as­pi­rine, on peut en prendre en de­hors des re­pas sans ris­quer les maux d’es­to­mac. De­puis l’af­faire Nao­mie, dont le dé­cès le 20 dé­cembre der­nier à Stras­bourg vien­drait d’un sur­do­sage de pa­ra­cé­ta­mol, le voi­là pour­tant sous haute sur­veillance. L’Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té du mé­di­ca­ment et des pro­duits de san­té (ANSM) a dé­ci­dé d’ap­po­ser sur les boîtes qui en contiennent le mes­sage « sur­do­sage = dan­ger ».

I IL EXISTE 200 NOMS DE MARQUE

Le nom de marque du pa­ra­cé­ta­mol le plus connu est le Do­li­prane, mais il existe aus­si l’Ef­fe­ral­gan, le Da­fal­gan… Près de 200 mé­di­ca­ments en contiennent, seul ou as­so­cié à d’autres sub­stances. C’est aus­si pour ce­la qu’il a été dé­ci­dé d’ap­po­ser ce lo­go, car beau­coup de gens ne savent pas qu’ils prennent du pa­ra­cé­ta­mol… sous un autre nom. Jus­qu’au 30 sep­tembre, cha­cun est in­vi­té à don­ner sur le site

de l’ANSM son avis sur le meilleur lo­go pos­sible. Mais faut-il avoir peur de notre an­tal­gique pré­fé­ré dont la consom­ma­tion a bon­di de 53 % en dix ans ? « Non, le pa­ra­cé­ta­mol reste un mé­di­ca­ment sûr à con­di­tion tou­te­fois de res­ter dans les clous et de res­pec­ter les doses », pré­vient le pro­fes­seur Fran­çois Chast, chef des ser­vices de phar­ma­cie cli­nique des hô­pi­taux uni­ver­si­taires Pa­ris centre.

I QUELLES SONT LES DOSES MAXI­MALES AU­TO­RI­SÉES ?

Le maxi­mum est 70 mg/ki­lo et par jour, soit 3 à 4 g par 24 heures pour un adulte, se­lon son poids. « En cas de dou­leur per­sis­tante, on peut mon­ter à 4 g par jour, pré­cise notre ex­pert, mais en res­pec­tant un in­ter­valle de quatre heures à huit heures entre les prises. » En tout état de cause, « c’est un mé­di­ca­ment qu’on ne peut pas prendre trop long­temps. Au-de­là de cinq jours de trai­te­ment, il est pré­fé­rable de voir un mé­de­cin pour évi­ter des com­pli­ca­tions », aver­tit le phar­ma­cien. Car le risque hé­pa­tique n’est pas le seul à craindre, le pa­ra­cé­ta­mol peut à la longue nuire aux reins et créer des com­pli­ca­tions car­diaques en cas de prises trop fré­quentes. At­ten­tion aus­si aux autres mé­di­ca­ments qui en contiennent : ils peuvent vous faire dé­pas­ser la dose jour­na­lière maxi­mum sans le sa­voir. N’ava­lez pas par exemple trois Do­li­prane 1 000 et 4 com­pri­més de La­ma­line (autre an­ti­dou­leur conte­nant éga­le­ment du pa­ra­cé­ta­mol), vous al­lez vous re­trou­ver en sur­dose !

Sa­chez aus­si que si vous souf­frez de dou­leurs lom­baires, d’ar­throse (usure des ar­ti­cu­la­tions), le pa­ra­cé­ta­mol se­ra au mieux aus­si ef­fi­cace… qu’un pla­ce­bo, ont mon­tré plu­sieurs études outre-At­lan­tique. Ain­si, une dose quo­ti­dienne de 3 g va en moyenne ré­duire votre dou­leur ar­thri­tique de seule­ment 21 % alors qu’elle dis­pa­raî­tra presque to­ta­le­ment sous l’ef­fet d’an­ti-in­flam­ma­toires non sté­roï­diens (comme l’ibu­pro­fène). Mais eux aus­si sont à prendre avec pru­dence.

I EN CAS DE SUR­DOSE, QUEL EST LE RISQUE ?

L’in­toxi­ca­tion du foie. Le pa­ra­cé­ta­mol peut se ré­vé­ler­mor­tel et ex­pose le pa­tient à un risque d’hé­mor­ra­gie mas­sive. Les over­doses de pa­ra­cé­ta­mol sont dé­sor­mais la pre­mière cause de greffe du foie, pour rai­son mé­di­ca­men­teuse en France (plus de soixante cas l’an der­nier).

Evi­tez aus­si le cock­tail pa­ra­cé­ta­mol-al­cool, car votre foie, dé­jà fort oc­cu­pé à éli­mi­ner l’al­cool dans votre sang, se re­trouve sur­sol­li­ci­té et n’a plus la force d’éli­mi­ner un mé­ta­bo­lite toxique. Quelles sont les in­di­ca­tions d’une sur­dose ? D’abord des signes d’ir­ri­ta­tion gas­tro-in­tes­ti­nale, sui­vis deux jours plus tard d’ano­rexie, de nau­sées, de ma­laises, de dou­leurs ab­do­mi­nales.

Le pa­ra­cé­ta­mol est de loin l’an­ti­dou­leur pré­fé­ré des Fran­çais : sa consom­ma­tion a pro­gres­sé de 53 % en dix ans !

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