« De plus en plus de Fran­çais de­mandent à mou­rir en Bel­gique »

Le mé­de­cin belge Yves de Locht pra­tique des eu­tha­na­sies, no­tam­ment sur des ma­lades de l’Hexa­gone. Il pu­blie un livre sur le su­jet.

Le Parisien (Essonne) - - SOCIÉTÉ - PROPOS RECUEILLIS PAR MARC PAYET

YVES DE LOCHT sort « Doc­teur, ren­dez-moi ma li­ber­té »*, un ou­vrage dans le­quel ce mé­de­cin gé­né­ra­liste aborde sans dé­tour les actes de fin de vie aux­quels il a eu re­cours au­près de nom­breux pa­tients dans le cadre de la loi belge.Nous l’avons ren­con­tré à Pa­ris.

Com­bien d’eu­tha­na­sies avez-vous dé­jà pra­ti­quées ?

YVES DE LOCHT. J’en ai ef­fec­tué une cin­quan­taine de­puis 2005, dont une ma­jo­ri­té sur des ci­toyens fran­çais qui n’y avaient pas droit dans l’Hexa­gone. De plus en plus de Fran­çais de­mandent à mou­rir en Bel­gique.

Quels sont les cri­tères de la loi belge ?

Il faut que trois condi­tions strictes soient res­pec­tées : d’abord, une de­mande écrite du pa­tient ; en­suite, que la ma­la­die ou les consé­quences d’un ac­ci­dent soient in­cu­rables ; en­fin, que le pa­tient ait des souf­frances non « apai­sables ».

Quels sont les pro­fils de ces ma­lades ?

Il y a des gens qui ont la ma­la­die de Char­cot (NDLR : pa­tho­lo­gie neu­ro­dé­gé­né­ra­tive in­cu­rable), d’autres avec des souf­frances ter­ribles liées par exemple à des can­cers. La plu­part du temps, ils se sont vu ré­pondre par leur mé­de­cin en France : « Il faut te­nir, ac­cep­ter la dou­leur. » Je trouve que c’est un dis­cours hypocrite.

Pour­quoi for­mu­lez-vous ce ju­ge­ment sé­vère sur vos confrères fran­çais ?

Qui sommes-nous, nous, mé­de­cins, pour sa­voir mieux que le ma­lade s’il peut at­tendre en­core, avec de pa­reilles souf­frances ? Que fe­raient ces mé­de­cins à la place des ma­lades ? Pour­quoi ne pas lais­ser les gens dé­ci­der li­bre­ment de leur fin de vie ?

Mais vous-même, en pre­nant ces dé­ci­sions ir­ré­ver­sibles, n’êtes-vous pas jus­te­ment un mé­de­cin tout-puis­sant ?

Non, je ne crois pas. Les actes que je pra­tique le sont tou­jours à la de­mande ex­presse, et écrite, du pa­tient. Et sur la foi d’un dos­sier mé­di­cal si­gné par d’autres mé­de­cins. Il m’ar­rive sou­vent de re­fu­ser des dos­siers qui sont mal étayés.

“EN

FRANCE, DES MÉ­DE­CINS DISENT : « IL FAUT TE­NIR, AC­CEP­TER LA DOU­LEUR. » C’EST UN

” DIS­COURS HYPOCRITE.

En France, la loi Leo­net­tiC­laeys de 2016 pré­voit un droit à une sé­da­tion pro­fonde et conti­nue dans cer­tains cas.

C’est une fausse avan­cée, qui ne sa­tis­fait pas grand monde. En réa­li­té, même avec les di­rec­tives an­ti­ci­pées rem­plies par le ma­lade, le pou­voir fi­nal reste aux mé­de­cins. Car avec votre loi, même si le pa­tient a de­man­dé une sé­da­tion pro­fonde et conti­nue, le mé­de­cin peut es­ti­mer de son cô­té que les condi­tions sont in­ap­pro­priées et em­pê­cher le pro­ces­sus.

Pen­sez-vous que la loi va évo­luer en France ?

Je ne le crois pas, mal­heu­reu­se­ment. La mi­nistre de la San­té, Agnès Bu­zyn, reste dans le droit fil du pou­voir des mé­de­cins. Rien ne change.

« Doc­teur, ren­dez-moi ma li­ber­té. Eu­tha­na­sie, un mé­de­cin belge té­moigne », par le Dr Yves de Locht. Ed. Mi­chel La­fon. 240 pages, 17,95 €.

Bruxelles (Bel­gique), en 2017. Le Dr Yves de Locht re­grette que, mal­gré la loi Leo­net­ti-Claeys,« le pou­voir fi­nal reste aux mé­de­cins » en France.

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