Com­ment fonc­tionne-t-il ?

Le Parisien (Essonne) - - VIE QUOTIDIENNE SANTÉ - A.G.

LONG­TEMPS, on a cru qu’il était une ver­sion « light » de l’as­pi­rine… En fait, pas du tout. Com­mer­cia­li­sé d’abord aux Etats-Unis en 1955 sous le nom de Ty­le­nol, puis en France à grande échelle (an­nées 1960) sous le nom de Do­li­prane (photo) par le la­bo­ra­toire Thé­ra­plix (ac­tuel groupe Sa­no­fi-Aven­tis), le pa­ra­cé­ta­mol a beau être l’an­ti­dou­leur le plus uti­li­sé au monde, on est loin en­core d’en avoir per­cé tous les se­crets. Par quels che­mins agit-il ? On com­mence tout juste à le com­prendre. C’est seule­ment à par­tir des an­nées 1990 que le monde de la re­cherche a cher­ché à sa­voir. Avant, on s’était es­sen­tiel­le­ment in­té­res­sé à sa toxi­ci­té.

Cette mo­lé­cule est pour­tant plus que cen­te­naire. Syn­thé­ti­sée mais non bre­ve­tée (donc non pro­té­gée) en 1878. Mais l’in­dus­triel al­le­mand Bayer avait alors un pro­duit concur­rent à pla­cer, un dé­ri­vé de ce même pa­ra­cé­ta­mol qui s’est ré­vé­lé en­core plus toxique pour les reins. Le pa­ra­cé­ta­mol sombre dans l’ou­bli. En 1948, les bio­chi­mistes amé­ri­cains Ber­nard Bro­die et Ju­lius Axel­rod le re­dé­couvrent et l’in­no­centent. Dès lors, il va se ré­pandre. Mais c’est seule­ment à par­tir du mi­lieu des an­nées 1990 que des cher­cheurs fran­çais s’at­taquent à la com­pré­hen­sion de son mé­ca­nisme. Pour­quoi n’a-t-il pas d’ef­fet an­tiin­flam­ma­toire lo­cal comme l’as­pi­rine ? Quand on se coince un doigt dans la porte, les cel­lules lé­sées pro­duisent des sub­stances qui vont ex­ci­ter les nerfs de la dou­leur. L’as­pi­rine bloque leur pro­duc­tion. Le pa­ra­cé­ta­mol agit, lui, non lo­ca­le­ment mais au ni­veau du sys­tème ner­veux cen­tral, c’est ce qu’ils dé­couvrent.

D’autres cher­cheurs em­brayent. Leur dé­cou­verte : si le pa­ra­cé­ta­mol apaise la dou­leur, c’est en rai­son de mul­tiples trans­for­ma­tions chi­miques au ni­veau du foie d’abord, puis d’autres or­ganes (cer­veau et moelle épi­nière no­tam­ment). Ce qui in­duit une ré­ponse ner­veuse qui ré­duit la dou­leur. Ce la­by­rinthe reste lar­ge­ment à ex­plo­rer. Quand en au­rat-on fait le tour ? Pa­tience ! Ce n’est qu’en 1982 qu’on a per­cé le mys­tère de l’as­pi­rine. Ce­la a va­lu le prix No­bel au Bri­tan­nique John Vane et à ses col­lègues sué­dois Sune Berg­ström et Bengt Sa­muels­son. Pour­tant, l’as­pi­rine, is­sue de l’écorce du saule blanc, était uti­li­sée de­puis l’An­ti­qui­té. Le grand mé­de­cin grec Hippocrate (460-377 avant J.C.) conseillait dé­jà d’en prendre sous forme de dé­coc­tion pour sou­la­ger dou­leurs et fièvres.

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