Condam­né en jus­tice, le pré­sident de l’Ara­rat Is­sy s’ex­plique

Fran­cky Tou­tound­jian, pré­sident de l’Ara­rat Is­sy, a été condam­né à deux ans de pri­son dont un ferme et cinq ans d’in­ter­dic­tion d’exer­cer dans le foot dans l’af­faire des soup­çons de matchs ar­ran­gés en Ligue 2, qui re­monte à 2014. Il s’ex­prime pour la pre­mi

Le Parisien (Essonne) - - ESSONNE - PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENT PRUNETA

C’EST LUI qui condui­sait le mi­ni­bus pour al­ler à Gretz-Tour­nan à l’oc­ca­sion du 3e tour de la Coupe de France, hier. Comme d’ha­bi­tude… Trois jours après sa condam­na­tion, Fran­cky Tou­tound­jian, 61 ans, reste un pré­sident de l’Ara­rat Is­sy très in­ves­ti même si, par pré­cau­tion, il ne s’est pas ins­crit sur la feuille du match, per­du (4-2) par son club. Il s’ex­prime pour la pre­mière fois en lon­gueur sur l’af­faire (lire en­ca­dré) dans la­quelle il est im­pli­qué.

Com­ment avez-vous ac­cueilli le ver­dict de jeu­di ?

FRAN­CKY TOU­TOUND­JIAN. La re­laxe de Mi­chel Mi­lo­je­vic (NDLR : ex-coach de l’Ara­rat et ami), que j’avais em­bar­qué dans cette his­toire, m’avait dé­char­gé d’un poids. Mais quand ç’a été mon tour, j’ai pris un gros coup der­rière la tête. Un an de pri­son ferme, ça me pa­raît un peu dis­pro­por­tion­né quand même… Je sais que j’ai fait une grosse conne­rie, que c’est mal et je le re­grette. Mais quand on voit tout ce qui se passe au­tour de nous chaque jour, vous pen­sez que je mé­rite d’al­ler en pri­son ? Moi non. Je ne suis pas un voyou. Je n’ai ja­mais rien vo­lé dans ma vie.

Qu’es­pé­riez-vous du ju­ge­ment alors ?

Je m’at­ten­dais à un rap­pel à l’ordre avec une peine de sur­sis et une amende. A bien­tôt 62 ans, je n’ai pas be­soin qu’on me fasse la mo­rale. J’as­sume ma bê­tise. Le juge est un pas­sion­né de football. Il a vou­lu faire un exemple et c’est tom­bé sur moi. C’est sé­vère après tout ce que j’ai fait pour le foot ama­teur. J’ai don­né ma vie, ma san­té, mon ar­gent, j’ai sa­cri­fié ma famille.

Vous êtes aus­si in­ter­dit de toute fonc­tion du­rant cinq ans…

Oui, c’est sur­tout pour ça qu’on fait ap­pel. Je re­grette qu’il n’y ait pas eu une en­quête de mo­ra­li­té sur moi, qu’on ne ques­tionne pas les gens sur mon par­cours as­so­cia­tif. Cer­tains se disent pas­sion­nés de foot mais pour eux ça s’ar­rête à la L 1 ou de­vant la té­lé. On ne les voit pas s’oc­cu­per des ga­mins le mer­cre­di comme moi de­puis trente ans.

Les faits qui vous sont re­pro­chés ne sont pas ano­dins quand même…

Serge Kas­pa­rian (NDLR : ac­tion­naire prin­ci­pal de Nîmes à l’époque et condam­né à dix-huit mois de pri­son ferme pour avoir cher­ché à ar­ran­ger le score de plu­sieurs matchs afin d’évi­ter une re­lé­ga­tion du club en 2014) avait ai­dé mon frère, ma famille. J’ai man­qué de lu­ci­di­té en vou­lant rendre ser­vice à un ami. Par­fois, par ami­tié, tu fais des choses sans ré­flé­chir aux consé­quences… Et quand tu as mis le doigt de­dans, tu passes un, deux, trois coups de fil puis l’autre te rap­pelle… Mais on peut tout in­ter­pré­ter d’une conver­sa­tion té­lé­pho­nique. Moi, si j’avais vou­lu ga­gner de l’ar­gent dans le foot, je se­rais par­ti de l’Ara­rat de­puis long­temps.

Sur un plan per­son­nel com­ment avez-vous vé­cu cette af­faire ?

Cette his­toire m’a miné et me mine en­core. Je prends des ca­chets, j’ai du pso­ria­sis qui a pous­sé par­tout. C’est sur­tout pour les proches que c’est com­pli­qué. Jeu­di, ma fille de 27 ans pleu­rait au té­lé­phone en me di­sant : « Pa­pa, tu ne vas pas al­ler en pri­son ? » Ça fait mal.

Dans les stades ou les autres clubs, quelles ré­ac­tions ren­con­trez-vous ?

Mes amis, ceux qui me connaissent, savent l’homme que je suis. C’est ça qui m’im­porte. Bien sûr, cer­tains doivent se ré­ga­ler de ma si­tua­tion. Mais j’ai le même nu­mé­ro de­puis 1996, je ne l’ai pas chan­gé à cause de l’af­faire et j’ai re­çu beau­coup de marques de sym­pa­thie. Par­tout où je vais, je reste res­pec­té.

N’avez-vous pas néan­moins son­gé à vous re­ti­rer de la pré­si­dence de l’Ara­rat ?

Bien sûr. Ma famille m’a sou­vent de­man­dé d’ar­rê­ter. Mais c’est le club de ma com­mu­nau­té, de mon quar­tier. Je suis pré­sident de­puis vingt-cinq ans et je suis fier de ce que j’ai fait pour l’Ara­rat. Je n’ai pas be­soin de re­con­nais­sance mais je suis ga­rant de sa pé­ren­ni­té. La vé­ri­té, c’est que je n’ai trou­vé per­sonne pour me rem­pla­cer.

Com­pren­drez-vous que des pa­rents puissent main­te­nant hé­si­ter à ins­crire leur en­fant à l’Ara­rat ?

Ça, je ne l’ai ja­mais en­ten­du. Si un pa­rent m’avait dit ça, peut-être que là, je se­rais par­ti. Mais si je dois m’ex­pli­quer de­vant les pa­rents, je le fe­rai sans au­cun sou­ci. Ils sont en droit de me de­man­der des ex­pli­ca­tions. Moi, je n’ai rien à ca­cher. Au tri­bu­nal, j’ai dit la vé­ri­té sans en­fon­cer per­sonne. Même si ça ne m’a pas avan­ta­gé au fi­nal.

À BIEN­TÔT 62 ANS, JE N’AI PAS BE­SOIN QU’ON ME FASSE LA MO­RALE.

” J’AS­SUME MA BÊ­TISE.

“PAR­FOIS,

PAR AMI­TIÉ, TU FAIS DES CHOSES SANS RÉ­FLÉ­CHIR

” AUX CONSÉ­QUENCES…

Gretz-Ar­main­vil­liers (Seine-et-Marne), hier. Fran­cky Tou­tound­jian, pré­sident de l’Ara­rat Is­sy, reste im­pli­qué pour son club, qui dis­pu­tait le 3e tour de la Coupe de France.

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