Flo­rence Par­ly : « On a mis le pa­quet »

Flo­rence Par­ly, mi­nistre des Ar­mées, nous dé­voile les grands axes de son bud­get 2019. Ob­jec­tif : « mettre le pa­quet » pour ré­pondre à la fa­tigue des sol­dats… et du ma­té­riel.

Le Parisien (Essonne) - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR AVA DJAMSHIDI

AR­RI­VÉE à l’Hô­tel de Brienne il y a un an, Flo­rence Par­ly pré­sen­te­ra lun­di son pre­mier bud­get dont elle nous dé­voile les contours.

Com­ment avez-vous conçu ce bud­get ?

FLO­RENCE PAR­LY. Ce bud­get est le pre­mier après le vote de la loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire (LPM), qui dé­crit la tra­jec­toire de dé­penses jus­qu’en 2025. A cette échéance, l’en­ga­ge­ment pris par le pré­sident de la Ré­pu­blique de consa­crer 2 % du PIB à notre dé­fense (NDLR : 1,82 % au­jourd’hui) se­ra bien at­teint. Cette an­née, ce se­ra la pre­mière fois que l’on dé­marre une nou­velle pro­gram­ma­tion sur des bases très saines. Le bud­get se­ra de 35,9 Mds€, soit 1,7 Md€ de plus qu’en 2018, dont 19,5 Mds€ d’in­ves­tis­se­ments !

Vous avez hé­ri­té d’une ar­doise d’en­vi­ron un de­mi-mil­liard liée au sur­coût de nos opé­ra­tions ex­té­rieures et à Sen­ti­nelle. Com­ment l’an­ti­ci­pez-vous cette an­née ?

En 2017, les dif­fé­rentes ba­tailles qui ont per­mis la li­bé­ra­tion de Mos­soul ou de Ra­q­qa ont né­ces­si­té la consom­ma­tion de nom­breuses mu­ni­tions. Ce­la de­vrait di­mi­nuer en 2018. Sous la pré­cé­dente man­da­ture (NDLR : le mi­nis­tère était alors oc­cu­pé par son ac­tuel col­lègue aux Af­faires étran­gères, Jean-Yves Le Drian), une pro­vi­sion no­toi­re­ment in­suf­fi­sante avait été ins­crite en 2017. Dans le bud­get 2019, la pro­vi­sion se­ra de 850 M€. Nous au­rons un bud­get sin­cère.

Le chef d’état-ma­jor des ar­mées (CE­MA), le gé­né­ral Le­cointre, a évo­qué une ar­mée « érein­tée » et « amai­grie ». Son quo­ti­dien va-t-il évo­luer ?

C’est mon ob­ses­sion. S’il s’agit de dire que nos forces ont été uti­li­sées de fa­çon très in­tense alors que les moyens étaient en décroissance, per­sonne n’est en désac­cord sur ce point. Mais il ne faut pas déses­pé­rer les hommes et les femmes de la Dé­fense : ce bud­get va se tra­duire concrè­te­ment pour cha­cun. Mon chal­lenge est de faire en sorte que le plus grand nombre soit as­su­ré que cette amé­lio­ra­tion ar­rive.

Avec quels chan­ge­ments ?

Face à l’usure des hommes et des ma­té­riels, nous avons mis le pa­quet. Les gi­lets pare-balles sont très lourds et très peu er­go­no­miques. Nous al­lons donc les rem­pla­cer par des équi­pe­ments plus lé­gers et pro­tec­teurs. C’est une prio­ri­té. 55 000 gi­lets sont pré­vus dans le cadre de la LPM, mais 25 000 se­ront li­vrés dès 2019. Nous al­lons aus­si do­ter les sol­dats de treillis avec une pro­tec­tion ren­for­cée contre le feu, en cas d’ex­plo­sion par exemple. Toutes les forces en opé­ra­tion ex­té­rieure se­ront équi­pées dès 2020. L’ar­me­ment aus­si va évo­luer avec la pour­suite des li­vrai­sons de fu­sils d’as­saut — 8 000 d’ici fin 2019 — qui suc­cèdent aux Fa­mas : les HK416.

Quand les drones ar­més vont-ils être dé­ployés ?

Six se­ront li­vrés en 2019. C’est un pro­blème de ne pas avoir de drones ar­més, car ils per­mettent de dé­tec­ter la me­nace et d’in­ter­ve­nir im­mé­dia­te­ment le cas échéant. Dans le cadre de l’opé­ra­tion Bar­khane au Sa­hel, nous nous ap­puyons beau­coup sur les ca­pa­ci­tés d’ob­ser­va­tion de nos par­te­naires… Les pi­lotes de drones n’agi­ront pas de­puis la France. Ils par­ta­ge­ront le quo­ti­dien des autres pi­lotes d’avions et d’hé­li­co­ptères.

Les ap­pa­reils de ra­vi­taille­ment datent des an­nées 1960. Quand se­ront li­vrés les nou­veaux ?

Dès le mois d’oc­tobre, nous ac­cueille­rons à Istres le pre­mier avion ra­vi­tailleur de nou­velle gé­né­ra­tion, un Air­bus A330. Nous en au­rons 12 d’ici 2023. C’est un élé­ment cru­cial pour notre dis­sua­sion nu­cléaire, et une étape ma­jeure pour l’en­semble de nos moyens aé­riens.

L’ar­mée de terre dis­po­se­rat-elle de ses nou­veaux blin­dés dès l’an­née pro­chaine ?

Oui. 89 Grif­fon, ces nou­veaux vé­hi­cules blin­dés, vont ar­ri­ver en 2019. Leur pre­mière ca­rac­té­ris­tique est d’être connec­tés : la to­ta­li­té des don­nées se trans­met au­to­ma­ti­que­ment d’un vé­hi­cule à l’autre. Ce sys­tème per­met d’avoir une com­pré­hen­sion et une ana­lyse des so­lu­tions presque en temps réel. La deuxième ca­rac­té­ris­tique, c’est leur blin­dage ren­for­cé, es­sen­tiel pour la pro­tec­tion de nos sol­dats.

Dans quelle me­sure le contexte d’es­pion­nage mi­li­taire a-t-il in­fluen­cé le bud­get 2019 ?

LE BUD­GET SE­RA DE 35,9 MDS€, SOIT 1,7 MD€ DE PLUS QU’EN 2018

NOS FORCES ONT ÉTÉ UTI­LI­SÉES DE FA­ÇON TRÈS IN­TENSE ALORS QUE LES MOYENS ÉTAIENT EN DÉCROISSANCE

Le ren­sei­gne­ment et le cy­ber comptent par­mi nos prio­ri­tés ab­so­lues. Nous al­lons lan­cer mi-dé­cembre 2018 de Kou­rou (Guyane) le pre­mier sa­tel­lite CSO, d’ob­ser­va­tion mi­li­taire. Nous al­lons faire des re­cru­te­ments cen­trés sur ces be­soins nou­veaux du ren­sei­gne­ment et de la cy­ber­dé­fense : 450 postes se­ront créés dès 2019.

En cas de conflit ma­jeur, la France se­rait-elle en ca­pa­ci­té de s’en­ga­ger seule ?

S’il s’agis­sait de ré­ité­rer une en­trée en pre­mier sur un théâtre, comme ce­la a été le cas au Ma­li avec l’opé­ra­tion Ser­val, oui. Es­ton ca­pable de sou­te­nir seuls dans la du­rée un en­ga­ge­ment loin­tain ? La ré­ponse est non. S’il fal­lait re­pro­duire ailleurs une opé­ra­tion comme celle que nous me­nons au Sa­hel, en l’état ac­tuel des forces dé­ployées en Afrique et au Moyen-Orient, on ne pour­rait pas le faire, parce que nous sommes dé­jà très in­ves­tis.

Pa­ris (VIIe), mer­cre­di. Flo­rence Par­ly, la mi­nistre des Ar­mées : « L’en­ga­ge­ment pris par le pré­sident de la Ré­pu­blique de consa­crer 2 % du PIB à notre dé­fense se­ra bien at­teint. »

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