RE­TRAI­TÉS

CE QUI VA CHAN­GER POUR VOS PEN­SIONS

Le Parisien (Essonne) - - LA UNE - PAR VA­LÉ­RIE HACOT ET PAU­LINE THÉVENIAUD

Pour ten­ter d’apai­ser la co­lère de nom­breux re­trai­tés, le Pre­mier mi­nistre a pro­mis un geste fis­cal pour cer­tains d’entre eux.

« C’EST L’HEURE DES CA­DEAUX ! », s’es­claffe un mi­nistre. La se­maine avait com­men­cé par ce si­gnal en­voyé de­puis l’Ely­sée : « Il faut ar­rê­ter d’em­mer­der les re­trai­tés ! » Une pe­tite phrase lâ­chée par Em­ma­nuel Ma­cron de­vant ses équipes lun­di et, fait rare, op­por­tu­né­ment dis­til­lée dans les mé­dias. Elle se clôt sur cette an­nonce d’Edouard Phi­lippe, hier ma­tin sur France In­ter : 300 000 re­trai­tés — et non 100 000 — ne se­ront pas tou­chés par la hausse de la CSG. L’opé­ra­tion re­con­quête est lan­cée. « Nous mon­trons que nous sommes à l’écoute », sou­ligne-t-on à Ber­cy, ac­cu­sé, comme Ma­ti­gnon, par l’aile gauche de la ma­jo­ri­té de trop ser­rer la vis.

En ces temps d’im­po­pu­la­ri­té re­cord, il y avait ur­gence. Car les re­trai­tés n’ont pas été mé­na­gés de­puis le dé­but du quin­quen­nat. Il y a eu la hausse de la CSG en jan­vier, au­jourd’hui en­core « com­plè­te­ment as­su­mée » par l’Ely­sée, mal­gré la grogne gé­né­ra­li­sée. L’exé­cu­tif re­ven­dique sa phi­lo­so­phie : de­man­der des ef­forts aux an­ciens, au pro­fit de l’em­ploi et des sa­la­riés. Mais point trop n’en faut !

Le qua­si-gel des pen­sions (+ 0,3 % sur fond d’in­fla­tion ga­lo­pante) dé­voi­lé par le Pre­mier mi­nistre à la ren­trée dans le « JDD » a fait dé­bor­der le vase. « C’était une in­ter­view de mi­nistre du Bud­get », sou­pire un dé­pu­té LREM. « De di­rec­teur du Tré­sor », ren­ché­rit un autre, quand un mi­nistre dé­plore : « On n’a re­te­nu que les 0,3 %. » Au point que ce­la a été per­çu par cer­tains comme un tour­nant. Des cir­cons­crip­tions LREM est re­mon­tée « une vraie in­com­pré­hen­sion sur le mode pour­quoi on s’acharne sur nous ? ». Com­men­taire d’un ponte de la ma­cro­nie : « S’ils peuvent ac­cep­ter les ef­forts de bon coeur, il ne faut pas que les re­trai­tés aient l’im­pres­sion que ça leur re­vient des­sus ré­gu­liè­re­ment, comme de la grêle. »

Dans ce contexte ex­plo­sif, l’ap­pel de Ch­ris­tophe Cas­ta­ner à ré­flé­chir « sans ta­bous sur la fis­ca­li­té des suc­ces­sions » a pro­vo­qué une jo­lie co­lère en haut lieu. Ber­cy a illi­co fait chauf­fer le té­lé­phone pour dire tout le mal qu’il pen­sait de ce bal­lon d’es­sai. « Le Maire a fait sa­voir à Phi­lippe et Ma­cron que c’était vrai­ment une conne­rie, pour tuer l’idée dans l’oeuf », rap­porte un conseiller. Un avis vi­si­ble­ment par­ta­gé par le chef de l’Etat. En té­moigne cet in­fluent ma­cro­niste : « Il a été très fâ­ché de cette sor­tie. Je pense que Cas­ta­ner s’est fait vi­gou­reu­se­ment ta­per sur les doigts. » Car la thé­ma­tique choi­sie — tout ma­cro­niste soit-elle — est abra­sive. « Ce­la crée une in­quié­tude et une an­goisse ter­ribles chez les per­sonnes âgées », dé­crypte un mi­nistre.

COM­MU­NI­CA­TION À TOUT-VA

Et ce n’est clai­re­ment pas le mo­ment de mettre dans l’air des su­jets « d’une sen­si­bi­li­té ex­trême », pour­suit le même. Plu­sieurs pi­liers de la ma­jo­ri­té sonnent l’alerte de­puis un mo­ment. Ri­chard Fer­rand, Fran­çois Bay­rou ou Gé­rard Col­lomb sont mon­tés au cré­neau. Tout comme les dé­pu­tés LREM. « On se fait en­gueu­ler sur les mar­chés, té­moigne l’un d’eux. C’est une ca­té­go­rie qui a beau­coup vo­té pour nous et qui n’est pas abs­ten­tion­niste. »

Mes­sage re­çu. Le bud­get 2019 pour­rait « être l’oc­ca­sion de faire des gestes », avance-t-on. La pro­po­si­tion de Fer­rand — mo­du­ler la re­va­lo­ri­sa­tion des pen­sions pour épar­gner les plus mo­destes — « lui sur­vi­vra », glisse-t-on au sein du groupe LREM, qu’il vient de quit­ter pour le per­choir. Phi­lippe, lui, veut com­mu­ni­quer à tout-va. « On a de­man­dé à France 2 un maxi­mum d’in­ter­ven­tions de re­trai­tés pour l’Emis­sion po­li­tique jeu­di pro­chain », confie un proche. De la « pé­da­go­gie », mais sans chan­ger de phi­lo­so­phie. Suf­fi­sant ? Pas sûr… Pour l’op­po­si­tion et, sur­tout, les syn­di­cats de re­trai­tés, le compte n’y est tou­jours pas. Un té­nor de la ma­jo­ri­té en convient : « L’an­nonce de Phi­lippe touche une pel­li­cule. 200 000 re­trai­tés de plus, ce n’est ja­mais que 2 000 par dé­par­te­ment. »

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