Le genre en transe

Comme Chris­tine and the Queens, qui sort un deuxième al­bum au­jourd’hui sous le nom de Chris, de plus en plus d’ar­tistes as­sument de chan­ger de genre ou de ne pas choi­sir entre fé­mi­nin et masculin.

Le Parisien (Essonne) - - LOI­SIRS - PAR RO­BER­TO GAR­ÇON ET EM­MA­NUEL MAROLLE

Et Chris­tine est de­ve­nue Chris. D’abord sur des af­fiches an­non­çant le re­tour de Chris­tine and the Queens il y a quelques mois, puis à tra­vers le deuxième al­bum de la chan­teuse de 30 ans, de son vrai nom Hé­loïse Le­tis­sier, qui sort au­jourd’hui. Che­veux courts, re­gard ten­du, gar­çon man­qué. « Je suis une femme phal­lique », nous lan­çait-elle lors de notre ren­contre en juillet. Elle le chante dans cet ex­cellent nou­veau disque. « J’ai pas mal souf­fert en gran­dis­sant comme une jeune fille im­par­faite, nous confiait-elle il y a quelques se­maines. J’ai in­té­rio­ri­sé, souf­fert de ça et je m’en dé­bar­rasse pro­gres­si­ve­ment. » Chris parle d’elle, mais aus­si des autres. Ceux pour qui la fron­tière stricte entre homme et femme s’ef­frite, de nou­velles iden­ti­tés se des­sinent.

Se­lon un sondage Opi­nion­Way-#Moi­JeuNE« 20 Mi­nutes » pu­blié en fé­vrier, 13 % des 1830 ans in­ter­ro­gés ne se dé­fi­nissent ni comme homme ni comme femme. « Pour les gé­né­ra­tions plus jeunes, il y a une fa­çon de pen­ser la sexua­li­té, l’iden­ti­té beau­coup plus dé­con­trac­tée, dé­crypte Chris. Cer­tains viennent me par­ler et me de­mandent : De quel genre es-tu ? Je leur dis donc que je suis une femme phal­lique, puis­sante. Je re­çois des mes­sages de jeunes filles qui me disent : Mer­ci, grâce à toi, j’ai osé dire, faire des choses. Quand j’ai créé le per­son­nage de Chris­tine and the Queens, je di­sais dans mes pre­mières chan­sons : Be frea­ky (NDLR : soyez bi­zarre).»

Les ar­tistes, voix des sans-voix. L’idée n’est pas nou­velle. Mais, au­jourd’hui, c’est par eux que les genres s’en­tre­mêlent, que les ap­pa­rences peuvent être trom­peuses, que l’iden­ti­té sexuelle n’est plus si nette. Et sur­tout que ces ques­tions se ba­na­lisent.

UN PER­SON­NAGE TRANS­GENRE DANS « PLUS BELLE LA VIE »

Ain­si, il y a quelques mois, la co­mé­dienne et scé­na­riste Océa­ne­ro­se­ma­rie a fait son co­ming out, s’ap­pelle dé­sor­mais Océan et a an­non­cé son iden­ti­té d’homme trans dans une vi­déo pu­bliée sur le Web (lire page 31). Le 21 juin, le DJ Kid­dy Smile se­couait la cour de l’Ely­sée au mi­lieu de ses dan­seurs drag-queens quelques jours avant que le Fes­ti­val d’Avi­gnon ne choi­sisse le genre et les iden­ti­tés LGBT comme thème de son édi­tion 2018.

« Ce n’est pas une ques­tion qui concerne seule­ment quelques ar­tistes, sup­po­sés éloi­gnés de nous. Grâce à ces voix, on com­prend que le monde dans le­quel on vit est com­plexe et qu’il n’y a pas seule­ment des femmes d’un cô­té et des hommes de l’autre », sou­ligne Be­noît Ar­nulf, di­rec­teur ar­tis­tique du fes­ti­val de ci­né­ma LGBT In & Out et co­or­don­na­teur de l’as­so­cia­tion les Ou­vreurs qui lutte contre les dis­cri­mi­na­tions. « Les ar­tistes ont énor­mé­ment d’im­pact et de ré­so­nance. Quand un chanteur fait son co­ming out, ça aide à la ba­na­li­sa­tion et à l’ac­cep­ta­tion dans la culture po­pu­laire », com­mente Ar­naud Ales­san­drin, so­cio­logue du genre et des dis­cri­mi­na­tions.

Idem pour la té­lé­vi­sion. En mars, le feuille­ton de France 3 « Plus belle la vie » consa­crait toute une in­trigue à la tran­si­den­ti­té au­tour du per­son­nage de Cla­ra de­ve­nu Antoine. « Ce­la au­rait été in­ima­gi­nable il y a cinq ans », in­siste Ar­naud Ales­san­drin. A l’image de La­verne Cox, ac­trice trans­genre de la sé­rie « Orange Is the New Black », de plus en plus de per­son­na­li­tés veulent ba­layer les pré­ju­gés. Il y a un an, Inès Rau, man­ne­quin trans­genre, po­sait en une de « Play­boy ». Une pre­mière pour le ma­ga­zine. « On est dans un mo­ment char­nière où une dy­na­mique évi­dente se crée, es­père Be­noît Ar­nulf. C’est très bien que de grands noms se fassent en­tendre en di­sant : Je me dé­fi­nis comme ça. Voi­là qui je suis, ac­cep­tez-le. C’est le mo­ment de le faire. »

Eno­la Ri­ghi joue Cla­ra de­ve­nue Antoine dans « Plus belle la vie ».

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