« Tant qu’on ver­ra l’homme comme un James Bond… »

Le Parisien (Essonne) - - LOI­SIRS - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR SYL­VAIN MERLE

Oli­vier Py, met­teur en scène, réa­li­sa­teur, co­mé­dien et di­rec­teur du Fes­ti­val d’Avi­gnon.

AU­TEUR et met­teur en scène, Oli­vier Py avait choi­si comme thème « le genre » pour la der­nière édi­tion du Fes­ti­val d’Avi­gnon. Pour­quoi cette thé­ma­tique ? OLI­VIER PY. C’est une ques­tion de so­cié­té très pré­sente, tout le monde y est confron­té. Cer­tains peuvent re­fu­ser de se la po­ser, mais elle est uni­ver­selle.

Comment ce­la ?

Le genre per­met de par­ler des hommes et des femmes sans évo­quer le sexe ou la sexua­li­té. Ce qu’on fait dans sa chambre, ce qu’on a dans sa cu­lotte est une ques­tion se­con­daire du point de vue du genre. Qu’une femme soit moins payée n’a rien à voir avec des or­ganes gé­ni­taux, si ? Notre construc­tion d’iden­ti­té n’est pas seule­ment liée au bio­lo­gique, elle est aus­si cultu­relle.

Genre et sexe n’ont rien à voir ?

Le genre ren­voie à ce qui est cultu­rel et non bio­lo­gique. Qu’une femme puisse por­ter un en­fant n’est pas cultu­rel. Mais lui ap­prendre à ai­mer por­ter des robes, si. Tout comme dire à un pe­tit gar­çon Ne pleure pas, tu es un homme n’a rien à voir avec ses tes­ti­cules. Comment est ap­pa­rue cette no­tion ?

Du fé­mi­nisme, et no­tam­ment du cou­rant por­té par Simone de Beau­voir, qui pense que la femme est une construc­tion cultu­relle. Cette no­tion de genre peut aus­si li­bé­rer des hommes qui se sentent pri­son­niers d’obli­ga­tions de com­por­te­ments as­so­ciées à l’iden­ti­té mas­cu­line. Tout ce qu’on in­culque aux pe­tits gar­çons…

Et même aux adultes !

Il y a au­jourd’hui un com­bat contre le pa­triar­cat qu’on peut com­pa­rer aux luttes contre le co­lo­nia­lisme en tant qu’ordre éta­bli qui semble im­muable et na­tu­rel. Alors qu’il s’agit d’une construc­tion d’op­pres­sion. L’image don­née de la femme et de l’homme est hau­te­ment po­li­tique : tant qu’on ver­ra l’homme tel un James Bond mul­ti­pliant les conquêtes d’un cla­que­ment de doigts, on n’ira pas vers un meilleur rap­port entre hommes et femmes. Ce­la semble un peu chan­ger de­puis l’af­faire Wein­stein…

Il faut se gar­der des dé­bor­de­ments de ce mou­ve­ment — la cen­sure des oeuvres d’art, la dé­la­tion — mais il y a eu une libération né­ces­saire de la pa­role et une prise de conscience qu’il y a des op­pri­més et des op­pres­seurs. Et qu’il faut que ce­la change.

Res­pec­tons la sin­gu­la­ri­té de l’autre, dites-vous… Lais­sons l’autre se dé­fi­nir comme bon lui semble et non se­lon des normes qui écrasent, et même tuent. Les hommes tuent les femmes. Etre trans, c’est en­core ris­quer la mort au coin de la rue. Mais beau­coup de ceux qui ont un genre par­ti­cu­lier su­bissent des vio­lences, des bri­mades, les gros par exemple.

C’est in­sup­por­table. Lais­sons à cha­cun sa sin­gu­la­ri­té et al­lons vers une so­cié­té plus apai­sée.

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