Pour­quoi An­drei Gor­cioaia est de­ve­nu An­dré Go­rin

Ar­ri­vé de Rou­ma­nie il y a huit ans, le troi­sième ligne de Massy a ob­te­nu sa na­tu­ra­li­sa­tion et pous­sé son dé­sir d’in­té­gra­tion jus­qu’à fran­ci­ser son nom. Un vrai par­cours du com­bat­tant.

Le Parisien (Essonne) - - SPORTS ILE-DE-FRANCE - PAR FRANCK GINESTE

« TOUS LES EN­TRAέNEURS de Pro D 2 de­mandent : C’est qui ce mec ? Il est où, votre Rou­main ? » Lui s’amuse du tour de passe-passe in­vo­lon­taire qu’il joue à ses ad­ver­saires de­puis le dé­but de sai­son. An­drei Gor­cioaia a en ef­fet lais­sé place à An­dré Go­rin sur les feuilles de match de Massy en troi­sième ligne. Presque un an après avoir été na­tu­ra­li­sé, le Rou­main de 30 ans a dé­fi­ni­ti­ve­ment adop­té ses nou­veaux pré­nom et nom qu’il a vou­lu lui-même fran­ci­ser.

Pour au­tant, son par­cours du com­bat­tant avec l’ad­mi­nis­tra­tion n’est pas ter­mi­né. Si sa nou­velle iden­ti­té ap­pa­raît bien sur tous ses pa­piers fran­çais, ce n’est pas en­core le cas sur ceux de son pays d’ori­gine. « Je suis un peu James Bond, car j’ai deux pas­se­ports, avec la même pho­to mais pas le même nom, ri­gole-t-il. Je veux les deux au nom de Go­rin, sauf que l’Etat rou­main ne le re­con­naît pas et me de­mande un cer­ti­fi­cat de nais­sance au nom de Go­rin alors que je suis né Gor­cioaia… »

« JE L’AI AUS­SI FAIT POUR MA FILLE. GOR­CIOAIA, C’EST TRÈS MAR­QUÉ ET DUR À POR­TER »

Une fois cette in­con­grui­té ré­glée, il pour­ra se ma­rier avec Ch­ris­telle, sa fian­cée, comp­table, rencontrée peu après son ar­ri­vée en France en 2010 et avec la­quelle il a eu une pe­tite Ni­na (1 an). « J’au­rais aus­si pu me ma­rier avec elle pour ob­te­nir la na­tio­na­li­té, mais je vou­lais faire l’in­verse. Ce n’était pas pour pro­fi­ter du sys­tème ou des aides car j’ai tou­jours eu des contrats de tra­vail. Je me sens fran­çais. Je ne me vois pas vivre ailleurs. Je ne re­nie pas mes ori­gines, j’ai juste sé­pa­ré mon coeur en deux. »

Cet amour n’a ces­sé de gran­dir de­puis qu’il a dé­bar­qué à Cas­tel­sar­ra­sin (Tarn-et-Ga­ronne) en Fé­dé­rale 2 (4e di­vi­sion), alors coa­ché par l’ex-in­ter­na­tio­nal rou­main Petre Mi­tu, qui l’a hé­ber­gé au dé­but. Un an plus tard, di­rec­tion Va­lence-d’Agen, à 25 km, pour jouer en Fé­dé­rale 1 pen­dant quatre sai­sons, puis Massy en 2016. D’où ce drôle d’ac­cent du Sud... et d’Eu­rope de l’Est.

Il a donc pous­sé son dé­sir d’in­té­gra­tion jus­qu’à chan­ger de nom. « Je n’étais pas obli­gé, mais j’avais peur qu’on ne juge pas ma dé­marche sin­cère et qu’on me re­fuse la na­tu­ra­li­sa­tion. Je l’ai aus­si fait pour ma fille. Gor­cioaia, c’est très mar­qué et dur à por­ter. Je suis en froid avec mon père, et je n’ai pas vrai­ment d’at­taches avec ce nom. »

« JE SUIS AR­RI­VÉ AU MO­MENT OÙ SAR­KO­ZY RENVOYAIT LES ROMS AVEC 300 € »

Et pour­quoi Go­rin ? « On m’a pro­po­sé trois noms qui s’ap­prochent de Gor­cioaia. Il y avait même Gar­cia, d’ori­gine es­pa­gnole. C’était une bouilla­baisse ! » L’in­ter­na­tio­nal rou­main (30 sé­lec­tions) en­chaîne : « C’est un rêve de gosse de ve­nir en France, et une fier­té de de­ve­nir fran­çais. Quand mon oncle Ma­rius Tin­cu, cham­pion de France 2009 avec Per­pi­gnan, re­ve­nait en Rou­ma­nie, il par­lait de la France comme de quelque chose de ma­gique. Je suis ar­ri­vé tard, à 22 ans, car je vou­lais fi­nir mes études de Staps pour être prof de sport après le rugby. »

Son rêve a tou­te­fois failli très vite vi­rer au cau­che­mar. « Je suis ar­ri­vé le 26 juillet 2010 au mo­ment où Sar­ko­zy renvoyait les Roms avec 300 €. Les gens font l’amal­game entre les Roms et les Rou­mains. Quand on dit qu’on est rou­main, ça peut faire peur. Les ad­mi­nis­tra­tions se ren­voyaient la balle et ne vou­laient pas me four­nir les pa­piers. Je crai­gnais d’être ex­pul­sé au bout de trois mois si je ne les avais pas. »

Une fois les pa­piers ob­te­nus, il res­tait des obs­tacles, comme la langue. « J’ai ap­pris à par­ler fran­çais en re­gar­dant les pubs à la té­lé, sou­rit-il, puis avec Ch­ris­telle. Notre ren­contre était un sketch. On a dan­sé sur Edith Piaf. Je ne sa­vais dire qu’un mot : ma­gni­fique. »

De­puis, il a em­me­né sa com­pagne en Rou­ma­nie, à Les­pe­zi, dans le Nord-Est, et à Va­na­to­ri, chez ses grands-pa­rents : « J’ai gran­di au mi­lieu

TA­BLEAU DE BORD

PRO D 2/LA 5e JOUR­NÉE

« À 9 ANS, J’AIDAIS MES GRANDSPARENTS À RÉ­COL­TER LE MAÏS ET MON PÈRE À CHAR­GER LE BOIS »

des champs et des mou­tons. A 9 ans, j’aidais mes grands-pa­rents à ré­col­ter le maïs. On fai­sait tout à la main, avec les che­vaux. Je char­geais le bois avec mon père, garde fo­res­tier. L’école était à 8 km. J’y al­lais à pied. J’avais peur des chiens de ber­ger. L’hi­ver, à - 20 c’était im­pos­sible d’y al­ler. »

Le bal­lon ovale était alors en­core loin, même s’il est is­su d’une fra­trie de rug­by­men. Ma­rian (25 ans) a ar­rê­té et Alex (28 ans), qu’il a fait ve­nir en France, est res­té à Cas­tel­sar­ra­sin en Fé­dé­rale 2 et est de­ve­nu di­rec­teur ad­joint de su­per­mar­ché. « La pre­mière fois qu’Alex a ra­me­né un bal­lon, je ne sa­vais pas ce que c’était et je trou­vais ça bi­zarre, pré­cise le Bull­do­zer (son sur­nom à Massy) de 1,92 m pour 110 kg. J’ai com­men­cé au ly­cée et dans un club à Bu­ca­rest. On avait un re­pas par jour, c’était ter­rible. Mon pre­mier sa­laire de rug­by­man était à 80 €. Je suis mon­té à 300 €. Je sais d’où je suis par­ti, de très loin, et je sais où je veux al­ler. »

Un des­tin qui n’est pas sans rap­pe­ler ce­lui de sa com­pa­triote Roxa­na Ma­ra­ci­nea­nu, nou­velle mi­nistre des Sports. « C’est une fier­té, as­sure le Mas­si­cois. Peu im­portent ses ori­gines, si elle a les com­pé­tences… »

Pa­ris se dé­voile BAS­KET.

Pa­ris Bas­ket­ball or­ga­nise ce week-end à la halle Car­pen­tier (XIIIe) des fes­ti­vi­tés gra­tuites pour cé­lé­brer le re­tour du bas­ket dans la ca­pi­tale. L’équipe (Pro B) re­çoit Caen (Pro B) ce soir (20 heures) en ami­cal.

Une nou­velle Sué­doise au PSG FOOT­BALL.

Han­na Glas (25 ans), dé­fen­seur sué­doise in­ter­na­tio­nale qui jouait à Es­kil­stu­na (D 1), doit s’en­ga­ger pour deux ans avec le PSG (D 1).

Mkheidze bute sur un os JU­DO.

Lu­ca Mkheidze (Su­cy, - 60 kg) a été éli­mi­né au 3 tour des Mon­diaux pour sa pre­mière grande com­pé­ti­tion en tant que Fran­çais, à Ba­kou (Azer­baïd­jan), bat­tu par le cham­pion d’Eu­rope russe Msh­vi­do­badze. Aman­dine Bu­chard (Cham­pi­gny, - 52 kg) tire au­jourd’hui.

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LPICONSPORT/AUDEALCOVERETLP/FRANCKGINSTEPa­ris, le 13 sep­tembre et Massy, le 31 août. An­dré Go­rin, son nou­veau nom, pose de­vant l’am­bas­sade de Rou­ma­nie. Ci-contre, lors du match contre l’Avi­ron bayon­nais.

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