Aux An­tilles, Em­ma­nuel Ma­cron joue le con­tact hu­main

Cri­ti­qué pour son ar­ro­gance ou son cô­té « dé­con­nec­té », le pré­sident pro­fite de son voyage en Mar­ti­nique et en Gua­de­loupe pour par­ler aux gens en face-à-face.

Le Parisien (Essonne) - - POLITIQUE - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE AVA DJAMSHIDI À FORT-DE-FRANCE (MAR­TI­NIQUE) ET AUX ABYMES (GUA­DE­LOUPE)

EM­MA­NUEL MA­CRON a tom­bé la veste. C’est qu’il fait chaud et hu­mide en Gua­de­loupe. D’ailleurs, les ha­bi­tants à qui il va rendre vi­site n’en portent pas non plus. Sur la ter­rasse d’une mai­son si­tuée dans un quar­tier vic­time de cou­pures d’eau aux Abymes, le voi­là ac­crou­pi aux pieds d’une dame sans âge à qui il vient de cé­der sa chaise en ro­tin. Les yeux dans les yeux, il dis­cute, en­tou­ré d’un es­saim de ca­mé­ras et d’of­fi­ciels.

La veille, au Morne-Rouge, en Mar­ti­nique cette fois, Em­ma­nuel Ma­cron a aus­si eu re­cours à ce for­mat « in­ti­miste », au­près d’un agri­cul­teur. Sur le ter­rain, d’égal à égal ra­content les images. « Pour être dans le concret et per­mettre de vraies ren­contres », vante-t-on dans sa suite. En fi­li­grane aus­si, l’oc­ca­sion de re­mo­de­ler cette image de pré­sident si « ver­ti­cal » qu’il a tant sur­joué au point d’ap­pa­raître dis­tant.

EX­PLI­CA­TION DE TEXTE PO­LI­TIQUE

Par-de­là les ca­la­mi­tés en­vi­ron­ne­men­tales qu’il af­fronte d’île en île, d’un mé­con­ten­te­ment à l’autre (la pol­lu­tion à l’in­sec­ti­cide ch­lor­dé­cone en Mar­ti­nique, les pu­trides algues sar­gasses en Gua­de­loupe, les vic­times d’ou­ra­gans à Saint-Bar­thé­le­my et à Saint­Mar­tin), le chef de l’Etat en­dosse cette fois le cos­tume de pré­sident hu­main.

Est-ce sous l’ef­fet de cette tem­pête tro­pi­cale (fi­na­le­ment com­pa­rable à un orage bre­ton), usé par la bour­rasque po­li­tique qui le tour­mente de­puis l’af­faire Be­nal­la et des son­dages ca­la­mi­teux ? Est-ce parce qu’il a fi­ni par en­tendre les cri­tiques for­mu­lées sur sa ma­nière d’être pré­sident, ses sor­ties sur les « Gau­lois ré­frac­taires », ou sur les rues qu’il suf­fit de tra­ver­ser pour trou­ver un em­ploi ? « L’em­pa­thie, c’est ce qui lui manque, non ? » re­lève un de ses proches, à Pa­ris. « Il écoute en­fin », se ré­jouit un ami.

Il fal­lait le voir, dans le nord de la Mar­ti­nique, plon­ger avec gour­man­dise dans ce bain de foule im­pro­vi­sé dont il crai- gnait d’être pri­vé par les in­tem­pé­ries. Plus tard, de­vant la pré­fec­ture lo­cale, se ré­jouir de nou­velles mains ten­dues, ré­pondre aux in­ter­ro­ga­tions des ha­bi­tants sous la tem­pête. Et se li­vrer, l’air de rien, à une pe­tite ex­pli­ca­tion de texte on ne peut plus po­li­tique.

Non, il ne veut pas lais­ser dire qu’il est iso­lé, ar­ro­gant ou dis­tant comme on le su­surre de plus en plus fort dans la ma­jo­ri­té. « J’ai dans le ventre l’in­quié­tude de 66 mil­lions de Fran­çais », lâche-t-il. A la fa­veur des ca­mé­ras bour­don­nantes, Em­ma­nuel Ma­cron ri­poste aus­si aux cri­tiques qu’il es­suie, pi­quant la presse comme ses pré­dé­ces­seurs : « Par­fois, on sort de son contexte une phrase, un mot. Ce­la crée une dis­tance. Si j’étais quel­qu’un qui avait de la dis­tance, je ne ré­pon­drais pas aux gens, je fe­rais ce qu’on a fait jus­qu’ici tant de fois : Bon­jour, vous al­lez bien ? »

Alors il prend le temps d’ex­pli­quer aux Mar­ti­ni­quais qui l’in­ter­pellent, avant de com­men­ter sa propre ac­tion, au cas où on n’au­rait pas com­pris, entre une bise, un sel­fie : « Je prends le temps d’al­ler au con­tact, d’ex­pli­quer. » C’est vrai qu’il l’a fait hier, à son ar­ri­vée en Gua­de­loupe, aux mé­dias lo­caux, ou en­core dans la mai­son­nette des Abymes. Et puis aux joues et aux mains qui se sont ten­dues sur son pas­sage, le pré­sident a fait comme les autres : « Bon­jour, vous al­lez bien ? »

“PAR­FOIS, ON SORT DE

SON CONTEXTE UNE PHRASE, UN MOT. CE­LA CRÉE

” UNE DIS­TANCE. EM­MA­NUEL MA­CRON

Le Morne-Rouge (Mar­ti­nique), jeu­di. Pour évo­quer le scan­dale en­vi­ron­ne­men­tal du ch­lor­dé­cone, Em­ma­nuel Ma­cron a ren­con­tré des agri­cul­teurs tra­vaillant dans une ferme ma­raî­chère.

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