La crainte des dé­pu­tés mar­cheurs

La fu­ture ré­forme des ins­ti­tu­tions, qui ré­dui­ra le nombre de dé­pu­tés de 577 à 404, pro­voque des re­mous dans les rangs de la ma­jo­ri­té.

Le Parisien (Essonne) - - POLITIQUE - PAR JAN­NICK ALIMI

LE RE­PORT de la ré­forme des ins­ti­tu­tions à la fin de l’an­née, voire, se­lon toute vrai­sem­blance, au pre­mier se­mestre 2019 fait des heu­reux… jusque dans les rangs de la Ré­pu­blique en marche. On sa­vait que ce pro­jet clé du pro­gramme d’Em­ma­nuel Ma­cron n’avait pas l’as­sen­ti­ment plein et en­tier des op­po­si­tions. De la gauche, mais sur­tout de la droite, no­tam­ment sé­na­to­riale, in­car­née par Gé­rard Lar­cher, le pré­sident de la se­conde Chambre. Mais, de­puis quelques se­maines, cer­tains dé­pu­tés mar­cheurs ne ca­chaient plus non plus leurs ré­ti­cences.

Au coeur de leurs cri­tiques : la ré­duc­tion d’un tiers du nombre de par­le­men­taires. Et la crainte de voir rayer de la carte leurs propres cir­cons­crip­tions lors des pro­chaines lé­gis­la­tives. L’As­sem­blée na­tio­nale passe- rait, en ef­fet, de 577 à 404 dé­pu­tés, et même à 343, si l’on compte l’élec­tion de 61 dé­pu­tés à la pro­por­tion­nelle sur une liste na­tio­nale. Une ving­taine de dé­par­te­ments — contre deux ac­tuel­le­ment (la Creuse et la Lo­zère) — sur les 96 de la mé­tro­pole se re­trou­ve­raient avec un seul dé­pu­té. La Pi­car­die, qui en compte 17, pas­se­rait à 10 ; l’Aisne et la Somme pas­se­raient de 5 cha­cune à 3, et l’Oise de 7 à 4. Le dé­par­te­ment du Nord per­drait une di­zaine de dé­pu­tés et les Bouches-du-Rhône, 7.

LES MU­NI­CI­PALES, L’OC­CA­SION DE SE RECASER

« Ce n’est pas po­li­ti­que­ment cor­rect de faire sa­voir notre op­po­si­tion, car c’est une ré­forme ma­jeure vou­lue par le chef de l’Etat, confie un dé­pu­té mar­cheur qui sou­haite gar­der l’ano­ny­mat. Mais, de­puis l’af­faire Be­nal­la, qui a dé­ré­glé tout l’agen­da par­le­men­taire, on réa­lise que re­por­ter sine die cette est tout à fait conce­vable. Ce n’est plus un ta­bou d’en par­ler entre nous. »

Em­ma­nuel Ma­cron ris­quet-il d’être tra­hi par des dé­pu­tés LREM élus en 2017 grâce à la dy­na­mique pré­si­den­tielle ? Les Mar­cheurs sont-ils prêts à si­gner l’ar­rêt de mort d’une ré­forme à la­quelle le chef de l’Etat, lors du Congrès de Ver­sailles en juillet, rap­pe­lait son at­ta­che­ment ? « On nous a fait com­prendre que si l’on s’en­ga­geait dans cette voie, on ris­quait d’en faire les frais ; sous-en­ten­du : c’est notre cir­cons­crip­tion qui se­rait bel et bien ef­fa­cée », lâche un Mar­cheur fran­ci­lien.

Des trac­ta­tions sont en cours à l’As­sem­blée pour tes­ter les dé­pu­tés prêts à aban­don­ner les bancs du Pa­lais-Bour­bon en 2022,et à convaincre ceux qui s’ac­crochent à leur siège, quitte à leur faire mi­roi­ter des pos­si­bi­li­tés de re­bond en mai­rie dès les mu­ni­ci­pales de 2020.

L’ar­ri­vée de Jean-Ma­rie Gi­rier comme di­rec­teur de ca­bi­net de Ri­chard Fer­rand, le pré­sident du per­choir, n’est pro­ba­ble­ment pas étran­gère à ce fu­tur re­mue­mé­nage… Ce proche de Ma­cron, dont il fut le di­rec­teur de cam­pagne, était, de­puis l’an der­nier, chef de ca­bi­net de Gé­rard Col­lomb au mi­nis­tère de l’In­té­rieur. La Place Beau­vau, siège du fa­ré­forme meux « bu­reau des élec­tions » où s’or­ga­nisent les scru­tins. Gi­rier, consi­dé­ré comme un as de la géo­gra­phie élec­to­rale, ap­por­te­ra toute son ex­per­tise et son sens po­li­tique au fu­tur re­dé­cou­page élec­to­ral. Même si, ju­ri­di­que­ment, c’est le gou­ver­ne­ment qui doit étu­dier la nou­velle carte sous le contrôle du Con­seil consti­tu­tion­nel.

Les 311 dé­pu­tés LREM re­doutent de voir leurs propres cir­cons­crip­tions être rayées de la carte lors du re­dé­cou­page pré­vu par la ré­forme des ins­ti­tu­tions.

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