Ces ir­ré­duc­tibles par­ti­sans d’une grande Bre­tagne

Pé­ti­tion, pres­sion sur les élus lo­caux, ma­ni­fes­ta­tions… Les re­ven­di­ca­tions pour un rat­ta­che­ment de la Loi­reAt­lan­tique à la Bre­tagne existent tou­jours. Un ras­sem­ble­ment est pré­vu au­jourd’hui à Nantes.

Le Parisien (Essonne) - - POLITIQUE - PAR NI­CO­LAS BERROD LP/IN­FO­GRA­PHIE. * SOURCE : GEOBREIZH.BZH @Ni­co­lasBer­rod

AT­TEN­TION, serpent de mer ter­ri­to­rial ! Les mi­li­tants de la réuni­fi­ca­tion de la Bre­tagne, c’est-à-dire de la fu­sion des dé­par­te­ments bre­tons et de ce­lui de Loire-At­lan­tique, ne désarment pas de­puis trois ans et l’en­trée en vi­gueur de la ré­forme ter­ri­to­riale. La Bre­tagne était alors res­tée telle quelle, sous la pres­sion no­tam­ment du mi­nistre des Af­faires étran­gères et an­cien pré­sident de la ré­gion, JeanYves Le Drian. Pour­tant, « c’est l’une des seules pro­vinces où le dé­cou­page n’a pas chan­gé du Moyen Age à 1941 : la Bre­tagne en­glo­bait Nantes, où étaient si­tuées la plu­part des ins­ti­tu­tions », pré­cise l’his­to­rien spé­cia­liste de la Bre­tagne Joël Cor­nette.

Le col­lec­tif 44=Breizh ap­pelle à des­cendre au­jourd’hui dans les rues du chef-lieu de la Loi­reAt­lan­tique. « On veut faire pres­sion au­près des élus pour qu’ils or­ga­nisent un ré­fé­ren­dum », argue Ewan The­baud, un des or­ga­ni­sa­teurs du ras­sem­ble­ment. « On est dans une nou­velle stra­té­gie car le contexte a chan­gé » de­puis 2015, ex­plique ce Nan­tais de 29 ans, qui es­père ras­sem­bler quelques mil­liers de per­sonnes, soit dix fois moins qu’il y a trois ans.

UNE RÉ­GION, DONC UNE SEULE CA­PI­TALE…

D’après les son­dages, une ma­jo­ri­té des ha­bi­tants se­raient fa­vo­rables à une réuni­fi­ca­tion. Mais rien n’obli­ge­rait en­suite les col­lec­ti­vi­tés lo­cales à prendre le re­lais. « On est blo­qués en droit fran­çais, mais le con­seil ré­gio­nal est dé­jà sor­ti du cadre lé­gal en sub­ven­tion­nant des as­so­cia­tions pour sau­ver la langue bre­tonne. On veut pous­ser les élus à déso­béir à nou­veau », pré­cise le mi­li­tant, co­or­di­na­teur cultu­rel. Même re­ven­di­ca­tion, mais stra­té­gie dif­fé­rente pour l’as­so­cia­tion Bre­tagne réunie, qui a lan­cé une pé­ti­tion ou­verte à tous les ha­bi­tants de Loire-At­lan­tique. Le but : dé­pas­ser les 100 000 si­gna­tures (plus de 80 000 pour le mo­ment) pour at­teindre 10 % du nombre d’ha­bi­tants dans le dé­par­te­ment. Ce­lui-ci dé­bat­trait alors du su­jet, en ver­tu du droit d’op­tion as­sou­pli par la ré­forme de 2015. Jus­qu’en mars 2019, les ter­ri­toires peuvent ain­si Brest chan­ger leurs fron­tières sans avoir be­soin de l’ac­cord de l’Etat. Mais les condi­tions sont dras­tiques : en l’oc­cur­rence, ob­te­nir trois cin­quièmes des voix des élus dé­par­te­men­taux de Loire-At­lan­tique, mais aus­si de celles des conseillers ré­gio­naux de la Bre­tagne et des Pays de la Loire.

« La balle est dans le camp de la Loire-At­lan­tique pour ou­vrir le dé­bat », in­dique-t-on au con­seil ré­gio­nal de Bre­tagne, ma­jo­ri­tai­re­ment fa­vo­rable à une réuni­fi- FI­NIS­TÈRE Saint-Brieuc

CÔTESD'AR­MOR MOR­BI­HAN Vannes La Loire-In­fé­rieure (fu­ture Loire-At­lan­tique) est sé­pa­rée de la Bre­tagne et rat­ta­chée à la ré­gion d’An­gers en 1941. ca­tion. « Il n’y a pas de ma­jo­ri­té en Pays de la Loire, donc la pé­ti­tion ne mar­che­ra pas », tem­père le mi­li­tant de 44=Breizh, qui pré­fère ma­ni­fes­ter pour aler­ter l’opi­nion pu­blique. Bre­tagne réunie compte bien ob­te­nir les MANCHE ILLE-ETVILAINE

Rennes Nantes VEN­DÉE

20 000 si­gna­tures man­quantes d’ici à la fin de l’an­née.

« Ce qui ras­semble tous ces gens est leur at­ta­che­ment à l’iden­ti­té bre­tonne », pré­cise Joël Cor­nette. Mais si « Nantes fait in­trin­sè­que­ment par­tie de la Bre­tagne », comme le dit l’his­to­rien, pour­quoi une telle ré­sis­tance de cer­tains élus lo­caux ? L’au­teur d’une « His­toire illus­trée de la Bre­tagne et des Bre­tons » (Ed. du Seuil) y voit un pro­blème po­li­tique : « Si Nantes re­vient en Bre­tagne, il y au­ra une ri­va­li­té avec Rennes et cha­cune des deux ca­pi­tales féo­dales de ré­gion au­ra peur de perdre une par­tie de son im­por­tance. »

Nantes (Loire-At­lan­tique), le 24 sep­tembre 2016. Les ma­ni­fes­ta­tions pour la « réuni­fi­ca­tion » réunissent ré­gu­liè­re­ment quelques mil­liers de per­sonnes.

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