Le vrai du faux sur le comp­teur Lin­ky

L’Ademe a ren­du hier un avis fa­vo­rable sur les comp­teurs in­tel­li­gents, pro­gres­si­ve­ment ins­tal­lés dans les foyers fran­çais. Mais le boî­tier vert anis conti­nue de sus­ci­ter la po­lé­mique et les idées re­çues.

Le Parisien (Essonne) - - ÉCONOMIE - PAR ER­WAN BENEZET @er­wan­be­ne­zet

13,5 MIL­LIONS d’exem­plaires ont fran­chi le seuil de nos mai­sons pour rem­pla­cer les an­ciens comp­teurs. Lin­ky est dé­jà pré­sent dans 9 900 com­munes, sur les 36 000 que compte le pays. 35 mil­lions de boî­tiers se­ront ins­tal­lés d’ici à 2021, à rai­son de 30 000 par jour. Mais Lin­ky conti­nue de sus­ci­ter des cri­tiques et des po­lé­miques. Der­nière en date : les mé­nages pré­caires sous le coup de cou­pures sans aver­tis­se­ment, se­lon l’as­so­cia­tion UFC-Que choi­sir. De son cô­té, l’Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maî­trise de l’éner­gie (Ademe) a ren­du hier un avis fa­vo­rable sur le pe­tit boî­tier vert anis. Tour d’ho­ri­zon des vraies et des fausses in­fos qui fleu­rissent sur son compte.

LIN­KY NE SERT À RIEN

Il a sur­tout été très mal ven­du au mo­ment de son ex­pé­ri­men­ta­tion en 2009, en Indre-et-Loire et à Lyon. L’ac­cent était alors mis sur les éco­no­mies qu’il al­lait per­mettre aux par­ti­cu­liers. Ce qui reste à prou­ver. En re­vanche, Lin­ky est un maillon in­dis­pen­sable de la tran­si­tion éner­gé­tique, qui vise à im­po­ser les éner­gies re­nou­ve­lables dans le pro­ces­sus de pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té. « La France est dé­jà do­tée de 350 000 sites de pro­duc­tion d’éner­gie re­nou­ve­lable en ex­ploi­ta­tion, ex­plique Ene­dis, qui gère le ré­seau d’élec­tri­ci­té. Ils se­ront plus d’un mil­lion dès 2025. » Il fau­dra donc pour ce­la consti­tuer un ré­seau in­tel­li­gent, ca­pable de faire face à la va­ria­bi­li­té de cer­taines de ces éner­gies, comme le vent ou le so­leil. « Nous sommes convain­cus que ce comp­teur pré­sente des bé­né­fices en termes de ges­tion du ré­seau, es­time Ar­naud Le­roy, le pré­sident de l’Ademe. Mais aus­si pour per­mettre aux mé­nages de mieux contrô­ler leur consom­ma­tion. »

LIN­KY COÛTE CHER

Au­tour de 140 € par comp­teur et par ins­tal­la­tion. Mais il n’est pas di­rec­te­ment fac­tu­ré au consom­ma­teur. Ne ver­sez sur­tout rien à la so­cié­té pres­ta­taire man­da­tée par Ene­dis pour po­ser le comp­teur chez vous ! En re­vanche, la ques­tion reste po­sée du coût de l’en­semble de l’opé­ra­tion jus­qu’en 2021 : au moins 6 Mds€. Des craintes ont été ex­pri­mées qu’un tel coût soit ré­per­cu­té par une hausse des prix à terme. Reste que Lin­ky, comme votre an­cien comp­teur, est dé­jà in­té­gré à votre fac­ture au tra­vers d’une taxe, le Turpe (ta­rif d’uti­li­sa­tion des ré­seaux pu­blics d’élec­tri­ci­té).

LIN­KY EST MAU­VAIS POUR LA SAN­TÉ

L’Agence na­tio­nale des fré­quences (ANFR) ex­plique sur son site que ces comp­teurs ne sont que très fai­ble­ment émet­teurs d’ondes ra­dio­élec­triques : une va­leur entre 100 et 600 fois in­fé­rieure à la va­leur li­mite ré­gle­men­taire. « Soit le même ordre de gran­deur qu’un an­cien comp­teur, un té­lé­phone fixe sans fil ou une ta­blette en wi-fi, fait re­mar­quer Mar­tin Ré­gner, in­gé­nieur à l’Ademe. Et même lar­ge­ment in­fé­rieure à une simple box wi-fi ou une plaque de cui­sine à in­duc­tion. »

IL EST SU­JET AUX COU­PURES

Des consom­ma­teurs se sont plaints que leurs plombs sau­taient de­puis l’ins­tal­la­tion de Lin­ky. La rai­son ? Ce­lui-ci est dé­sor­mais do­té d’un dis­jonc­teur in­terne. Dès que la puis­sance maxi­male de consom­ma­tion sous­crite est at­teinte, cette pièce saute et coupe le cou­rant. Au­pa­ra­vant, le dis­jonc­teur était ex­té­rieur au comp­teur mé­ca­nique. Ce qui fa­ci­li­tait les dé­pas­se­ments ponc­tuels pos­sibles. Voire les ma­ni­pu­la­tions, no­tam­ment de la part d’ins­tal­la­teurs de pan­neaux so­laires peu scru­pu­leux. Ce nou­veau sys­tème em­pêche toute sur­con­som­ma­tion. Cer­tains foyers sont donc mal­heu­reu­se­ment ame­nés à chan­ger de puis­sance de comp­teur. Et donc d’abon­ne­ment.

C’EST UN ES­PION

« Le client est stric­te­ment pro­prié­taire de l’en­semble de ses don­nées per­son­nelles de consom­ma­tion », rap­pelle la Cnil (Com­mis­sion na­tio­nale de l’in­for­ma­tique et des li­ber­tés). « D’au­tant qu’Ene­dis col­lecte dé­jà les don­nées de consom­ma­tion, re­prend Mar­tin Ré­gner, au mo­ment où il fait les re­le­vés des comp­teurs. La col­lecte se­ra sim­ple­ment plus fine, mais elle de­meu­re­ra entre les mains d’Ene­dis. Les four­nis­seurs n’au­ront ac­cès qu’à un in­dex par mois pour fac­tu­rer au réel, et non plus sur des es­ti­ma­tions, ce qui est au bé­né­fice du consom­ma­teur. »

ON PEUT RE­FU­SER SON INS­TAL­LA­TION

Vous pou­vez tou­jours em­pê­cher le pres­ta­taire d’en­trer chez vous pour le rem­pla­cer. De nom­breux sites et pé­ti­tions vous en­cou­ragent à le faire. Mais ce se­ra à vos dé­pens. Car il n’est pas pos­sible de re­fu­ser le rem­pla­ce­ment du comp­teur d’élec­tri­ci­té, même si Ene­dis n’a pré­vu au­cune sanc­tion. Mais, si votre an­cien comp­teur fi­nis­sait par tom­ber en panne, le rem­pla­ce­ment vous se­rait alors fac­tu­ré.

D’AUTRES PAYS ONT INS­TAL­LÉ LEURS PROPRES LIN­KY

« On en dé­nombre dé­jà plus de 700 mil­lions dans le monde, af­firme Ene­dis. Ils dé­pas­se­ront le mil­liard et de­mi en 2021. Rien qu’en Eu­rope, l’Ita­lie en compte 32 mil­lions, la Suède 5,2 mil­lions, la Fin­lande 3,1 mil­lions. » Dif­fi­cile dans ce cas d’igno­rer un tel dé­fer­le­ment. D’au­tant qu’il per­met­tra éga­le­ment de mieux gé­rer les bornes de re­charge des vé­hi­cules élec­triques et des points de sto­ckage sur le ré­seau. Sept mil­lions de ces bornes sont pré­vues d’ici à 2030.

Trente-cinq mil­lions de boî­tiers Lin­ky se­ront ins­tal­lés d’ici à 2021.

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