L’Ita­lie fait trem­bler la pla­nète fi­nance

Le gou­ver­ne­ment po­pu­liste ita­lien va creu­ser le dé­fi­cit pour fi­nan­cer la réa­li­sa­tion de ses pro­messes élec­to­rales. Sauf que le pays ploie sous une dette co­los­sale. Un scé­na­rio à la grecque est re­dou­té.

Le Parisien (Essonne) - - ÉCONOMIE - PAR AU­RÉ­LIE LEBELLE ET MAT­THIEU PELLOLI @Au­re­lieLe­belle @Mat­thieuPel­lo­li

ALORS QUE LA COA­LI­TION po­pu­liste au pou­voir pu­bliait son pro­jet de bud­get pour 2019, un in­di­ca­teur a af­fo­lé hier les places fi­nan­cières. Le cur­seur du dé­fi­cit pu­blic, pla­cé à 2,4 % du PIB l’an pro­chain, mais aus­si en 2020 et 2021. Loin, très loin des 0,8 % que vi­sait le pré­cé­dent gou­ver­ne­ment de centre gauche. Au­tre­ment dit, l’Ita­lie du Mou­ve­ment 5 étoiles (M5S, an­ti­sys­tème) et de la Ligue (ex­trême droite) ouvre en grand les vannes bud­gé­taires. Elle creuse sa dette. « Et sa tombe », sou­pire un haut fonc­tion­naire de la Com­mis­sion eu­ro­péenne.

Im­mé­dia­te­ment, la Bourse de Mi­lan a dé­vis­sé, dé­grin­go­lant de 4 % en fin de ma­ti­née, pen­dant que les taux aux­quels l’Ita­lie em­prunte sur les mar­chés, eux, étaient pris d’une pous­sée de fièvre. L’eu­ro aus­si a mar­qué le pas face au dol­lar, signe que cer­tains in­ves­tis­seurs en­vi­sagent dé­jà la pers­pec­tive d’une conta­gion…

« Oui, la si­tua­tion ita­lienne peut dé­gé­né­rer en une crise plus grave que la crise grecque », ad­met Ju­lien-Pierre Nouen, di­rec­teur des études éco­no­miques chez La­zard Frères Ges­tion, l’un des lea­ders mondiaux du con­seil fi­nan­cier et de la ges­tion d’ac­tifs. L’ex­pert sou­haite ce­pen­dant res­ter pru­dent avant de hur­ler à l’apo­ca­lypse : « Nous man­quons en­core de dé­tails. Il fau­dra voir sur quelle hy­po­thèse de crois­sance sont cal­cu­lés ces 2,4 % du PIB. »

Les jours qui viennent s’an­noncent dé­ci­sifs. Avec, en ligne de mire, la ré­ac­tion des fa­meuses agences de no­ta­tion. « Il est pro­bable qu’on s’oriente vers une dé­gra­da­tion de la note de l’Ita­lie », es­time Ju­lien-Pierre Nouen. Dé­gra­da­tion lé­gère ou sé­vère ? Stan­dard & Poor’s ren­dra sa dé­ci­sion le 26 oc­tobre. Fitch et Moo­dy’s, les deux autres prin­ci­pales agences, quelques jours plus tard.

UNE DETTE « EX­PLO­SIVE »

Le dan­ger lié au bud­get ita­lien était iden­ti­fié de­puis plu­sieurs se­maines. Pour La­zard Frères Ges­tion, c’est même le fac­teur de risque no 1 en 2019. Avant le Brexit ou la guerre com­mer­ciale entre la Chine et les EtatsU­nis ! Sauf que beau­coup d’ex­perts ta­blaient sur une vic­toire de Gio­van­ni Tria, le mi­nistre des Fi­nances, qui mi­li­tait pour un dé­fi­cit conte­nu, dans le bras de fer qui l’op­po­sait à Lui­gi Di Maio et Mat­teo Sal­vi­ni, res­pec­ti­ve­ment chefs de file du M5S et de la Ligue. La Com­mis­sion eu­ro­péenne aus­si mi­sait sur cette is­sue, sy­no­nyme d’un dé­fi­cit pu­blic ita­lien at­ten­du à 1,6 % du PIB. La stu­peur était donc réelle à Bruxelles hier, alors que l’Ita­lie, qui ploie dé­sor­mais sous une dette de 2 300 Mds€, dé­voi­lait son bud­get. A ce jour, la dette ita­lienne re­pré­sente 131 % du PIB, le ra­tio le plus éle­vé de la zone eu­ro der­rière la Grèce. Une dette « ex­plo­sive », s’alarme Pierre Mos­co­vi­ci, le com­mis­saire eu­ro­péen aux Af­faires éco­no­miques, qui n’a pas tar­dé à poin­ter du doigt ce bud­get « hors des clous ».

Lui­gi Di Maio et Mat­teo Sal­vi­ni, eux, at­tendent sur­tout du re­cours à l’em­prunt qu’il leur per­mette de te­nir leurs pro­messes élec­to­rales. Au pre­mier rang des­quelles un re­ve­nu de ci­toyen­ne­té de 780 € pour les plus dé­mu­nis, un sys­tème de re­traites plus gé­né­reux et une ré­forme fis­cale. La fac­ture à payer pour­rait se ré­vé­ler co­los­sale.

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Pré­vi­sion du gou­ver­ne­ment ita­lien pour 2018 :

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(à g.)

Mat­teo Sal­vi­ni a eu le des­sus sur Gio­van­ni Tria (à dr.), mi­nistre ita­lien des Fi­nances et par­ti­san d’un dé­fi­cit conte­nu.

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