A l’école, même le sa­me­di !

Seules trois écoles pu­bliques sont en­core ou­vertes le sa­me­di ma­tin. Qu’est-ce qui mo­tive ces ir­ré­duc­tibles ? Pour le sa­voir, nous sommes al­lés aux Mes­nuls (Yve­lines).

Le Parisien (Essonne) - - SOCIÉTÉ - PAR RO­MAIN BAHEUX

C’EST CE QUE les Pa­ri­siens ap­pellent « un coin de cam­pagne ra­fraî­chis­sant ». Le genre d’en­droit dans les Yve­lines où l’on passe à vé­lo pour se vi­der l’es­prit le week-end. Mais s’ils y pre­naient garde, les cy­clistes ama­teurs pour­raient voir que ce char­mant vil­lage abrite une es­pèce en voie d’ex­tinc­tion. Bien­ve­nue aux Mes­nuls, où se trouve, le long de la pe­tite dé­par­te­men­tale, l’une des trois der­nières écoles pri­maires pu­bliques de France ou­vertes le sa­me­di ma­tin.

« Je sa­vais que l’on était un cas iso­lé, mais à ce point… On est vrai­ment les ir­ré­duc­tibles Gau­lois », s’amuse un père de fa­mille. Il est bien­tôt mi­di. Les quelque 70 en­fants, ré­par­tis de la pe­tite sec­tion au CM 2, s’ap­prêtent à en­ta­mer leur wee­kend, quand l’im­mense ma­jo­ri­té des élèves de leur âge en pro­fitent de­puis la veille au soir.

« On vou­lait que le mer­cre­di reste un mo­ment de re­pos en mi­lieu de se­maine et évi­ter d’avoir des jour­nées trop char­gées, ex­plique la di­rec­trice de l’école, Ni­cole Va­cher. Les en­fants sont en gé­né­ral plus ré­cep­tifs le ma­tin, on les sent plus re­po­sés en classe et ils ont des ac­ti­vi­tés pé­ri­sco­laires de qualité, comme de l’an­glais ou de la sculp­ture. » « Des pa­rents étaient très op­po­sés à ce prin­cipe, se sou­vient Va­lé­rie Vallette, ad­jointe au maire en charge des af­faires sco­laires. Main­te­nant, ils font par­tie des plus fa­rouches dé­fen­seurs du sa­me­di ma­tin. »

A la grille, Eliott et Ma­thilde ra­content en dé­tail leur ma­ti­née de classe à leurs pa­rents, Au­ré­lie et Jé­rôme. « Pen­dant qu’ils sont à l’école, on s’oc­cupe des choses plus com­pli­quées à faire quand ils sont là, comme le mé­nage, dé­crit le couple. Comme ça, on pro­fite vrai­ment d’eux le reste du week-end. » « L’école le sa­me­di, c’est bien. Ce­la me per­met de ren­con­trer l’ins­ti­tu­trice et d’échan­ger avec elle, ra­conte Em­ma, ve­nue cher­cher sa fille Roxane. On a du temps, on est plus dé­ten­dus pour se par­ler. »

LES PE­TITS COM­MERCES ALEN­TOUR EN PRO­FITENT

Sur le coup de mi­di, le vil­lage de moins de 900 ha­bi­tants, où vit le par­fu­meur Jean-Paul Guer­lain, s’anime. « C’est le jour où les deux pa­rents viennent, c’est as­sez rare. Et puis, le reste des Mes­nuls en pro­fite, pour­suit Ni­cole Va­cher. Quand on est ame­né à fer­mer l’école le sa­me­di ma­tin, la bou­lan­gère se re­trouve avec une par­tie de son pain sur les bras. »

A quelques mètres, on pousse la porte de la pe­tite épi­ce­rie de Jam­ma. En bon com­mer­çant, il a ins­tal­lé deux ca­fe­tières qui tournent à plein ré­gime quand les pa­rents viennent dé­po­ser et cher­cher leur pro­gé­ni­ture. « L’école le sa­me­di ma­tin me fait ga­gner une bonne ving­taine de clients. Les gens font une pe­tite course et en pro­fitent pour pas­ser un pe­tit mo­ment entre eux au­tour d’un ca­fé », dé­crit-il.

Idyl­lique ? Oui, mais il faut aus­si s’ac­com­mo­der de cer­tains points. En cas de couple sé­pa­ré, les pa­rents se re­trouvent avec un week-end de garde am­pu­té, voire avec un autre en­fant à l’em­ploi du temps dé­ca­lé dans une ville dif­fé­rente. Sans comp­ter ceux qui viennent de­man­der l’au­to­ri­sa­tion de sé­cher une ma­ti­née de classe pour fi­ler en week-end ou en va­cances. « Mais les ins­tits sont com­pré­hen­sives, glisse un père d’élève. Tant qu’il n’y a pas d’abus, elles ne re­fusent pas. »

« L’autre pro­blème, c’est de trou­ver un lieu de garde pour le mer­cre­di parce qu’il n’y a rien ici, décrivent Au­ré­lie et Jé­rôme. On les met dans une ville voi­sine, mais on paie le ta­rif maxi­mum en tant que non-ré­si­dants. » Le prix de l’ori­gi­na­li­té des Mes­nuls.

DES PA­RENTS ÉTAIENT TRÈS OP­PO­SÉS ”

À CE PRIN­CIPE VA­LÉ­RIE VALLETTE, AD­JOINTE AU MAIRE EN CHARGE DES AF­FAIRES SCO­LAIRES

Les Mes­nuls (Yve­lines), le sa­me­di 22 sep­tembre. Au­ré­lie et Jé­rôme viennent cher­cher leurs en­fants, Eliott et Ma­thilde, à l’école. Ils ap­pré­cient ce rythme du sa­me­di ma­tin.

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