Trois lea­ders pour un coup fin ?

Avec Ala­phi­lippe, Bar­det et Pi­not, la pro­fu­sion de can­di­dats à la vic­toire peut com­pli­quer les plans de l’équipe de France sur le cir­cuit très ac­ci­den­té des Mondiaux de­main.

Le Parisien (Essonne) - - SPORTS - PAR LIO­NEL CHAMI

SUR LE CIR­CUIT hy­per exi­geant d’Inns­bruck — équi­va­lant à une étape de haute mon­tagne du Tour de France avec près de 5 000 m de dé­ni­ve­lé —, l’équipe de France avance de so­lides ar­gu­ments. Les purs grim­peurs Ro­main Bar­det (AG2R-la Mon­diale), 27 ans, Thi­baut Pi­not (Grou­pa­ma-FDJ), 28 ans, et sur­tout le pun­cheur Ju­lian Ala­phi­lippe (Quick Step), 26 ans, voire To­ny Gal­lo­pin (AG2R), 30 ans, sont au­tant de mé­daillables en puis­sance. Mais, au pays de Mo­zart, en­core faut-il que Cy­rille Gui­mard, le ma­na­geur, fasse exé­cu­ter la par­ti­tion sans fausse note.

I ALA­PHI­LIPPE, BAR­DET ET PI­NOT VONT-ILS S’EN­TENDRE ?

Entre les lea­ders des Bleus, il n’existe pas de ri­va­li­té connue mais ça n’est pas la ga­ran­tie d’un ciel sans nuages. « Même en équipe de France, ça reste un sport in­di­vi­duel, sou­ligne Luc Le­blanc, consul­tant RMC, cham­pion du monde à Agri­gente en 1994, dans un contexte ana­logue : un cir­cuit ac­ci­den­té et deux co­lea­ders, Ri­chard Vi­renque et Ar­mand De Las Cue­vas. Les oc­ca­sions sont rares. Cha­cun a sa fier­té et veut être cham­pion. Pi­not et Bar­det ne sont pas ha­bi­tués à rou­ler pour d’autres. C’est dans ce genre de si­tua­tions les pro­blèmes… » Et puis, dans le cas d’Ala­phi­lippe, l’ame­ner au titre re­vien­drait à voir fi­ler le maillot arc-en-ciel dans une équipe de marque étran­gère… « Vous avez une équipe pour une jour­née, dit le Belge Pa­trick Le­fe­vere, ma­na­geur de Quick Step. C’est l’UCI qui est à l’ori­gine de ce­la, pas nous. Mais si tout le monde se tient aux di­rec­tives de Gui­mard, ça de­vrait al­ler… »

« A la li­mite, le fait qu’Ala­phi­lippe coure dans une équipe étran­gère pose moins pro­blème que s’il cou­rait dans une équipe fran­çaise », glisse Laurent Ja­la­bert, consul­tant France Té­lé­vi­sions.

I QUELLE TAC­TIQUE GA­GNANTE POUR LA FRANCE ?

Proche du titre l’an der­nier dé­jà, Ala­phi­lippe, se­rial vain­queur cette sai­son, est chaud-bouillant. « Ju­lian ap­pa­raît comme le lea­der na­tu­rel, sans réelle dis­cus­sion, car il est le seul à même de ga­gner des clas­siques, dit Ja­la­bert. Bar­det, c’est plus aléa­toire, faute d’une pointe de vi­tesse. Pi­not est en forme mais comment ima­gi­ner qu’il fasse la dif­fé­rence à la fin ? Il ne sait pas faire, ce n’est pas son truc. Sauf si l’équipe se pré­sente grou­pée. »

Ja­la­bert ne jure que par le sur­nombre : « Avec une équipe aus­si forte, il faut gar­der l’uni­té aus­si long­temps que pos­sible, afin d’être plu­sieurs et d’avoir plu­sieurs op­tions à dis­po­si­tion. Il faut évi­ter à tout prix le un-contre-un (NDLR : avec un lea­der ad­verse). Pre­nez l’équipe Sky… Sur le Tour, ils res­tent en­semble. »

« Ju­lian, c’est la der­nière carte à abattre pour faire ex­plo­ser la ca­bane ! juge Ri­chard Vi­renque, consul­tant Eu­ro­sport, 3e en 1994. Mais, en amont, il faut avan­cer des pièces comme Gal­lo­pin puis Bar­det, à 40 km de l’ar­ri­vée. Pi­not, étant ré­qu’ar­rivent pu­té moins à son avan­tage en des­cente et au sprint, peut jouir d’une cer­taine li­ber­té et ra­fler la mise. On dis­pose de quatre cartes, à abattre à par­tir de la mi-course. »

I ET LA CONCUR­RENCE ?

Ja­la­bert met en garde contre la me­nace Pe­ter Sa­gan, ti­tré lors des trois der­nières édi­tions : « At­ten­tion, il ne s’est pré­pa­ré que pour ça sur la Vuel­ta. 5 000 m de dé­ni­ve­lé, sur un jour, ça passe… Sur­tout s’il n’y a pas de course et c’est sou­vent le cas quand le par­cours est si dur. »

Pour le reste, les cou­reurs en vue sur le Tour d’Es­pagne re­cueillent la fa­veur des pro­nos­tics : Val­verde (Es­pagne), Adam et Si­mon Yates (Grande-Bre­tagne), Ro­glic (Slo­vé­nie), Kwiat­kows­ki (Po­logne), etc. « Je vois gros Mos­con (NDLR : Ita­lie), tant il marche, ajoute Ja­la­bert. Quant à Ni­ba­li, c’est l’énigme… Peut-être s’est-il plan­qué sur la Vuel­ta, avec seule­ment le Mon­dial en tête ? »

Inns­bruck (Au­triche), hier. L’équipe de France (ici à l’en­traî­ne­ment) dis­pose d’un ef­fec­tif qui lui per­met d’en­vi­sa­ger plu­sieurs op­tions.

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