Qui pro­fi­te­ra vrai­ment de la loi Ali­men­ta­tion

Le Par­le­ment a adop­té hier la loi Ali­men­ta­tion, qui vise no­tam­ment à amé­lio­rer le re­ve­nu des agri­cul­teurs en re­le­vant le seuil de vente à perte. Ce point fait po­lé­mique.

Le Parisien (Essonne) - - LA UNE - PAR B.A. ET S.C.

MI­CHEL-ÉDOUARD LE­CLERC qui traite le mi­nistre de l’Agri­cul­ture de « po­li­ti­card de pre­mière ». Le­dit mi­nistre, Sté­phane Tra­vert, qui la veille ac­cu­sait le pré­sident des Centres Le­clerc de « prendre en otage les consom­ma­teurs ». Alors que la loi Ali­men­ta­tion, cen­sée per­mettre de mieux ré­mu­né­rer les agri­cul­teurs et d’ali­men­ter plus sai­ne­ment les Fran­çais, a été dé­fi­ni­ti­ve­ment adop­tée hier à l’As­sem­blée na­tio­nale, l’une de ses dis­po­si­tions phares di­vise : c’est le re­lè­ve­ment de 10 % du seuil de re­vente à perte, c’es­tà-dire le prix en de­çà du­quel les com­mer­çants n’ont pas le droit de vendre.

Aug­men­ter ce prix plan­cher va-t-il, par ri­co­chet, faire aug­men­ter les prix en caisse ? « Pas du tout. Nous de­man­dons que les dis­tri­bu­teurs puissent di­mi­nuer leurs marges sur les pro­duits agri­coles, tout sim­ple­ment pour mieux ré­mu­né­rer les agri­cul­teurs », mar­tèle le mi­nistre de l’Agri­cul­ture.

« TARTUFFERIE » DÉNONCÉE

Mi­chel-Edouard Le­clerc, qui a même écrit au Pre­mier mi­nistre hier, n’y croit ab­so­lu­ment pas. « Cette hausse des prix de 1 % à 10 % tou­che­ra de 3 000 à 3 700 ar­ticles et por­te­ra sur les grands pro­duits d’ap­pel qui ne sont pas des pro­duits agri­coles » comme le Co­ca-Co­la, le Nu­tel­la, le Nes­ca­fé, af­fir­mait-il dans une in­ter­view à notre jour­nal (voir nos édi­tions du 27 sep­tembre 2018). Se­lon lui, « cet en­fu­mage » va coû­ter 1 Md€ aux consom­ma­teurs.

L’UFC-Que choi­sir va en­core plus loin. « Le gou­ver­ne­ment a mis­sion­né une étude d’im­pact qui fait état d’une aug­men­ta­tion des prix de 0,7 % à 2 %, in­dique Alain Ba­zot, son pré­sident. Ce qui, en mon­naie son­nante et tré­bu­chante, re­pré­sente une hausse de 1,7 Md à 5 Mds€ sur deux ans. »

La fu­ture flam­bée des éti­quettes ne fait donc au­cun doute pour lui. Alors même que « rien dans la loi ne ga­ran­tit que ce­la pro­fi­te­ra aux agri­cul­teurs », as­sure-t-il. Il dé­nonce une forme de « culpa­bi­li­sa­tion. On dit aux Fran­çais : payez plus cher et les agri­cul­teurs vi­vront mieux. C’est une tartufferie ! ».

L’autre grande as­so­cia­tion de consom­ma­teurs, la CLCV, reste plus pru­dente quant à l’im­pact de la loi sur le por­te­mon­naie. « On ne sait pas de com­bien ce­la fe­ra aug­men­ter les prix car leur mé­ca­nisme de fixa­tion est ex­trê­me­ment com­plexe », es­time Fran­çois Car­lier, dé­lé­gué gé­né­ral de la CLCV. Mais si l’ob­jec­tif était vrai­ment d’amé­lio­rer le sort des agri­cul­teurs en dif­fi­cul­té, il re­grette que « la FNSEA ait dès le dé­but écar­té l’idée d’une ré­par­ti­tion plus équi­table des aides eu­ro­péennes de la PAC. C’est ça le gros ta­bou ! »

Les éti­quettes de­vraient flam­ber dans les rayons… Les agri­cul­teurs en pro­fi­te­ront-ils ? Rien n’est moins sûr.

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