Gé­rard Mou­rou, ex­pert en la­ser de­ve­nu Prix No­bel

Les dé­cou­vertes du phy­si­cien fran­çais Gé­rard Mou­rou sur les la­sers ont été ré­com­pen­sées hier par un No­bel.

Le Parisien (Essonne) - - LA UNE - PAR CÉ­CILE CHEVALLIER À PALAISEAU (ES­SONNE) @Che­val­lierC­cile

IL S’AP­PRÊ­TAIT à se rendre à la pis­cine quand il a ap­pris sa no­mi­na­tion par té­lé­phone. Le Fran­çais Gé­rard Mou­rou, 74 ans, a re­çu hier le prix No­bel de phy­sique pour ses tra­vaux sur les la­sers. L’Aca­dé­mie royale des sciences de Suède a oc­troyé cette dis­tinc­tion conjoin­te­ment à Don­na Stri­ck­land, son an­cienne étu­diante ca­na­dienne, troi­sième phy­si­cienne à être ré­com­pen­sée, et à l’Amé­ri­cain Ar­thur Ash­kin, pri­mé pour d’autres tra­vaux sur les la­sers.

Em­ma­nuel Ma­cron a aus­si­tôt fé­li­ci­té le scien­ti­fique fran­çais. « Nous sommes fiers de Gé­rard Mou­rou, a twee­té le pré­sident de la Ré­pu­blique. Il met à l’hon­neur la re­cherche fon­da­men­tale fran­çaise et ses ap­pli­ca­tions. »

Dé­con­trac­té, sou­riant et di­sert sur ses tra­vaux, c’est dans un am­phi­théâtre de l’Ecole po­ly­tech­nique, à Palaiseau (Es­sonne), où il en­seigne, que nous le ren­con­trons. « L’émo­tion res­sen­tie est in­des­crip­tible, nous confie-t-il. C’est énorme, fa­bu­leux. Je suis tel­le­ment content pour le do­maine que j’ai contri­bué à créer : les hautes in­ten­si­tés. C’est dé­jà un des do­maines les plus im­por­tants, mais il va le de­ve­nir en­core plus. »

QUA­RANTE AN­NÉES CONSA­CRÉES À SA PAS­SION

Gé­rard Mou­rou a mis au point il y a une tren­taine d’an­nées, avec Don­na Stri­ck­land, une tech­nique d’am­pli­fi­ca­tion des la­sers dé­nom­mée Chir­ped Pulse Am­pli­fi­ca­tion (CPA), qui per­met de créer des im­pul­sions ul­tra­courtes et de très haute puis­sance.

« Ces tra­vaux ont conduit à de grosses avan­cées en ma­tière de chi­rur­gie de l’oeil, dé­taille Gé­rard Mou­rou. Chaque an­née, des mil­lions de per­sonnes se font opé­rer de la ca­ta­racte, de la cor­née avec de plus en plus de pré­ci­sion. Mais les la­sers vont aus­si per­mettre une imagerie mé­di­cale en­core plus fine, des thé­ra­pies nu­cléaires pour cer­taines ma­la­dies… »

Ce prix No­bel cou­ronne plus de qua­rante an­nées consa­crées aux la­sers, sa « pas­sion ». Uni­ver­si­taire de for­ma­tion (il dé­croche une maî­trise en phy­sique en 1967 à la fac de Gre­noble, en Isère), il a re­joint l’Ecole po­ly­tech­nique à plu­sieurs re­prises au fil de sa car­rière. Mais c’est aux Etats-Unis, prin­ci­pa­le­ment à l’uni­ver­si­té du Mi­chi­gan, qu’il a ef­fec­tué le plus gros de ses re­cherches et de ses dé­cou­vertes. Tou­jours en res­tant en lien avec des centres fran­çais, no­tam­ment le la­bo­ra­toire d’op­tique ap­pli­quée, une uni­té mixte de l’Ecole po­ly­tech­nique, du CNRS et de l’Ecole na­tio­nale su­pé­rieure des tech­niques avan­cées (ENSTA Pa­risTech) qu’il a di­ri­gée de 2005 à 2009.

A 74 ans, après ce prix No­bel de phy­sique et d’autres ré­com­penses in­ter­na­tio­nales, Gé­rard Mou­rou n’en­tend pas prendre sa re­traite. Par­mi ses « grands pro­jets », il veut étu­dier la com­po­si­tion du vide. « Le trai­te­ment des dé­chets ra­dio­ac­tifs est un autre thème qui m’est très cher, an­nonce le phy­si­cien. Ac­tuel­le­ment, on ne sait pas trop quoi en faire. Les la­sers pour­raient of­frir une so­lu­tion en chan­geant la na­ture de l’atome. » Avant de conclure, tout sou­rire et les yeux bleus étin­ce­lants : « Une idée sé­dui­sante et ex­ci­tante. »

“LES LA­SERS VONT PER­METTRE UNE IMAGERIE MÉ­DI­CALE EN­CORE PLUS FINE” GÉ­RARD MOU­ROU

Palaiseau (Es­sonne), hier. Le cher­cheur Gé­rard Mou­rou, ici dans un la­bo­ra­toire de l’Ecole po­ly­tech­nique, où il en­seigne, a re­çu le prix No­bel de phy­sique pour ses tra­vaux sur les la­sers.

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