Da­niel Knoll : « Ma mère est morte car elle était juive »

L’un des fils de Mi­reille Knoll, l’oc­to­gé­naire tuée à Pa­ris, nous ra­conte qui était sa mère à l’oc­ca­sion de la sor­tie de son livre.

Le Parisien (Essonne) - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS ET JÉ­RÉ­MIE PHAM-LÊ

DA­NIEL KNOLL est l’au­teur avec son frère Al­lan d’un livre* pu­blié au­jourd’hui et dé­dié à leur mère, Mi­reille Knoll, l’oc­to­gé­naire de confes­sion juive tuée le 23 mars 2018 à Pa­ris. Dans le ca­bi­net de son avo­cat,Me Gilles-William Gold­na­del, il se confie.

Pour­quoi ce livre ?

DA­NIEL KNOLL. J’étais ré­ti­cent, mais l’écri­vaine Ca­the­rine Si­gu­ret m’a convain­cu. Ma­man n’a pas eu une vie ba­nale. Elle a réa­li­sé des choses in­croyables. Mais elle est dé­cé­dée dans des condi­tions hor­ribles. Il faut que les gens sachent que l’on peut en­core mou­rir au­jourd’hui par- ce qu’on est juif. Sans au­cune jus­ti­fi­ca­tion. Je suis convain­cu que c’est un crime antisémite. Ma mère était une femme pauvre, elle vi­vait dans une HLM, sans au­cun ob­jet de va­leur à l’in­té­rieur. L’un des deux meur­triers pré­su­més était son voi­sin — ma mère le connais­sait de­puis l’âge de 7 ans —, il ne pou­vait l’igno­rer. Elle vi­vait avec 800 € par mois (NDLR : aide pour le lo­ge­ment com­prise), n’avait ja­mais plus de 30 € sur elle. Rien ne jus­ti­fiait un cam­brio­lage. Ma mère a été tuée de onze coups de cou­teau aux cris d’ « Al­la­hou ak­bar ».

Qu’est-ce que ce crime a chan­gé pour vous ?

Nous sommes, mal­gré nous, sor­tis de l’ano­ny­mat. Au­jourd’hui, nous et nos en­fants sommes très sol­li­ci­tés ici, comme en Is­raël, pour par­ler de notre mère. Nous n’avons ja­mais été très re­li­gieux, même si nous sui­vions les tra­di­tions comme Kip­pour. Ma mère ne par­lait ja­mais de son pas­sé, de la rafle du Vél d’Hiv à la­quelle elle avait échap­pé, et très peu de re­li­gion. Elle seule­ment quand on pas­sait à la té­lé des té­lé­films avec des ac­teurs juifs ! Au­jourd’hui, nous nous sommes rap­pro­chés de la com­mu­nau­té juive mais pas seule­ment : nous avons aus­si ren­con­tré des mu­sul­mans ex­tra­or­di­naires.

Comment avez-vous ap­pris le meurtre ?

J’étais à la ter­rasse d’un ca­fé et j’ai re­çu un ap­pel me di­sant qu’il y avait un in­cen­die chez ma mère. Lorsque j’ai contac­té les pom­piers et qu’ils m’ont dit de ve­nir vite, sans autres pré­ci­sions, j’ai com­pris… Mais je n’ima­gi­nais pas que ce se­rait un meurtre antisémite : d’ailleurs, au dé­part, nous n’avions pas com­pris pour­quoi le Crif or­ga­ni­sait une marche blanche !

Qui était votre mère ?

Une femme ex­trê­me­ment gen­tille mais aus­si très naïve. Elle était cu­rieuse et ou­verte au monde. Elle a beau­coup voya­gé. Elle ai­mait la vie, la France, Pa­ris. Elle a eu aus­si de grands amours dans sa vie.

Comment se re­met-on d’un tel drame ?

On ne fait pas le deuil d’un crime aus­si hor­rible. Mais nous avons dé­ci­dé de créer une as­so­cia­tion Mi­reille Knoll, en mé­moire de notre mère, et pla­cée sous le signe de l’ou­ver­ture et de la paix. Ce ne se­ra pas seule­ment une as­so­cia­tion de com­mé­mo­ra­tion. Nous avons re­çu des mes­sages de sou­tien du monde en­tier. J’ai été in­vi­té par le maire de Rome, où la pe­tite com­mu­nau­té juive a or­ga­ni­sé une cé­ré­mo­nie en hom­mage à ma mère. Nous avons des contacts avec des gens au Qa­tar, au Ma­roc, en Es­pagne, aux Etats-Unis. Un Améai­mait ri­cain a don­né Mi­reille comme deuxième pré­nom à sa fille. Ce­la fait chaud au coeur et nous pousse à agir. L’as­so­cia­tion va faire une très belle ac­tion en no­vembre…

S’il y a un jour un pro­cès, irez-vous ?

“JE SUIS CONVAIN­CU QUE C’EST UN CRIME ANTISÉMITE. MA MÈRE […] VI­VAIT DANS UNE HLM, SANS AU­CUN OB­JET DE VA­LEUR.”

J’irai la mort dans l’âme pour re­gar­der ces in­di­vi­dus dans les yeux. Mais sans at­tente. On ne peut pas faire confiance à de tels monstres. Il manque un mot dans le vo­ca­bu­laire pour les qua­li­fier.

« C’était ma­man », Ed. Ke­ro,

200 p., 17 €.

Pa­ris (VIIIe), lun­di. Da­niel Knoll et son frère ont dé­ci­dé de créer une as­so­cia­tion en mé­moire de leur mère, « pla­cée sous le signe de l’ou­ver­ture et de la paix ».

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