Des forces de l’ordre fa­ta­listes

Po­li­ciers et gen­darmes os­cil­lent entre in­dif­fé­rence et aga­ce­ment alors que Gé­rard Col­lomb quitte l’In­té­rieur.

Le Parisien (Essonne) - - FAIT DU JOUR - PAR ÉRIC PEL­LE­TIER

“IL

Y A EU L’AF­FAIRE BE­NAL­LA, PUIS CETTE PHO­TO DU DOIGT D’HON­NEUR À CÔ­TÉ DE MA­CRON. ET MAIN­TE­NANT,

” COL­LOMB…

« L’IMPERTINENCE construc­tive. » Le 21 sep­tembre, le Syn­di­cat des cadres de la sé­cu­ri­té in­té­rieure (SCSI-CFDT) a mis en avant ce slo­gan lors de son congrès na­tio­nal, à Vannes (Mor­bi­han)… De­vant ces of­fi­ciers de po­lice, Gé­rard Col­lomb leur glisse alors, com­plice : « Moi aus­si, ces der­niers temps, j’ai peut-être fait preuve d’un peu trop d’impertinence. Ce qu’un se­cré­taire gé­né­ral d’une or­ga­ni­sa­tion peut se per­mettre, un mi­nistre ne le peut pas. » Ce fai­sant, il se donne le beau rôle, ce­lui d’un homme po­li­tique trop franc du col­lier pour res­ter au sein du gou­ver­ne­ment. Hier, der­nière pi­rouette, il fait sa­voir au « Fi­ga­ro » qu’il main­tient sa pro­po­si­tion de dé­mis­sion, re­fu­sée la veille par le pré­sident. Du ja­mais-vu sous la Ve Ré­pu­blique.

BE­SOIN DE STA­BI­LI­TÉ

Comment les po­li­ciers et gen­darmes, soit en­vi­ron 250 000 hommes et femmes, vivent-ils ces scènes de bou­le­vard aux plus hauts som­mets de l’Etat ? « Au-de­là des ques­tions de per­sonnes, nous avons be­soin de sta­bi­li­té, in­siste Ch­ris­tophe Rou­get, du SCSI. De­puis 2016, pas moins de quatre mi­nistres se sont suc­cé­dé. Dans ces condi­tions, on gère la com­mu­ni­ca­tion mais pas le fond. Du coup, la tech­no­struc­ture s’im­pose au po­li­tique et reste aux com­mandes. Rien ne change. La der­nière grande ré­forme re­monte à avec le rat­ta­che­ment de la gen­dar­me­rie à l’In­té­rieur. »

Ce mi­nis­tère, l’un des plus lourds à ma­nier, au­rait donc be­soin d’être in­car­né, voire bous­cu­lé, pour évo­luer. Joxe, Pas­qua, Che­vè­ne­ment, Sar­ko­zy… Cha­cun à sa ma­nière, quelle que soit son éti­quette, a im­po­sé des choix stra­té­giques forts, don­nant aux po­li­ciers le sen­ti­ment d’être re­pré­sen­tés. A en­tendre les échos re­mon­tant du ter­rain, Gé­rard Col­lomb, qui avait ten­dance à s’em­brouiller dans les sigles et à ou­blier le nom et le vi­sage des pa­trons des grandes di­rec­tions, n’a ja­mais fait il­lu­sion dans le coeur des flics. Un seul exemple : il a choi­si le jour de lan­ce­ment de la po­lice de sé­cu­ri­té du quo­ti­dien (PSQ), pré­sen­té comme un chan­tier prio­ri­taire, pour an­non­cer sa pro­chaine can­di­da­ture à la mai­rie de Lyon. « Sans com­men­taire… », glisse alors un cadre du mi­nis­tère.

Un of­fi­cier de gen­dar­me­rie, en poste dans l’est de la France, ré­sume un sen­ti­ment lar­ge­ment par­ta­gé : la las­si­tude de2009 vant les po­lé­miques es­ti­vales en sé­rie. « La si­tua­tion po­li­tique et les rap­ports entre Ely­sée et Beau­vau de­viennent un su­jet ré­cur­rent à l’heure du ca­fé, y com­pris avec nos ca­ma­rades po­li­ciers, re­con­naît-il. Il y a eu l’af­faire Be­nal­la, puis cette pho­to du doigt d’hon­neur à cô­té du pré­sident de la Ré­pu­blique. Et main­te­nant Col­lomb qui sort, rentre et res­sort du gou­ver­ne­ment. Tout ce­la par­ti­cipe d’un af­fai­blis­se­ment de l’Etat, af­fai­blis­se­ment que nous res­sen­tons chaque jour dans la lutte contre la cri­mi­na­li­té. » Pour les gen­darmes, l’ave­nir im­mé­diat est sy­no­nyme d’in­quié­tude : « Les noms qui cir­culent, à com­men­cer par ce­lui de Fré­dé­ric Pé­che­nard, an­cien di­rec­teur gé­né­ral de la po­lice et fa­vo­rable à la fu­sion des deux forces, ne nous ras­surent pas », confie le même in­ter­lo­cu­teur.

Les joutes pa­ri­siennes laissent ce­pen­dant de marbre bon nombre de po­li­ciers en pro­vince. « Le nom du mi­nistre im­porte peu quand on est confron­té à des consi­dé­ra­tions très concrètes, comme la lour­deur de la pro­cé­dure ju­di­ciaire », es­time ce chef de ser­vice dans le Sud-Ouest. Il trouve que Col­lomb, avec « sa tête de clown triste », dé­ga­geait au moins une « cer­taine em­pa­thie ». « Avec lui, pas de ré­vo­lu­tion mais on s’est en­fin dé­bar­ras­sé de la po­li­tique du chiffre », se fé­li­cite-til. Au fond, po­li­ciers et gen­darmes ont de­puis des mois tour­né la page Gé­rard Col­lomb, comme s’il n’était qu’une pa­ren­thèse dans la vie tu­mul­tueuse de l’In­té­rieur. Comme si, au fond, l’ex-maire de Lyon n’avait ja­mais vrai­ment po­sé ses va­lises Place Beau­vau.

A en­tendre les échos re­mon­tant du ter­rain, Gé­rard Col­lomb, qui avait ten­dance à s’em­brouiller dans les sigles, n’a ja­mais fait il­lu­sion dans le coeur des po­li­ciers.

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