« Le ré­gime connaît une crise ma­jeure »

Brice Hor­te­feux, an­cien mi­nistre de l’In­té­rieur

Le Parisien (Essonne) - - FAIT DU JOUR - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR HEN­RI VER­NET

DÉ­PU­TÉ EU­RO­PÉEN LR, conseiller po­li­tique de Laurent Wau­quiez, Brice Hor­te­feux a été mi­nistre de l’In­té­rieur sous la pré­si­dence de Ni­co­las Sar­ko­zy.

Vous qui êtes pas­sé par la Place Beau­vau, que vous ins­pire la dé­mis­sion de Gé­rard Col­lomb ?

BRICE HOR­TE­FEUX. Elle prouve que le sys­tème Ma­cron est dé­ci­dé­ment très ori­gi­nal : en seize mois, sept mi­nistres quittent le gou­ver­ne­ment ou an­noncent leur dé­part. Soit sous la contrainte, soit par une an­nonce ma­ti­nale sans pré­ve­nir le pré­sident de la Ré­pu­blique. Ou en­core, comme cette fois, en fixant son propre ca­len­drier comme un sa­la­rié pose ses congés. Le sys­tème Ma­cron, c’est la pa­gaille po­li­tique et le désordre ins­ti­tu­tion­nel.

C’est-à-dire ?

Sous la Ve Ré­pu­blique, c’est le pré­sident de la Ré­pu­blique qui nomme et qui met fin aux fonc­tions des mi­nistres, sur pro­po­si­tion du Pre­mier mi­nistre. Ce­la ne passe pas par des an- nonces à la va comme je te pousse. Deuxiè­me­ment, c’est la pa­gaille po­li­tique de­puis quelques se­maines. De l’af­faire Be­nal­la à la dé­mis­sion de Ni­co­las Hu­lot, du ba­zar fis­cal avec l’im­bro­glio du pré­lè­ve­ment à la source ou la vraie-fausse an­nonce de la ré­forme de la fis­ca­li­té sur les suc­ces­sions jus­qu’au dé­part de Gé­rard Col­lomb, on constate que le sys­tème Ma­cron, c’est la ca­co­pho­nie, l’in­ex­pé­rience et l’ama­teu­risme.

Vous re­pro­chiez dé­jà ce­la au quin­quen­nat Hol­lande…

Là, c’est pire, c’est du Hol­lande sans l’hu­mour. Em­ma­nuel Ma­cron au­rait dû re­mer­cier Gé­rard Col­lomb après son in­ter­view à « l’Ex­press » ? Ce qui est clair, c’est que l’In­té­rieur n’est pas un mi­nis­tère du En même temps. du temps plein. On doit être mi­nistre de l’In­té­rieur 24 heures sur 24, pas seule­ment dans ses faits et dans ses gestes, mais dans sa tête.

Ce dé­part peut faire des dé­gâts sur la Place Beau­vau ?

Ce mi­nis­tère est un pa­que­bot, avec 95 000 gen­darmes, 145 000 po­li­ciers et tous les em­ployés des pré­fec­tures. Ce mi­nis­tère a be­soin d’un vrai chef, d’un cap, il doit être fier de son mi­nistre, qui doit être à la fois un poids lourd du gou­ver­ne­ment et proche du pré­sident de la Ré­pu­blique. De­puis son in­ter­view, Gé­rard Col­lomb n’était ni l’un ni l’autre.

Donc, Ma­cron au­rait dû le li­mo­ger ?

C’est le choix du pré­sident de la Ré­pu­blique. Là, il est ap­pa­ru dé­pas­sé.

L’au­to­ri­té du chef de l’Etat est at­teinte ?

A l’évi­dence, le ré­gime connaît une crise ma­jeure, comme il ne s’en est ja­mais pro­duit sous la pré­si­dence de Ni­co­las Sar­ko­zy, et même de­puis des dé­cen­nies.

Em­ma­nuel Ma­cron avait pour­tant une image d’au­to­ri­té et de fer­me­té ?

Son suc­cès re­po­sait sur une ha­bi­le­té de com­mu­ni­ca­tion et une désaf­fec­tion de l’opi­nion. On dé­couvre au­jourd’hui que le nou­veau monde est pire que l’an­cien.

Comment le quin­quen­nat peut évo­luer ?

Em­ma­nuel Ma­cron a la chance de bé­né­fi­cier des ins­ti­tu­tions gaul­lienC’est nes qui sont en gra­nit. Mais il se­ra ju­gé comme les autres sur les ré­sul­tats. Or, la réa­li­té, c’est que tout ce qui au­rait dû di­mi­nuer a aug­men­té — les pré­lè­ve­ments obli­ga­toires, les dé­fi­cits, etc —, et tout ce qui au­rait dû aug­men­ter a di­mi­nué : la crois­sance ra­me­née à 0,4, deux fois moins que dans la zone eu­ro, le pou­voir d’achat…

C’EST PIRE, C’EST DU HOL­LANDE ” SANS L’HU­MOUR

« Le sys­tème Ma­cron, c’est la ca­co­pho­nie, l’in­ex­pé­rience et l’ama­teu­risme », lance le dé­pu­té eu­ro­péen LR Brice Hor­te­feux.

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