« Ce chi­rur­gien bou­cher a bri­sé ma vie »

Vé­ro­nique, 54 ans, a failli mou­rir pen­dant une hys­té­ro­sco­pie. Le pra­ti­cien en cause a même été qua­li­fié de « bou­cher » par l’hô­pi­tal. Un té­moi­gnage édi­fiant.

Le Parisien (Essonne) - - FAITS DIVERS - DE NOTRE COR­RES­PON­DANT SERGE PUEYO À MONTÉLIMAR (DRÔME) VÉ­RO­NIQUE

SUR SON FAU­TEUIL mé­di­ca­li­sé, Vé­ro­nique souffre le mar­tyre. « On m’a re­ti­ré tous les muscles ab­do­mi­naux. Pour main­te­nir mon ventre, j’ai une cein­ture qui me tor­ture. J’ai beau­coup de mal à me le­ver, à mar­cher. Mes reins ne fonc­tionnent plus nor­ma­le­ment. J’ai une sonde et je dois al­ler aux toi­lettes toutes les deux heures. On m’a po­sé 120 points de su­ture. J’ai des in­fec­tions et je suis très fa­ti­guée. Je ne peux plus m’oc­cu­per de mon éle­vage de chiens… » égrène cette Drô­moise de 54 ans. Avant de ré­su­mer : « Ma vie est bri­sée. » Une si­tua­tion dra­ma­tique pro­vo­quée par une in­ter­ven­tion chi­rur­gi­cale qui a tour­né au cau­che­mar à l’hô­pi­tal de Montélimar.

Le gynécologue a per­fo­ré l’uté­rus de Vé­ro­nique et sec­tion­né son ar­tère fé­mo­rale. A tel point que même l’hô­pi­tal a qua­li­fié de « bou­cher » ce chi­rur­gien-obstétricien. Pour­tant, lors de l’in­ter­ven­tion, un mé­de­cin in­terne et un anes­thé­siste ont bien ten­té d’aler­ter le pra­ti­cien mé­de­cin de son er­reur. En vain. « J’ai failli mou­rir, vi­dée de mon sang », ex­plique Vé­ro­nique. Sa vie a bas­cu­lé le 30 mai. A 12 h 30, elle ar­rive à l’hô­pi­tal de Montélimar pour une in­ter­ven­tion bé­nigne. Dès 16 h 30, elle doit pou­voir ren­trer chez elle.

Dé­but mai, au mo­ment de ses règles, Vé­ro­nique avait su­bi des sai­gne­ments per­sis­tants pen­dant plu­sieurs jours. Elle consulte un gynécologue al­le­mand, le doc­teur Mar­tin F., qui vient d’être re­cru­té par l’hô­pi­tal. Le pra­ti­cien dé­tecte un fi­brome (pe­tite tu­meur non can­cé­reuse) sur la pa­roi de l’uté­rus. Un pre­mier trai­te­ment stoppe les sai­gne­ments. Mais le chi­rur­gien ex­plique à Vé­ro­nique qu’il veut quand même pra­ti­quer une hys­té­ro­sco­pie (exa­men de l’uté­rus) pour éven­tuel­le­ment cau­té­ri­ser le fi­brome.

TRANSPORTÉE D’UR­GENCE À LYON, ELLE EST SAUVÉE DE JUS­TESSE

Dans un cour­rier à l’ordre des mé­de­cins, Mi­chel Co­hen, le di­rec­teur de l’hô­pi­tal, écrit à pro­pos de l’in­ter­ven­tion du chi­rur­gien : « Après avoir per­fo­ré l’uté­rus sans s’en rendre compte, il a conti­nué son geste chi­rur­gi­cal mal­gré les alertes de son aide opé­ra­toire. Il a dé­bu­té le cu­re­tage alors qu’il se trou­vait à proxi­mi­té des axes vas­cu­laires. Il a tou­ché l’ar­tère fé­mo­rale. Il est res­té si­dé­ré et in­ca­pable de prendre une dé­ci­sion alors que le pro­nos­tic vi­tal de la pa­tiente était en­ga­gé. Nous sommes pas­sés à une si­tua­tion d’ac­ci­dent thé­ra­peu­tique en rai­son de son in­ca­pa­ci­té à se rendre compte de la per­fo­ra­tion uté­rine et de son in­sis­tance à pour­suivre son geste. »

Vic­time d’une hé­mor­ra­gie mas­sive, Vé­ro­nique est transportée d’ur­gence vers l’hô­pi­tal Edouard-Her­riot de Lyon. Elle se­ra sauvée mi­ra­cu­leu­se­ment par les mé­de­cins qui évi­te­ront éga­le­ment l’am­pu­ta­tion de sa jambe droite. Pour Me Edouard Bour­gin, avo­cat gre­no­blois de Vé­ro­nique, l’er­reur du chi­rur-

“CE

QUI M’EST AR­RI­VÉ NE DOIT PAS AR­RI­VER À D’AUTRES PER­SONNES. CE MÉ­DE­CIN NE DOIT PLUS

” EXER­CER.

gien est énorme : « Un ex­pert obstétricien a conclu qu’il avait pour­sui­vi son geste 10 cm trop loin. C’est du ja­mais-vu. En trente ans de lit­té­ra­ture mé­di­cale, on ne trouve pas trace d’un tel ac­ci­dent. A se de­man­der s’il ne s’agit pas d’un acte de mu­ti­la­tion vo­lon­taire et non pas de simples bles­sures in­vo­lon­taires », s’in­ter­roge l’avo­cat, qui a sai­si le pro­cu­reur de Va­lence.

Phi­lippe, le ma­ri de Vé­ro­nique, a été re­çu par le di­rec­teur de l’hô­pi­tal de Montélimar : « Il m’a dit que ce mé­de­cin était un vé­ri­table bou­cher », af­fir­met-il. Vé­ro­nique et lui ont éga­le­ment dé­cou­vert que le Doc­teur Mar­tin F. n’était pas as­su­ré !

« Je suis en co­lère contre ce chi­rur­gien. Je ne m’ex­plique pas une telle er­reur. Il y a beau­coup de mal­adresse, d’in­com­pé­tence », confie Vé­ro­nique.

LE MÉ­DE­CIN AVAIT ÉTÉ SUS­PEN­DU PAR­TIEL­LE­MENT DANS LE BAS-RHIN

« Ce qui m’est ar­ri­vé ne doit pas ar­ri­ver à d’autres per­sonnes. Ce mé­de­cin ne doit plus exer­cer. Je vais es­sayer de me re­cons­truire. Mais je sais que le che­min se­ra long et pé­nible. »

Le doc­teur Mar­tin F., qui a un ca­bi­net à Stras­bourg (BasR­hin), a été sus­pen­du par­tiel­le­ment pen­dant un an par le conseil dé­par­te­men­tal de l’ordre des mé­de­cins du Bas-Rhin. Il ne peut plus réa­li­ser d’in­ter­ven­tions chi­rur­gi­cales mais peut ef­fec­tuer des consul­ta­tions. « Une de­mi-me­sure scan­da­leuse. Son in­ter­dic­tion d’exer­cer doit être to­tale car ce mé­de­cin est dan­ge­reux », es­time Me Edouard Bour­gin.

Vé­ro­nique et son avo­cat se de­mandent si le doc­teur F. n’a pas fait d’autres vic­times. Car « le chi­rur­gien bou­cher de Montélimar » a aus­si tra­vaillé en Suisse, en Bel­gique, au Luxem­bourg et en Al­le­magne. De son cô­té, l’hô­pi­tal de Montélimar af­firme que les règles de re­cru­te­ment ont été res­pec­tées lors de son em­bauche en mai der­nier. Mal­gré nos ten­ta­tives, nous n’avons pas pu contac­ter le pra­ti­cien in­cri­mi­né.

Saulce-sur-Rhône (Drôme), lun­di. Vé­ro­nique souffre de nom­breuses sé­quelles à la suite d’une in­ter­ven­tion chi­rur­gi­cale réa­li­sée le 30 mai qui a failli lui coû­ter la vie.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.