Ma­rianne Ma­ko avait ou­vert la voie

La jour­na­liste de « Té­lé­foot » sur TF 1 de 1987 à 1997, em­por­tée par la ma­la­die lun­di, était une pion­nière pour toutes les jeunes femmes qui exercent sur les pe­louses et les pla­teaux au­jourd’hui.

Le Parisien (Essonne) - - SPORTS - PAR LIO­NEL CHAMI

MA­RIANNE MA­KO res­te­ra à ja­mais la pre­mière femme à avoir par­lé de foot à la té­lé. Elle s’est éteinte à 54 ans lun­di à Pa­ris (XVe), dans une cli­nique de soins pal­lia­tifs, après deux ans de lutte contre un can­cer.

Tous les pas­sion­nés de 35 ans et plus se sou­viennent de cette brune drôle et pé­tillante, jour­na­liste à « Té­lé­foot » de 1987 à 1997. « Je croi­sais Ma­rianne ré­gu­liè­re­ment au Parc des Princes, té­moigne Di­dier Rous­tan (la Chaîne l’Equipe), alors ré­dac­teur en chef de l’émis­sion. Je lui ai pro­po­sé de nous re­joindre. Elle était contente mais j’ai dû la boos­ter parce qu’elle avait une forme de crainte, peut-être lé­gi­time. »

LES PRO­POS MI­SO­GYNES DE THIER­RY RO­LAND

Ra­pi­de­ment, la jour­na­liste, for­mée à l’IUT de Bor­deaux, se fait un nom, un pré­nom et une ré­pu­ta­tion. Elle crée même une ru­brique bap­ti­sée « Cram­pons ai­guilles ». « C’était quel­qu’un de doux, cha­leu­reux, gen­til et qui ne se la pé­tait pas, re­prend Rous­tan. Les foot­bal­leurs l’ado­raient et étaient très gen­tils avec elle. » « Elle avait tour­né une sé­quence très drôle avec Fran­çois Cal­de­ra­ro à Metz, avec un pa­ra­pluie sous la douche », se sou­vient Syl­vaine Mi­gno­gna, à la pro­duc­tion de « Té­lé­foot » de­puis 1984. « A Noël 1987, on est al­lés au Ca­me­roun au ju­bi­lé Ro­ger Milla, rap­porte Rous­tan. A un mo­ment, et c’était sa force, elle se fon­dait dans le dé­cor et elle n’était plus ni femme ni homme. »

Les choses se gâtent pour Ma­rianne quand, une fois Rous­tan par­ti, elle est pous­sée vers la sor­tie de TF 1. Les pro­pos mi­so­gynes de son col­lègue Thier­ry Ro­land dans son au­to­bio­gra­phie

“C’EST COMME SI ELLE AVAIT SOUF­FERT POUR NOUS

” TOUTES NA­THA­LIE IANNETTA, JOUR­NA­LISTE SPOR­TIVE

— « Le foot est une af­faire d’hommes », il faut avoir du « poil aux pattes » pour en par­ler — achèvent sa car­rière.

« Je pense beau­coup à elle parce qu’elle est par­tie alors que tout monde l’avait ou­bliée, dit Na­tha­lie Iannetta, 46 ans, ex-ré­dac­trice en chef de l’Equipe du di­manche sur Ca­nal + (20082010), ar­ri­vée en même temps que Ma­ko s’en al­lait. Elle a été sous-es­ti­mée. Je crois que, comme ça ne s’était pas bien ter­mi­né pour elle, mes pa­trons ont dû se dire, de ma­nière plus ou moins consciente, qu’il ne fau­drait pas re­faire ça. C’est comme si elle avait souf­fert pour nous toutes. Mes col­lègues ont res­pec­té le fait que je sois jour­na­liste avant d’être femme. Et ils l’ont fait aus­si parce qu’il y avait eu Ma­rianne. » « Des choses ont chan­gé mais beau­coup res­tent ter­ri­ble­ment d’ac­tua­li­té, sou­ligne Ca­rine Gal­li (la Chaîne l’Equipe). Une er­reur nous ra­mène tou­jours à notre sta­tut de femme, de po­tiche, de pis­ton­née qui s’est ta­pé X ou Y… »

« A la ra­dio, j’en­ten­dais un ré­su­mé de match de Ma­rianne, té­moigne Anne-Laure Bon­net, jour­na­liste à BeIN. Ça me pa­rais­sait si na­tu­rel, alors que ça ne l’était pas il y a trente ans. Si ça l’est au­jourd’hui, c’est grâce à elle. »

Ma­rianne Ma­ko est morte lun­di, à 54 ans.

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