Tel­le­ment vrai « Nos ba­tailles » : bou­le­ver­sant

Dans le for­mi­dable « Nos ba­tailles », Guillaume Se­nez n’avait don­né au­cune ré­plique à ses ac­teurs. En­tou­ré de Ro­main Du­ris et Lae­ti­tia Dosch, il ra­conte le tour­nage.

Le Parisien (Essonne) - - LOISIRS - PAR CA­THE­RINE BALLE RO­MAIN DU­RIS C.BA.

Le­vons l’ambiguïté tout de suite : « Nos ba­tailles », qui met en scène un syn­di­ca­liste père de fa­mille dont la femme quitte bru­ta­le­ment la mai­son (Ro­main Du­ris), n’est pas un film muet. Son réa­li­sa­teur, Guillaume Se­nez, avait d’ailleurs écrit des dia­logues très pré­cis avant le tour­nage. Mais il ne les a ja­mais don­nés aux co­mé­diens. Il leur a seule­ment confié un scé­na­rio de 30 pages dé­taillant chaque scène, mais sans au­cune ré­plique. Et une fois sur le pla­teau, il les a ai­dés à im­pro­vi­ser jus­qu’à ce qu’ils « trouvent leurs mots ».

« Je souf­flais par­fois un verbe, une ph­rase, pré­cise Guillaume Se­nez. Moi, je sa­vais où on al­lait, eux ne le sa­vaient pas… Mais on y est al­lés en­semble. » Le ré­sul­tat est épous­tou­flant de na­tu­rel : les per­son­nages de « Nos ba­tailles » bre­douillent par­fois un peu, se ré­pètent, les mots des uns che­vauchent ceux des autres… Comme dans la vie. L’ob­jec­tif du ci­néaste, pré­ci­sé­ment, était d’« ob­te­nir une spon- ta­néi­té qui per­mette au spec­ta- teur de croire en ce qu’il voit, d’être en em­pa­thie avec les per­son­nages et donc de res­sen­tir des émo­tions ».

OBLI­GÉS DE S’ÉCOU­TER

Cette mé­thode, Guillaume Se­nez, 41 ans, l’avait dé­jà tes­tée dans deux de ses courts-mé­trages et dans son pre­mier long­mé­trage, « Kee­per ». « Ce­la crée une écoute in­croyable entre les ac­teurs, ex­plique le réa­li­sa­teur. Et au fi­nal, il y a as­sez peu de dif- fé­rence entre ce que j’ai écrit et les dia­logues cap­tés. » Si la gé­niale Lae­ti­tia Dosch, qui in­carne la soeur d’Oli­vier/Ro­main Du­ris, connais­sait cette fa­çon de tra­vailler pour avoir dé­jà tour­né avec Guillaume Se­nez. Pour Du­ris, c’était une pre­mière.

« J’avais en­vie de dé­cou­vrir de nou­velles sen­sa­tions de jeu. Je veux des films bizarres, du risque, des trucs pas at­ten­dus… » as­sure le co­mé­dien. Qui ai­mait par ailleurs beau­coup les « com­bats » de son per­son­nage et « le cô­té Kra­mer contre Kra­mer » de l’his­toire. « J’avais quand même une toute pe­tite in­quié­tude avant le tour­nage parce que j’étais conscient qu’il al­lait fal­loir four­nir du ma­tos », confie ce­lui qui a vi­si­té une usine et ren­con­tré des syn­di­ca­listes pour s’im­pré­gner de son rôle.

Guillaume Se­nez re­con­naît que tour­ner sans dia­logues né-

“J’AVAIS

EN­VIE DE DÉ­COU­VRIR DE NOU­VELLES SEN­SA­TIONS DE JEU. JE VEUX

DES FILMS BIZARRES, DU RISQUE, DES TRUCS

PAS AT­TEN­DUS…

« Nos ba­tailles »,

C’EST UN FILM TOUT SIMPLE, mais rare. Con­tre­maître et syn­di­ca­liste dans une usine, Oli­vier vit en pro­vince avec sa femme, Lau­ra, et ses deux en­fants. Un jour, Lau­ra quitte la mai­son sans ex­pli­ca­tions. Mal­gré l’in­cer­ti­tude, Oli­vier doit conti­nuer à me­ner de front l’édu­ca­tion des en­fants et la dé­fense de ses col­lègues contre une di­rec­tion cy­nique… « Nos ba­tailles » parle de fa­çon bou­le­ver­sante du burn-out ma­ter­nel, de la dif­fi­cul­té de joindre les deux bouts, de la ces­site par­fois da­van­tage de temps, mais il es­time que la mé­thode convient « par­fai­te­ment » aux en­fants. Et en l’oc­cur­rence aux deux — fa­bu­leux — ac­teurs de 5 et 9 ans de « Nos ba­tailles ». « Il a juste fal­lu les ca­drer un peu », sou­rit le ci­néaste. « Guillaume, qui a été entraîneur de foot (NLDR : en ju­niors Elite), a créé une am­biance hy­per col­lec­tive sur le pla­teau, ré­sume Lae­ti­tia Dosch. Il nous en­traî­nait, il était notre Guy Lux… En­fin, notre Guy Roux ! » vio­lence de l’en­tre­prise… Bref, des « ba­tailles » du quo­ti­dien. C’est un drame ponc­tué de touches d’hu­mour et de lé­gè­re­té, réa­li­sé le poing le­vé. Cer­taines scènes (entre le frère et la soeur, entre la mère et son fils, entre les deux en­fants…) sont d’une beau­té qui prend aux tripes. Jus­qu’à cette fin qui vous laisse en larmes, mais le sou­rire aux lèvres… drame fran­co-belge de Guillaume Se­nez, avec Ro­main Du­ris, Lae­ti­tia Dosch, Laure Ca­la­my… 1 h 38.

Quand sa femme le quitte pré­ci­pi­tam­ment, le lais­sant seul avec leurs deux en­fants, Oli­vier (Ro­main Du­ris, à gauche) peut comp­ter sur le sou­tien de sa soeur Bet­ty (Lae­ti­tia Dosch).

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