Le mys­tère s’épais­sit

Bé­bés sans bras

Le Parisien (Essonne) - - LA UNE - PAR PRO­POS RE­CUEILLIS PAR FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

LE DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL de San­té pu­blique France an­nonce le lan­ce­ment d’une en­quête sur l’en­semble du ter­ri­toire sur les cas d’en­fants nés avec une mal­for­ma­tion.

Comment avez-vous dé­cou­vert onze cas supplémentaires d’en­fants nés avec une mal­for­ma­tion des membres su­pé­rieurs dans l’Ain entre 2000 et 2014 ?

FRAN­ÇOIS BOUR­DILLON. Quand les sept cas avé­rés d’en­fants nés avec des mal­for­ma­tions entre 2009 et 2014 ont été si­gna­lés dans l’Ain, en oc­tobre der­nier, nous nous sommes de­man­dé pour­quoi il n’y avait eu au­cun si­gna­le­ment sur la pé­riode 2000-2008. Nous avons donc dé­ci­dé de lan­cer des in­ves­ti­ga­tions supplémentaires en nous re­plon­geant sur une pé­riode de quinze ans dans la base des don­nées hos­pi­ta­lières du dé­par­te­ment. Nous al­lons aus­si le faire pour la pé­riode 2015-2017. A ce stade, nous avons iden­ti­fié, en plus des sept cas avé­rés dans l’Ain, sept cas sus­pects supplémentaires entre 2000 et 2008 et quatre autres entre 2009 et 2014. Les re­gistres mé­di­caux évoquent des mal­for­ma­tions des membres su­pé­rieurs, mais il faut qu’on s’as­sure qu’il s’agit bien d’agé­né­sie (NDLR : tou­chant les en­fants nés avec une mal­for­ma­tion d’un ou plu­sieurs membres).

Mais pour­quoi ne dé­cou­vrez-vous ces cas sus­pects qu’au­jourd’hui ?

Il y a en France, chaque an­née, 150 cas de mal­for­ma­tions. Alors que nous nous ba­sons sur les don­nées hos­pi­ta­lières, ces cas sus­pects ne nous ont pas été si­gna­lés. Nous fi­nan­çons

“IL

SEMBLE QUE CETTE STRUC­TURE (NDLR : LE RE­ME­RA)

NE TRA­VAILLE PAS AVEC

” UNE TO­TALE RI­GUEUR

une struc­ture, bap­ti­sée Re­me­ra (Re­gistre des mal­for­ma­tions congé­ni­tales en Rhône-Alpes), qui doit re­le­ver pour nous l’en­semble des cas de mal­for­ma­tions congé­ni­tales en France. Or, il semble ap­pa­raître que cette struc­ture ne tra­vaille pas avec une to­tale ri­gueur. C’est pour­quoi nous al­lons non seule­ment vé­ri­fier tous ces nou­veaux cas sus­pects dans l’Ain, mais aus­si dans toute la ré­gion Rhône-Alpes et en­suite dans l’en­semble de la France.

Crai­gnez-vous d’avoir sous-es­ti­mé le nombre de cas dans l’Hexa­gone ?

D’ici trois mois, nous se­rons en me­sure de chif­frer pré­ci­sé­ment le nombre de cas de mal­for­ma­tions par rap­port au nombre de nais­sances dans chaque dé­par­te­ment. Et ain­si de me­su­rer s’il y a une dif­fé­rence si­gni­fi­ca­tive dans telle ou telle ré­gion.

Le mi­nis­tère de la San­té vous a de­man­dé de re­lan­cer vos in­ves­ti­ga­tions en ci­blant no­tam­ment d’éven­tuelles causes en­vi­ron­ne­men­tales. De quoi pour­rait-il s’agir ?

Pour les sept cas avé­rés de mal­for­ma­tions consta­tées jus­qu’ici dans l’Ain, nos in­ves­ti­ga­tions au sein des fa­milles concer­nées ne nous ont pas per­mis de trou­ver de cause com­mune. Nous avons à chaque fois de­man­dé aux fa­milles de ré­pondre à un ques­tion­naire de trente pages qui cible leurs conduites ali­men­taires, les mé­di­ca­ments qu’ils pre­naient ou s’ils vi­vaient près de champs où des pes­ti­cides étaient ré­gu­liè­re­ment épan­dus. Jus­qu’ici, en France, les cas de mal­for­ma­tions étaient liés à des causes congé­ni­tales, des pro­blèmes de li­ga­ture de l’uté­rus ou à la prise de cer­tains mé­di­ca­ments. Mais de pré­cé­dentes études ont mon­tré que des agri­cul­teurs ex­po­sés aux pes­ti­cides ont dé­cla­ré en­suite la ma­la­die de Par­kin­son. Ces cas de mal­for­ma­tions mé­ritent donc que l’on étu­die en­core plus à la loupe l’im­pact éven­tuel des pes­ti­cides sur les femmes en­ceintes.

Druillat (Ain), le 4 oc­tobre. Plu­sieurs cas d’en­fants nés sans bras ont été ob­ser­vés au­tour de ce vil­lage.

Fran­çois Bour­dillon.

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