Les As­co­val at­tendent d’être en­fin fixés sur leur sort

L’in­ter­syn­di­cale d’As­co­val du Nord se­ra re­çue au­jourd’hui à Ber­cy. Sur place, les 279 ou­vriers de l’acié­rie, en sur­sis de­puis des mois, at­tendent une ré­ponse du mi­nis­tère. Re­por­tage.

Le Parisien (Essonne) - - ÉCONOMIE - DE NOS EN­VOYÉS SPÉ­CIAUX TEXTE : BÉ­RAN­GÈRE LE­PE­TIT PHO­TO : JEAN NICHOLAS GUILLO À SAINT-SAULVE (NORD)

« AL­LEZ LES GARS, cou­rage ! », lance un conduc­teur à la cin­quan­taine d’ou­vriers de l’acié­rie As­co­val, en­gon­cés dans des gi­lets orange, qui, sous la pluie bat­tante, bloquent l’en­trée de leur usine à l’ar­rêt de­puis une se­maine. « C’est la der­nière ligne droite, l’ul­time jour­née d’at­tente », veut croire Bru­no Kopc­zyns­ki (CFDT), por­te­pa­role de l’in­ter­syn­di­cale re­çue ce ma­tin à Pa­ris par le mi­nistre de l’Eco­no­mie. A 11 h 30, Bru­no Le Maire de­vrait don­ner un si­gnal fort aux 279 sa­la­riés de cette en­tre­prise fa­mi­liale créée en 1971 près de Va­len­ciennes (Nord). Il de­vrait, en ef­fet, dé­voi­ler les ré­sul­tats du rap­port du ca­bi­net Ro­land Ber­ger, dé­si­gné pour éva­luer les pers­pec­tives éco­no­miques du site.

NI­VEAU DE COM­MANDES

Le mi­nis­tère four­ni­ra aux sa­la­riés et à la di­rec­tion des élé­ments dé­ter­mi­nants sur leur ave­nir. Et nour­ri­ra, ou non, leur es­poir d’être re­pris par le groupe fran­co-belge Al­ti­fort, seul sur les rangs, qui a jus­qu’au 7 no­vembre pour dé­po­ser une offre au­près du tri­bu­nal de grande ins­tance de Stras­bourg.

Voi­là huit mois que le site, l’une des der­nières acié­ries fran­çaises, est en sur­sis. En fé­vrier, son prin­ci­pal ac­tion­naire, As­co In­dus­tries, a été pla­cé en re­dres­se­ment ju­di­ciaire et, hier, le gou­ver­ne­ment a ré­ité­ré sa vo­lon­té de sau­ver l’usine en de­man­dant au groupe Al­ti­fort de pré­sen­ter une offre sans l’aide de Val­lou­rec.

Lors d’une pre­mière au­dience au tri­bu­nal la se­maine der­nière, Al­ti­fort avait pré­sen­té une offre de re­prise qui im­pli­quait que Val­lou­rec, prin­ci­pal client et dé­sor­mais pre­mier ac­tion­naire, main­tienne pen­dant un an et de­mi son ni­veau ac­tuel de com­mandes. Or, Val­lou­rec, spé­cia­liste des tubes en acier

sans sou­dures — pro­prié­té à 17 % de l’Etat — a re­fu­sé cette de­mande.

« Val­lou­rec s’est en­ri­chi sur notre dos de­puis les an­nées 1970 et il nous lâche en pleine na­ture », mau­gréaient hier les sa­la­riés, mas­sés avec leur di­rec­teur de­vant leur site. Dans leur col­li­ma­teur : la stratégie de Val­lou­rec, fleu­ron in­dus­triel du Nord — Val­lou­rec si­gni­fiant « Va­len­ciennes, Lou­vroil, Rec­qui­gnies » — qui a en­ta­mé dans les an­nées 2000 la dé­lo­ca­li­sa­tion de ses sites de pro­duc­tion vers l’Asie ou le Bré­sil.

« Ici, chez As­co­val, on tra­vaille de père en fils. Les ou­vriers sont fiers de leur sa­voir-faire et s’in­ves­tissent en­core à 100 % sur leur poste de tra­vail, jour et nuit, dans le bruit, la pous­sière, la cha­leur », sou­tient Na­tha­lie, res­pon­sable des achats, qui tra­vaille ici de­puis trente ans. « Nous sommes de­ve­nus trop chers pour eux », dé­plorent, ré­si­gnés, Oli­vier et Sal­va­tore, res­pon­sables de pro­duc­tion sur le site plan­té au mi­lieu des champs, non loin de la fron­tière belge. Un peu moins de 300 sa­la­riés — dont une ma­jo­ri­té d’ou­vriers spé­cia­li­sés — y sont en­core em­ployés en CDI pour un sa­laire com­pris entre 1 500 et 3 000 €.

IN­CER­TI­TUDE

Hier, la se­cré­taire d’Etat Agnès Pan­nier-Ru­na­cher a fait part de son in­cer­ti­tude sur l’ave­nir du site et sur la po­ten­tielle aide de l’Etat via la Banque pu­blique d’in­ves­tis­se­ment (BPI) : « Soit le plan flotte et on le sou­tien­dra, soit il ne flotte pas et il fau­dra le dire les yeux dans les yeux aux sa­la­riés », a-t-elle as­su­ré. Em­ma­nuel Ma­cron, qui doit se rendre dans le Nord la se­maine pro­chaine à l’oc­ca­sion du cen­te­naire de la Pre­mière Guerre mon­diale, pour­rait ve­nir rendre vi­site aux sa­la­riés. Il suit avec « grand in­té­rêt » le dos­sier As­co­val, ont rap­por­té hier plu­sieurs élus LREM re­çus à dé­jeu­ner à l’Ely­sée. « Les sa­la­riés d’As­co­val sont des gens cou­ra­geux », leur a confié le chef de l’Etat qui a dit es­pé­rer « une so­lu­tion po­si­tive » pour le site du Nord.

Saint-Saulve (Nord), hier. Les ou­vriers de l’acié­rie en grève blo­quaient l’en­trée du site en brû­lant des pneus.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.