Jo­na­thann Da­val reste en pri­son

Le ma­ri d’Alexia, qui nie dé­sor­mais le meurtre de son épouse et ac­cuse sa belle-fa­mille, sol­li­ci­tait hier sa re­mise en li­ber­té en ap­pel. Les proches de la sup­pli­ciée le re­voyaient pour la pre­mière fois.

Le Parisien (Essonne) - - FAITS DIVERS - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE LOUISE COLCOMBET À BESANÇON (DOUBS)

ILS ES­PÉ­RAIENT l’avoir en face d’eux, cap­ter son re­gard, sen­tir une émo­tion, jau­ger cet homme qu’ils ont long­temps consi­dé­ré comme un membre de leur fa­mille. Jo­na­thann Da­val ne leur a rien of­fert de tout ce­la. Hier ma­tin, Isa­belle et Jean-Pierre Fouillot, les pa­rents d’Alexia, ain­si que sa soeur Sté­pha­nie et l’époux de celle-ci, Gré­go­ry Gay, sont res­sor­tis frus­trés du tri­bu­nal de Besançon (Doubs). « Il n’a pas eu un mot pour nous, il est res­té stoïque, fer­mé », ont-ils re­gret­té pu­bli­que­ment.

Les avo­cats de Jo­na­thann Da­val, qui ne re­con­naît plus le meurtre de son épouse de­puis son re­vi­re­ment spec­ta­cu­laire en juin, y plai­daient une de­mande de mise en li­ber­té, un an jour pour jour après la dé­cou­verte du ca­davre par­tiel­le­ment cal­ci­né de la jeune femme de 29 ans dans un bois proche de Gray (Haute-Saône). Sans sur­prise, comme en pre­mière ins­tance, la de­mande a été re­je­tée dans l’après-mi­di.

L’in­for­ma­ti­cien de 34 ans, qui n’a fi­na­le­ment pas été ex­trait de sa cel­lule, a com­pa­ru par vi­sio­con­fé­rence de­puis la pri­son de Di­jon (Côte-d’Or). Raide, mains jointes et vi­sage creu­sé par les cernes, l’homme est ap­pa­ru pâle, cris­pé, vul­né­rable. Presque fan­to­ma­tique. « Etes-vous bien Jo­na­thann Da­val ? » lui de­mande le pré­sident du tri­bu­nal en pré­am­bule. « Oui, c’est bien moi », ré­pond l’in­té­res­sé d’une voix ai­guë et che­vro­tante, le re­gard fixe, avant que l’au­dience ne soit fer­mée à la presse et au pu­blic. « Il n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment amai­gri. Je vois qu’il est même al­lé chez le coif­feur, lui qui a tou­jours été sou­cieux de son image… », tacle, iro­nique, Isa­belle Fouillot, à une sus­pen­sion d’au­dience.

TEN­SIONS ENTRE LES DEUX FA­MILLES

Une heure du­rant, les avo­cats de Jo­na­thann Da­val ont égre­né leurs ar­gu­ments, es­ti­mant que sa der­nière ver­sion — il ne re­con­naît plus que le trans­port du corps et ac­cuse sa belle-fa­mille du reste — ne jus­ti­fie plus son main­tien en dé­ten­tion. Une ver­sion « ir­réa­liste », se­lon Isa­belle Fouillot. « Une pro­vo­ca­tion », juge pour sa part Gré­go­ry Gay, que Jo­na­thann ac­cuse de­puis juin d’avoir étran­glé Alexia lors d’un re­pas de fa­mille. « Il est dans le dé­ni. Il n’ar­rive pas à se dire qu’il l’a massacrée », re­grette Isa­belle Fouillot. « On ne le voit plus comme notre gendre, mais bien comme un as­sas­sin », abonde son ma­ri, vi­si­ble­ment tou­ché, au mi­lieu des siens ve­nus en nombre.

Les proches de Jo­na­thann, eux, n’avaient pas fait le dé­pla­ce­ment, en rai­son de la forte mé­dia­ti­sa­tion de l’af­faire mais aus­si des ten­sions avec les proches d’Alexia. Les deux fa­milles, qui vivent dans un pe­tit pé­ri­mètre au­tour de Gray, avaient main­te­nu l’en­tente cor­diale pen­dant les pre­miers mois. Elles sont au­jourd’hui à cou­teaux ti­rés : de mau­vais re­gards en in­sultes pro­fé­rées dans la rue, plu­sieurs in­ci­dents ont eu lieu ré­cem­ment.

« On veut qu’il reste en pri­son », avaient de­man­dé les proches d’Alexia. Sans se pro­non­cer sur le fond du dos­sier, les juges ont exau­cé leur sou­hait, hier, en rai­son no­tam­ment d’un risque de trouble à l’ordre pu­blic. « Nous avons be­soin de Jo­na­thann Da­val dans le box des ac­cu­sés et nous pen­sons aus­si à sa sé­cu­ri­té, a ré­agi Me Jean-Marc Flo­rand, l’un de leurs avo­cats. Si un illu­mi­né ve­nait à l’abattre d’une dé­charge de che­vro­tine, ce se­rait une ca­tas­trophe », es­time le pé­na­liste. Jo­na­thann Da­val, seul mis en exa­men à ce stade de l’en­quête, en­court la ré­clu­sion cri­mi­nelle à per­pé­tui­té.

IL EST DANS LE DÉ­NI. IL N’AR­RIVE PAS À SE DIRE

” QU’IL L’A MASSACRÉE ISA­BELLE FOUILLOT, LA MÈRE D’ALEXIA DA­VAL

Besançon (Doubs), hier. Jean-Pierre(au c.) et Isa­belle Fouillot ( à d.), les pa­rents d’Alexia (ici à cô­té de l’avo­cat de sa soeur), ont re­gret­té que Jo­na­thann Da­val n’ait « pas eu un mot » pour eux et soit « res­té stoïque, fer­mé ».

Jo­na­thann Da­val (ici en 2017) n’a fi­na­le­ment pas été ex­trait de sa cel­lule et a com­pa­ru par vi­sio­con­fé­rence de­puis la pri­son de Di­jon, le vi­sage creu­sé par les cernes, pâle et vul­né­rable.

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