« Des me­su­rettes, du vent, du bla­bla »

Des Gi­lets jaunes réunis hier à Châ­lons-en-Cham­pagne pour pré­pa­rer la mo­bi­li­sa­tion de sa­me­di

Le Parisien (Essonne) - - FAIT DU JOUR - VINCENT VÉRIER, EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À CH­LONS-EN-CHAM­PAGNE (MARNE)

LES AN­NONCES, hier, d’Edouard Phi­lippe ? « Des me­su­rettes, du vent, du bla­bla », grince Ro­ger, gen­darme à la re­traite, qui a du mal à conte­nir sa co­lère. « Ma­cron, c’est le pré­sident des riches, il faut que ça change. » Avec lui, une cen­taine de Gi­lets jaunes s’est ras­sem­blée hier soir à Châ­lons-en­Cham­pagne (Marne) pour pré­pa­rer la ma­ni­fes­ta­tion du 17 no­vembre. Dans la foule, em­mi­tou­flés dans des vê­te­ments chauds, des hommes, des femmes, quelques jeunes et pas mal de re­trai­tés. « On ne les croit plus, ces po­li­ti­ciens, in­siste Ro­ger. Qui est concer­né par ces me­su­rettes ? Les plus pauvres. Mais nous, la classe moyenne, on a quoi ? »

Le Pre­mier mi­nistre n’a pas, loin s’en faut, désar­mé les Gi­lets jaunes : « Ce que l’Etat donne d’une main, il le re­prend tou­jours de l’autre, râle Chris­tophe, pho­to­graphe. La fin de la taxe d’ha­bi­ta­tion, par exemple, j’ai un ami, il a ga­gné 800 €, mais il les a per­dus avec la taxe fon­cière qui a aug­men­té de 800 €. Ce n’est pas abu­sé ? » Chan­tal, re­trai­tée du mi­nis­tère de la Jus­tice, s’in­ter­roge : « On va don­ner 4 000 € pour ache­ter une voi­ture élec­trique, mais qui va don­ner les 10 000 € qui manquent ? Moi, je touche 1 000 € de re­traite et ce gou­ver­ne­ment m’a pris 27 € avec la hausse de la CSG. Je fais comment ? »

BAISSE DU POU­VOIR D’ACHAT

Si la hausse des prix des car­bu­rants a été un dé­clic pour fé­dé­rer ce mou­ve­ment dis­pa­rate, c’est plus glo­ba­le­ment la baisse du pou­voir d’achat qui est cri­ti­quée. Ins­crit au feutre noir, sur plu­sieurs cha­subles, on peut lire : « Non aux taxes et aux aug­men­ta­tions ! » « Tout est en hausse, le car­bu­rant, l’élec­tri­ci­té, le gaz, les ci­ga­rettes, énu­mère Thi­bault, agent hos­pi­ta­lier de 40 ans payé un peu au­des­sus du smic. Mais les sa­laires, c’est pour quand ? »

Après avoir dé­taillé les en­droits stra­té­giques où se­ront ins­tal­lés, dès 8 heures sa­me­di, les bar­rages fil­trants au­tour de Châ­lons, les co­or­di­na­teurs des Gi­lets jaunes de la Marne rap­pellent les consignes : « C’est un mou­ve­ment pa­ci­fique, apo­li­tique, je ne veux pas de ban­nières syn­di­cales », in­siste Jacques. Ce­pen­dant, par­mi la di­zaine de Gi­lets jaunes in­ter­ro­gés, au­cun n’a vo­té Ma­cron. Cer­tains ont vo­té Le Pen ou Du­pont-Ai­gnan, d’autres ont pré­fé­ré s’abs­te­nir ou vo­té blanc. « Ce n’est pas un mou­ve­ment po­li­tique, in­siste Ga­ry. C’est un mou­ve­ment ci­toyen qui veut chan­ger les choses. » De quelle ma­nière ? « On pro­pose une VIe Ré­pu­blique, une as­sem­blée ci­toyenne », lâche l’in­té­ri­maire dans le BTP. Tan­dis qu’un par­ti­ci­pant rap­pelle que le mou­ve­ment pour­rait se pour­suivre les 18, 19 et 20 no­vembre avec le ren­fort des pro­fes­sion­nels de la route comme les rou­tiers, les taxis, les VTC et les am­bu­lan­ciers, une jeune femme lance : « On va vivre un évé­ne­ment qui n’a pas eu lieu de­puis mai 1968 ! »

Châ­lons-en-Cham­pagne, hier. Les Gi­lets jaunes dé­noncent les hausses en cas­cade.

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