« Où est le ca­davre de Fa­ri­da ? »

Jean-Pierre Hel­le­gouarch, floué par Four­ni­ret, l’a im­plo­ré de dire où il avait en­ter­ré le corps de sa femme.

Le Parisien (Essonne) - - FAITS DIVERS - PAR PAS­CALE ÉGRÉ

DE CETTE IN­CROYABLE his­toire à ti­roirs qui a fait se croi­ser les che­mins du gang des Pos­tiches et du fu­tur se­rial killer Mi­chel Four­ni­ret, l’an­cien truand JeanPierre Hel­le­gouarch n’en a cure. De­vant la cour d’as­sises des Yve­lines, trente ans après la « dis­pa­ri­tion » de son épouse Fa­ri­da Ham­miche, c’est à l’as­sas­sin de la femme qu’il ai­mait et à sa com­plice, Mo­nique Oli­vier, qu’il fait face. A l’ex-tau­lard qui l’a floué. A ce­lui qu’il a ten­té en vain de dé­bus­quer, ar­mé, jusque dans son châ­teau des Ar­dennes lors­qu’il a com­pris qu’il s’était fait « en­fu­mer ».

Crâne ra­sé, veste mi­li­taire sur jeans, Jean-Pierre Hel­le­gouarch, 75 ans, a des mains qui tremblent et l’oreille dure. Mais son amour pour sa femme — « une fille épa­tante, in­tel­li­gente, sen­sible », s’émeut-il — et sa co­lère sont in­tacts. En Mi­chel Four­ni­ret, ce « poin­teur » (NDLR : vio­leur) dont il avait par­ta­gé la cel­lule « une quin­zaine de jours » à Fleu­ry-Mérogis en 1984, Jean-Pierre Hel­le­gouarch voyait « un char­lot » qui « l’amu­sait ». Pas un ban­dit comme lui « sus­cep­tible de vo­ler ». En de­man­dant, dé­but 1988, à son épouse de faire ap­pel à lui pour al­ler dé­ter­rer le bu­tin ca­ché d’un Ita­lien dans un ci­me­tière, il igno­rait qu’il la je­tait dans la gueule du loup.

« Je n’avais au­cun soup­çon », dit-il en se re­con­nais­sant une « cer­taine res­pon­sa­bi­li­té dans ce qui est ar­ri­vé ». Il ne se dou­tait pas non plus de la na­ture ou de l’ori­gine du ma­got. De l’or is­su des bra­quages d’une cé­lèbre bande de mal­fai­teurs ? Les Pos­tiches ? « Ni en bien ni en mal, je les connais », ba­laie-t-il, en ex­pli­quant qu’il croit plu­tôt à de

“SI

FOUR­NI­RET EST POUR­RI JUS­QU’À LA MOELLE, CE N’EST

” PAS MON PRO­BLÈME

« l’ar­gent pro­ve­nant d’un groupe po­li­tique ».

L’ex-bra­queur ra­conte « le vide » qu’il a trou­vé en sor­tant de pri­son. Les dé­marches res­tées vaines, en­ga­gées après celles de sa fa­mille, pour si­gna­ler la dis­pa­ri­tion de sa femme. La plainte, clas­sée sans suite, dé­po­sée alors qu’il était de nou­veau in­car­cé­ré en 1998. « Pour­quoi si tard ? », l’in­ter­roge le pré­sident, qui ne cesse de lui ren­voyer la balle des er­re­ments de la jus­tice dans ce dos­sier. Hel­le­gouarch dé­crit « le dé­cou­ra­ge­ment » face aux « portes fer­mées ». « J’ai connu un autre as­pect de la jus­tice où ils sont plus ra­pides », lâche-t-il avec gouaille en fai­sant sou­rire la salle. Plus sé­rieu­se­ment, il pense que Fa­ri­da, épouse d’un bra­queur, « a payé le pas­sé (qu’il) avait ». Et il ad­met aus­si : « J’avais en­vie de ré­gler le pro­blème moi-même. J’étais plus dans un es­prit de ven­geance que de jus­tice. »

Après deux heures et de­mie d’au­di­tion où il n’a guère été épar­gné, le vieux bra­queur est au­to­ri­sé par le pré­sident à dire « deux mots » aux ac­cu­sés. Va­cil­lant, il dé­clare : « J’ai­me­rais sa­voir où est le ca­davre de Fa­ri­da. Où al­ler pour qu’elle ait une tombe avec sa fa­mille. Four­ni­ret joue au ma­lin là ! S’il est pour­ri jus­qu’à la moelle, ce n’est pas mon pro­blème. S’il a deux sous de cou­rage, il peut dire où elle se trouve, et étendre à d’autres jeunes filles qu’il a mar­ty­ri­sées. »

Plus tôt, en l’écou­tant, Mi­chel Four­ni­ret avait le­vé le doigt pour de­man­der la pa­role mais, au grand dam des avo­cats des par­ties ci­viles, le pré­sident ne lui a pas don­née.

Après deux heures et de­mie d’au­di­tion, Jean-Pierre Hel­le­gouarch (ici en 2008), a pu s’adres­ser à Mi­chel Four­ni­ret, soup­çon­né d’avoir tué son épouse Fa­ri­da Ham­miche.

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