Quand Ca­li chante Fer­ré

Nous avons or­ga­ni­sé les re­trou­vailles entre le fils de Fer­ré et Ca­li, qui rend hom­mage au grand Léo à tra­vers un disque et est en concert de­main à Pa­ris.

Le Parisien (Essonne) - - LOISIRS - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR ÉRIC BU­REAU

Je fais un al­bum sur Léo Fer­ré au mo­ment de la mort d’Az­na­vour et des 40 ans de la dis­pa­ri­tion de Brel », ri­gole Ca­li. Le chan­teur ca­ta­lan est à contre­temps mais pas à contre-em­ploi lors­qu’il chante Fer­ré. C’est aus­si le sen­ti­ment de la fa­mille de ce der­nier, qui a as­sis­té et même par­ti­ci­pé — le fils Fer­ré, Ma­thieu, lit le texte de « L’amour est dans l’es­ca­lier » — à l’en­re­gis­tre­ment de l’al­bum. Pour évo­quer Léo Fer­ré, mort en juillet 1993 à l’âge de 76 ans, nous avons or­ga­ni­sé les re­trou­vailles à Pa­ris de Ca­li et Ma­thieu Fer­ré. L’éter­nel pe­tit gar­çon en pho­to sur l’al­bum « l’Es­poir » de son père, en 1974, gère en Tos­cane le pa­tri­moine et les vignes de son père avec sa mère, Ma­rie-Ch­ris­tine, la der­nière com­pagne de Léo.

Il est rare que la fa­mille Fer­ré sou­tienne un al­bum de re­prises…

MA­THIEU FER­RÉ. C’est la pre­mière fois que l’on s’im­plique à ce point. Par­fois, cer­tains font des re­prises par op­por­tu­nisme. Ce n’est pas le cas de Ca­li.

CA­LI. J’ai fait ce disque par amour. Pour ton père et pour le mien. J’ai eu 50 ans cette an­née et j’ai vou­lu rendre hom­mage à mon pa­pa, m’agrip­per à ses jambes en­core une fois. Je vis avec Fer­ré de­puis l’en­fance. J’ai vu mon cos­taud de père pleu­rer en l’écou­tant. Sa poé­sie est la plus puis­sante que je connaisse.

Quelle est votre re­prise fa­vo­rite ?

M.F.« Pa­ris, je ne t’aime plus ». L’in­ter­pré­ta­tion de Bru­no (NDLR : Bru­no Ca­li­ciu­ri, alias Ca­li)et la gui­tare, ça me prend. Sur « Thank You Sa­tan », j’ai aus­si res­sen­ti une émo­tion nou­velle, une nou­velle clé de lec­ture. J’aime moins « Jo­lie Môme ». Pour moi, Léo, c’est « la Mé­moire et la Mer », « la So­li­tude »… C’est pour ces chan­sons qu’il res­te­ra. CA­LI. Pour être franc, j’ai fait « Jo­lie Môme » pour faire plai­sir à la mai­son de disques. Ma­thieu est ve­nu sou­vent en stu­dio. C’est lui qui m’a conseillé de par­ler sur « Ni dieu ni maître ». Quand il nous di­sait « c’est su­per », on était adou­bé.

Il n’y a pas tant d’hom­mages à Léo Fer­ré…

M.F. La France ou­blie Léo. Quand on a cé­lé­bré ses 100 ans, il y a deux ans, il y a eu des fêtes en Es­pagne, en Ita­lie, mais pas en France… Seul France In­ter lui a ren­du hom­mage. C’est sûr que Léo, ça se mé­rite. C’est dif­fi­cile d’at­tra­per ses chan­sons.

Ma­thieu, vous vi­vez tou­jours en Tos­cane…

Oui, à 10 km de ma mère. Je m’oc­cupe de l’oeuvre de Léo mais aus­si de son vin rouge et de notre bière ar­ti­sa­nale. On a 15 ha de vignes, c’est mon père qui les a créées, mais on en a plan­té de nou­velles.

Que fai­sait Léo lors­qu’il n’en­re­gis­trait pas ?

M.F. Il tra­vaillait tout le temps. Si­non, il était pas­sion­né par l’im­pri­me­rie. J’ai cette image forte de ses doigts noirs d’encre. Même quand il vi­vait en HLM porte Maillot, il avait ins­tal­lé dans le gre­nier une ma­chine pour im­pri­mer la nuit ses par­ti­tions. Dans toutes ses mai­sons, dans le Lot, en Bre­tagne, en Ar­dèche, en Tos­cane, il a eu une pièce pour l’im­pri­me­rie. Il ad­mi­rait les mé­tiers ma­nuels.

Il écou­tait beau­coup de mu­sique ?

J’ai dé­cou­vert Pink Floyd grâce à lui. Mais il écou­tait sur­tout du clas­sique, De­bus­sy, Ra­vel, dont il était très connais­seur. Il a fait de la chan­son pour ga­gner sa croûte mais, s’il avait pu en vivre, il se­rait res­té mu­si­cien, dans l’ombre. Son père ne vou­lait pas qu’il soit ar­tiste, ça ne nour­rit pas son homme. Mais il a te­nu bon.

Comme Charles Az­na­vour…

Ils avaient une ad­mi­ra­tion ré­ci­proque. Dans son pre­mier duo avec Roche, Az­na­vour chan­tait d’ailleurs « l’Opé­ra du ciel », une chan­son de 1946-1947 que Léo n’a ja­mais en­re­gis­trée. Je viens d’ap­prendre qu’Az­na­vour vou­lait re­prendre le ca­ta­logue de Léo pour s’en oc­cu­per. C’est dire son in­té­rêt pour mon père.

Ca­li, quel est votre ob­jec­tif sur cette tour­née ?

Je peux être fou­fou quand je chante mes chan­sons, mais là, le hé­ros, c’est Léo. Mon es­poir, c’est que des jeunes viennent me dire :

« C’est mieux que tes chan­sons. » Et si je peux me faire cra­cher des­sus par les in­té­gristes de Léo — qui me traitent dé­jà de tous les noms —, c’est bien aus­si. Ça veut dire que l’es­prit de Léo est tou­jours vi­vant.

« Ca­li chante Léo Fer­ré », MG, 15,99 €. En tour­née : de­main à 20 heures au Théâtre Dé­ja­zet à Pa­ris (IIIe), le 17 à Mont­pel­lier, le 18 à Schaer­beek (Bel­gique)…

“MON

ES­POIR, C’EST QUE DES JEUNES VIENNENT ME DIRE : C’EST MIEUX

CHAN­SONS.” QUE TES CA­LI, SUR SA TOUR­NÉE

Pa­ris, le 2 oc­tobre. « La France ou­blie Léo, se­lon son fils, Ma­thieu (ici avec Ca­li). Quand on a cé­lé­bré ses 100 ans, il y a deux ans, il y a eu des fêtes en Es­pagne, en Ita­lie, mais pas en France… »

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