Pé­do­phi­lie :

un vil­lage de la Nièvre sous le choc

Le Parisien (Essonne) - - LA UNE - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À CH­TILLON-EN-BA­ZOIS (NIÈVRE), TI­MO­THÉE BOUTRY

UNE MAI­SON aux vo­lets verts dans le centre-ville de Châ­tillon-en-Ba­zois, bourg si­tué aux portes du Mor­van. C’est là que se se­rait dé­rou­lée une par­tie des faits d’un dos­sier sor­dide. « On est dans un contexte de mi­sère so­ciale, in­tel­lec­tuelle et édu­ca­tive », constate une source ju­di­ciaire. La mise en exa­men, ven­dre­di, de huit per­sonnes dans une af­faire de mal­trai­tance phy­sique et d’abus sexuels sur mi­neurs dans la Nièvre ré­vulse. Par le nombre d’in­frac­tions re­te­nues — plus de 70 dont une di­zaine de viols —, par le jeune âge des vic­times pré­su­mées — quatre gar­çons âgés de 4 à 9 ans —, par la na­ture des mis en cause — les pa­rents de ces bam­bins abî­més — et par la du­rée des sé­vices in­fli­gées — de 2010 à 2017. « Je suis déses­pé­rée », souffle Mi­chèle Dar­dant, la maire du bourg.

UNE RÉ­PU­TA­TION DÉ­PLO­RABLE

A l’is­sue d’une longue en­quête pré­li­mi­naire com­men­cée au dé­but de l’an­née et conduite par les gen­darmes de la bri­gade de re­cherche de Châ­teau-Chi­non, huit per­sonnes âgées de 25 à 48 ans ont donc été mises en exa­men : cinq hommes, pla­cés en dé­ten­tion pro­vi­soire, et trois femmes, lais­sées libres sous contrôle ju­di­ciaire, la jus­tice con­si­dé­rant qu’elles sont sus­pec­tées d’avoir com­mis « moins d’in­frac­tions et de moindre gra­vi­té ». Trois couples fi­gurent par­mi les mis en cause, dont l’un dé­jà im­pli­qué dans une af­faire si­mi­laire, aux­quels il faut ajou­ter deux hommes de leur en­tou­rage ami­cal. Le juge d’ins­truc­tion a re­te­nu des faits de viols ag­gra­vés sur mi­neurs, agres­sions sexuelles sur mi­neurs, cor­rup­tion de mi­neurs, vio­lences ag­gra­vées et pri­va­tion d’ali­ments. Les en­fants ont dé­crit aux en­quê­teurs des soi­rées dé­pra­vées.

A Châ­tillon-en-Ba­zois où ils ré­sident, Gil­bert et son épouse Na­tha­lie n’ont pas at­ten­du ce nou­vel épi­sode pour traî­ner une ré­pu­ta­tion dé­plo­rable. Sur­tout Gil­bert, que tout le monde connaît ici sous le sur­nom de Ram­bo. « C’est un si­nistre in­di­vi­du », per­sifle un ha­bi­tant. Dé­jà in­car­cé­ré dans le pas­sé pour des in- frac­tions à la lé­gis­la­tion sur les stu­pé­fiants no­tam­ment, cet homme, is­su lui-même d’un mi­lieu dé­faillant et éle­vé en fa­mille d’ac­cueil, passe pour un gaillard rustre et fruste. L’an der­nier, il a été condam­né à deux mois de pri­son pour des actes de mal­trai­tance sur un de ses en­fants. Son épouse avait éco­pé de deux mois avec sur­sis.

Les cinq gar­çons de ce couple qui cu­mule les ca­rences ont tous été pro­gres­si­ve­ment pla­cés. L’en­quête ré­vé­lée la se­maine der­nière porte sur des faits pré­su­més com­mis sur les deux plus jeunes. Les pre­miers si­gna­le­ments ont été étayés par les dé­cla­ra­tions des in­té­res­sés. « Une fois que les en­fants se sont trou­vés dans un mi­lieu pro­té­gé, la pa­role s’est li­bé­rée », a in­di­qué le vice-pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Ne­vers.

« LES EN­SEI­GNANTS ONT NO­TÉ DES TRA­CES DE COUPS »

La maire de Châ­tillon-en-Ba­zois rap­pelle que, dans cette af­faire, les si­gnaux d’alarme ont été ti­rés. « Les en­sei­gnants ont consta­té un manque d’at­ten­tion, des per­tur­ba­tions en classe, un vo­ca­bu­laire pas adap­té, égrène Mi­chèle Dar­dant. Ils ont aus­si no­té des tra­ces de coups. Les ser­vices so­ciaux du dé­par­te­ment ont été sol­li­ci­tés. » L’élue s’est même per­son­nel­le­ment im­pli­quée dans le sui­vi de cette fa­mille dys­fonc­tion­nelle. « Je suis al­lée chez eux pour es­sayer de leur faire com­prendre que la ma­nière de trai­ter leur plus jeune fils n’était pas ac­cep­table, rap­pelle Mi­chèle Dar­dant. Ils m’ont bien re­çue, mais je ne suis pas sûre qu’ils m’en­ten­daient… Mais j’étais loin d’ima­gi­ner une si­tua­tion aus­si dra­ma­tique. »

Le se­cond couple mis en cause, au­jourd’hui sé­pa­ré, était proche de Gil­bert et Na­tha­lie. Lui est un en­fant du coin, elle une amie d’en­fance de Na­tha­lie. Leurs deux en­fants avaient éga­le­ment été pla­cés et fi­gurent par­mi les vic­times. Le troi­sième couple, lui aus­si sé­pa­ré, n’est pas in­con­nu de la jus­tice. Le père et la mère sont dé­jà mis en exa­men pour des faits si­mi­laires com­mis sur leurs en­fants. Le père était dé­jà en dé­ten­tion pro­vi­soire lors­qu’il a éco­pé la se­maine der­nière d’une nou­velle mise en exa­men. « La pa­role des en­fants de­vra être in­ter­pré­tée au re­gard des dé­cla­ra­tions des mis en cause », avance pru­dem­ment Me Vincent Bille­coq, son avo­cat.

L’in­for­ma­tion ju­di­ciaire qui vient d’être ou­verte de­vra donc s’at­te­ler à pré­ci­ser le de­gré d’im­pli­ca­tion des uns et des autres. « En rai­son de leur jeune âge et de la mul­ti­pli­ci­té des faits, [les vic­times] ne sont pas en ca­pa­ci­té de da­ter pré­ci­sé­ment les agres­sions et viols. Ce se­ra le tra­vail de l’ins­truc­tion », pré­cise le par­quet.

Châ­tillon-en-Ba­zois (Nièvre), hier. La maire de cette pe­tite com­mune proche du Mor­van af­firme être « al­lée chez eux pour es­sayer de leur faire com­prendre que la ma­nière de trai­ter leur plus jeune fils n’était pas ac­cep­table ».

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