Le mot d’ab­sence de Ma­cron aux maires

Faute d’être pré­sent — comme il s’y était en­ga­gé — au congrès de l’AMF, le pré­sident a écrit à « tous » les élus. Avec d’au­tant plus de soin que les mo­tifs de dis­corde sont lourds.

Le Parisien (Essonne) - - POLITIQUE - PAR OLI­VIER BEAUMONT @oli­vier­beau­mont

C’EST UNE LETTRE de quatre pages que re­ce­vront à par­tir d’au­jourd’hui les maires des 36 000 villes et vil­lages de France, si­gnée d’Em­ma­nuel Ma­cron. A la veille de l’ou­ver­ture du congrès de l’As­so­cia­tion des maires de France (AMF), le chef de l’Etat a donc dé­ci­dé de prendre la plume au mo­ment où la ten­sion reste la­tente entre l’exé­cu­tif et les col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Une opé­ra­tion de com­mu­ni­ca­tion pré­pa­rée dans le plus grand se­cret en fin de se­maine par l’Ely­sée, mais dé­ci­dée de­puis plu­sieurs se­maines par Em­ma­nuel Ma­cron. En tout cas bien avant qu’il ne fasse sa­voir qu’il n’irait pas cette an­née de­vant le congrès de l’AMF… con­trai­re­ment à l’en­ga­ge­ment qu’il avait pris l’an der­nier, où il avait été sif­flé.

DES MO­TIFS DE CRISPATION

« Il est urgent de ré­pa­rer le lien, de le­ver les am­bi­guï­tés », note un mi­nistre, consi­dé­rant que l’ini­tia­tive de la lettre est « un bon point, mais qu’il en fau­dra en­core plus ». Dans cette mis­sive plu­sieurs fois ré­écrite ces der­niers jours, le chef de l’Etat ap­pelle cha­cun à ses res­pon­sa­bi­li­tés, en af­fir­mant qu’il « n’est de réus­site que col­lec­tive ». « Il rap­pelle aus­si tout ce qui a été fait de­puis un an », ex­plique Jac­que­line Gou­rault, la mi­nistre de la Cohésion des ter­ri­toires et des Re­la­tions avec les col­lec­ti­vi­tés territoriales. « La pra­tique du lien épis­to­laire est une bonne idée à re­nou­ve­ler. C’est une ex­pres­sion di­recte et sans filtre, en étant sé­rieux et res­pec­tueux à la fois », ajoute Sébastien Le­cor­nu, mi­nistre rat­ta­ché à Gou­rault. Le tout sans mea culpa, « mais dans une écri­ture em­preinte d’une très grande sen­si­bi­li­té et d’em­pa­thie à l’égard des élus », pré­cise un conseiller. « Avec même, à la fin, une pe­tite phrase de po­li­tesse écrite à la main », in­siste à des­sein l’Ely­sée.

Voi­là pour­tant des se­maines que les col­lec­ti­vi­tés lo­cales se plaignent de ne pas être as­sez en­ten­dues, avec, en toile de fond, la sup­pres­sion bru­tale des em­plois ai­dés, l’in­cer­ti­tude liée aux com­pen­sa­tions pour les col­lec­ti­vi­tés de la sup­pres­sion de la taxe d’ha­bi­ta­tion, ou en­core la baisse des do­ta­tions. L’oc­ca­sion pour le chef de l’Etat de re­ve­nir point par point sur ces mo­tifs de crispation, en as­su­rant que les com­munes ne se­ront pas lé­sées. Preuve de sa pré­oc­cu­pa­tion, il rap­pelle aus­si la créa­tion de ce grand mi­nis­tère de la Cohésion des ter­ri­toires, mais aus­si de l’Agence na­tio­nale dé­diée à cette cause. « Il est at­ta­ché au dia­logue et dé­fend une re­la­tion apai­sée », ex­plique l’Ely­sée. Il au­ra d’ailleurs l’oc­ca­sion de leur re­dire de vive voix mer­cre­di soir, à l’oc­ca­sion d’une in­vi­ta­tion à l’Ely­sée où plu­sieurs cen­taines de maires ont été conviés.

Pa­ris, le 23 no­vembre 2017. Cette an­née, Em­ma­nuel Ma­cron ne se ren­dra pas au congrès de l’AMF, où il avait été sif­flé l’an der­nier.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.