Des pa­roles et des actes

FOOT­BALL Equipe de France Ky­lian Mbap­pé, qui a li­vré une nou­velle confé­rence de presse de haut vol hier, est aus­si un phé­no­mène en de­hors du ter­rain. Dé­cryp­tage.

Le Parisien (Essonne) - - SPORTS - PAR DOMINIQUE SÉVÉRAC KY­LIAN MBAP­PÉ PHI­LIPPE TOUR­NON, AN­CIEN CHEF DE PRESSE DES BLEUS

ET LE BALLON D’OR de la confé­rence de presse re­vient à… Ky­lian Mbap­pé ! Cas­quette à l’en­vers, chaus­settes blanches ap­pa­rentes, il a dé­bar­qué peu avant mi­di et de­mi, hier, dans l’am­phi­théâtre de Clai­re­fon­taine, pour une de­mi-heure de haute vo­lée, avec le sou­rire et beau­coup de fran­chise. L’au­di­toire, concen­tré comme pour la ré­cep­tion d’une huile, est res­té si­dé­ré par ses ré­ponses lim­pides, ex­pli­ca­tives. Il n’a sor­ti qu’un jo­ker quand le su­jet du fichage ethnique de son club, le PSG, est ve­nu sur la table. Il y a eu deux mo­ments forts, tra­duits par un aveu et une am­bi­tion. L’aveu ? Son tra­vail dé­fen­sif. Pas exac­te­ment sa prin­ci­pale qua­li­té, lui qui est pas­sé à cô­té de son match ven­dre­di contre les Pays-Bas. « Vous vou­lez la vé­ri­té ? J’ai­me­rais bien m’en passer, mais ce n’est pas pos­sible ! Il n’y a que deux joueurs au monde (Mes­si et Cris­tia­no Ro­nal­do) qui ne dé­fendent pas. Ils mettent 60 buts par sai­son. Le jour où je met­trai 60 buts, on pour­ra peu­têtre ame­ner la dis­cus­sion. Il faut dé­fier son na­tu­rel. Un jour, je suis sûr que je pour­rai le faire plus constam­ment. » Son am­bi­tion, à l’aube de ses 20 ans, le 20 dé­cembre pro­chain ? « Ré­gner avec la France sur l’Eu­rope et le monde. » La pa­role « mbap­pienne » se dis­tingue de celle des autres spor­tifs français en ac­ti­vi­té : elle ne contourne ja­mais les ob­jec­tifs. Elle les ex­pose, les as­sume, sans pré­ten­tion ni com­ponc­tion. Comme Usain Bolt, l’at­ta­quant tri­co­lore (27 sé­lec­tions, 10 buts) ne met au­cune li­mite à ses rêves, dé­li­vrés au pu­blic comme il dé­cli­ne­rait son iden­ti­té. Phi­lippe Tour­non, chef de presse de l’équipe de France de 1983 jus­qu’au Mon­dial russe – sauf pen­dant l’ère Do­me­nech – , reste bluf­fé : « Un gamin avec un tel àpro­pos, sans au­cun mot de tra­vers, sans hé­si­ta­tion et sans os­ten­ta­tion, je ne vois pas d’équi­valent dans mes sou­ve­nirs. Quand il a dé­bar­qué en sé­lec­tion, j’ai pris du plai­sir à l’écou­ter. J’étais scot­ché par sa spon­ta­néi­té, sa fraî­cheur, son ai­sance. Il est sans filtre, mais ne tombe pas non plus dans du Ibra ou du Ba­lo­tel­li. Il n’a pas ces ou­trances de lan­gage. Il af­fiche ses am­bi­tions, mais ce n’est pas ri­sible comme pour cer­tains. »

Il y a cinq ans, notre jour­nal dres­sait dé­jà le por­trait d’une pé­pite de 14 ans ar­ra­chée par Mo­na­co. L’ar­ticle, dans le­quel Mbap­pé nous confiait son idéal de de­ve­nir Ballon d’or, se ter­mi­nait ain­si : « Je vais es­sayer de faire en sorte qu’on n’ou­blie pas mon nom. » C’était le 16 juillet 2013…

IL IMPRIME SON TEM­PO

Arme de sé­duc­tion mas­sive, sa com­mu­ni­ca­tion de­meure aus­si un moyen d’orien­ter le dé­bat au­tour de lui. Comme s’il im­pri­mait le tem­po lui-même, à l’ins­tar d’un homme po­li­tique aguer­ri. Après son re­tard à la cau­se­rie de Tho­mas Tu­chel à Mar­seille et sa mise au ban(c) lors du cla­si­co, Mbap­pé re­prend la main avec une pun­chline. « Une grande équipe se re­pose sur des lea­ders […]. Je pense que je peux as­su­mer ce rôle. » Son but, d’abord, cette phrase, en­suite, per­met­tront de re­pous­ser au se­cond plan son ap­proche très per­son­nelle de la ponc­tua­li­té.

Af­fir­mer ses am­bi­tions, ce n’est pas dans l’ADN du cham­pion français. « C’est di­ver­se­ment in­ter­pré­té, dé­crypte Tour­non. Pen­dant le Mon­dial, on lui a de­man­dé ce qu’était une com­pé­ti­tion réus­sie. Il a dit qu’il était ve­nu pour la ga­gner. Cer­tains ont alors par­lé de suf­fi­sance ou d’ar­ro­gance. Quand il a en­ten­du qu’on le sus­pec­tait d’avoir la grosse tête, ça l’a cha­gri­né. Ja­mais, je n’ai eu ce sen­ti­ment en équipe de France avec lui. »

« RÉ­GNER AVEC LA FRANCE SUR L’EU­ROPE ET LE MONDE »

« SCOT­CHÉ PAR SA SPON­TA­NÉI­TÉ, SA FRAέCHEUR, SON AI­SANCE »

SON NOM VA PEU­TÊTRE DE­VE­NIR L’ÉPO­NYME DE LA RÉUS­SITE ET DE L’AM­BI­TION

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