«Auil des an­nées, le ma­té­riel se fait plus dis­cret »

Si la prise de conscience peut sem­bler tar­dive, elle est por­teuse d’es­poir : l’Etat s’in­té­resse au­jourd’hui à l’im­pact du han­di­cap sur les proches et étu­die des me­sures pour les ac­com­pa­gner au tra­vail.

Le Parisien (Essonne) - - ÉCO - PAR CÉ­LINE CHAU­DEAU PROPOS RECUEILLIS PAR MAR­JO­RIE CES­SAC

«TOU­TES­CE­SI­NI­TIA­TIVES peuvent sur­prendre dès lors qu’elles concernent les ai­dants, a prio­ri en bonne san­té, et non pas les ma­lades, com­mente Inge Can­te­greil-Kal­len, psy­cho­logue et co­au­teur du livre Com­ment ai­der ses proches sans y lais­ser sa peau. Or être ai­dant n’est pas sans dan­ger. » En efet, s’ils sont pour leurs proches une aide in­dis­pen­sable, eux-mêmes soufrent très fré­quem­ment d’un manque de sou­tien émo­tion­nel et de re­con­nais­sance. Dé­bor­dés par leur mis­sion, ils se re­trouvent sou­vent épui­sés et iso­lés.

« Ce n’est pas un ha­sard si plus de 40 % d’entre eux dé­ve­loppent à leur tour une ma­la­die chro­nique en lien avec le stress et l’épui­se­ment de leur rôle d’ai­dant. Et, là, sta­tis­ti­que­ment, la si­tua­tion n’est pas près de s’amé­lio­rer pour ces sa­la­riés, avec le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion et l’aug­men­ta­tion du nombre de per­sonnes dé­pen­dantes. »

Le rap­port re­mis au gou­ver­ne­ment par Dominique Gillot, pré­si­dente du Con­seil na­tio­nal consul­ta­tif des per­sonnes han­di­ca­pées (CNCPH), re­pré­sente une lueur d’es­poir pour près de 5 mil­lions de sa­la­riés. Agnès Bu­zyn, mi­nistre des So­li­da­ri­tés et de la San­té, So­phie Clu­zel, se­cré­taire d’Etat au­près du Pre­mier mi­nistre char­gée des Per­sonnes han­di­ca­pées, et Mu­riel Pé­ni­caud, mi­nistre du Tra­vail, les trois sont concer­nées, et pour cause… « Il y au­rait en France près de 11 mil­lions d’ai­dants, rap­pelle l’au­teur du rap­port. Par­mi ces per­sonnes air­mant ap­por­ter ré­gu­liè­re­ment et bé­né­vo­le­ment de l’aide à un ou plu­sieurs proches en si­tua­tion de han­di­cap ou de dé­pen­dance, 51 % sont ac­tifs… »

MIEUX CONCI­LIER SOU­TIEN DE SES PROCHES ET CAR­RIÈRE

L’épais rap­port de Dominique Gillot avance pas moins de 34 re­com­man­da­tions pour que les ai­dants puissent mieux conci­lier leur rôle de sou­tien au quo­ti­dien d’un proche âgé ou han­di­ca­pé avec leur vie pro­fes­sion­nelle. Il pro­pose par exemple de ren­for­cer les dis­po­si­tifs d’amé­na­ge­ment du temps de tra­vail et d’ins­tau­rer une vi­site mé­di­cale par se­mestre ain­si que la prise en charge à 100 % des soins re­com­man­dés.

Si ces me­sures n’ont pas en­core été sou­mises au Par­le­ment ni vo­tées, les as­so­cia­tions es­pèrent au moins que les em­ployeurs por­te­ront un re­gard bien­veillant sur ces sa­la­riés aux souf­frances trop sou­vent mé­con­nues et qui, à force, coûtent cher à l’en­tre­prise. Se­lon les as­so­cia­tions re­pré­sen­ta­tives (APF France han­di­cap, La Mai­son des ai­dants, Pa­rents d’en­fants di­fé­rents, Han­di-ac­tif, etc.), plus de la moi­tié des ai­dants in­ter­ro­gés n’ont pu conser­ver leur em­ploi : ils ont été li­cen­ciés ou sont par­tis d’eux-mêmes… L’en­tou­rage, mais aus­si l’ac­cueil tout au long du par­cours sco­laire no­tam­ment, sont des fac­teurs dé­ter­mi­nants dans l’in­té­gra­tion et la réus­site pro­fes­sion­nelle de tous et plus en­core en cas de han­di­cap. Xa­vier Praud té­moigne de son che­min se­mé d’em­bûches, mais cou­ron­né de suc­cès.

« Je soufre d’une sur­di­té pro­fonde de­puis l’en­fance. En rai­son de ce han­di­cap, j’uti­lise de­puis le CM2 un mi­cro Ro­ger Ins­pi­ro, du nom de la marque. En gros, le pro­fes­seur doit por­ter une sorte de mi­cro au­tour du cou et moi un boî­tier et un col­lier qui sont connec­tés à mes ap­pa­reils au­di­tifs. Ce mi­cro am­pli­fie la voix du pro­fes­seur, ce qui m’est in­dis­pen­sable lorsque ce­lui-ci s’éloigne de moi ou qu’il se tourne vers le ta­bleau et que je ne peux plus lire sur ses lèvres. Après un bac ES, je me suis lan­cé dans une an­née de classe pré­pa aux grandes écoles, à Nantes (Loire-At­lan­tique), mais, au bout d’un an, j’ai dû je­ter l’éponge. Le rythme était exi­geant et, sur­tout, les profs et les étu­diants étaient peu com­pré­hen­sifs à mon égard. Cer­tains re­fu­saient de por­ter le mi­cro. Je me suis donc ré­orien­té vers l’université. Mon quo­ti­dien s’est alors amé­lio­ré. Non seule­ment les profs uti­li­saient plus de sup­ports vi­suels (Po­werPoint, vi­déo­pro­jec­teurs), mais aus­si les étu­diants étaient plus co­opé­ra­tifs. Bref, j’ai fi­na­le­ment pu ob­te­nir un mas­ter 2 en banque fi­nance à la Sor­bonne et, plus ré­cem­ment, être em­bau­ché comme au­di­teur fi­nan­cier au ca­bi­net EY, après un stage. Bien sûr mon ap­pa­reil HF m’a ai­dé pour étu­dier même s’il n’a pas to­ta­le­ment bou­le­ver­sé ma vie sco­laire. Par exemple, il ne fonc­tion­nait pas bien lorsque la voix des profs était trop grave, lors­qu’ils mar­mon­naient dans leur barbe ou étaient en­roués. Le mi­cro était éga­le­ment in­utile quand il y avait trop de bruit dans l’am­phi ou à l’ex­té­rieur. Heu­reu­se­ment, ce ma­té­riel connaît une pro­gres­sion tech­no­lo­gique tous les quatre à cinq ans.

En CM2, le mi­cro HF était vraiment en­com­brant. Avec le temps, il se fait plus dis­cret, le han­di­cap éga­le­ment…

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