Le nu­mé­rique en ren­fort

Tes­té de­puis 2016, le lo­gi­ciel Aïa­na, adap­té aux han­di­caps cog­ni­tifs, ren­contre dé­jà un cer­tain suc­cès chez les usa­gers des Mooc.

Le Parisien (Essonne) - - ÉCO - PAR M.C.

LA TECH­NO­LO­GIE EST L’UN DES IN­GRÉ­DIENTS CLÉS pour ac­cé­lé­rer l’ac­ces­sion à la for­ma­tion des per­sonnes han­di­ca­pées. « Cer­tains moyens ne sont pas for­cé­ment nou­veaux mais ils se di­fusent davantage, constate Ch­ris­telle Es­tèves, res­pon­sable de la for­ma­tion en centre de ré­édu­ca­tion pro­fes­sion­nelle à La­dapt. On ob­serve que des per­sonnes qui ne peuvent pas se dé­pla­cer ont l’op­por­tu­ni­té d’as­sis­ter à des classes vir­tuelles ou à du e-lear­ning. » Cer­taines sont même sous-ti­trées. Dans ce do­maine, des cher­cheurs de l’équipe Po­tioc (In­ria, université de Bordeaux, CNRS) tra­vaillent à rendre ac­ces­sibles les Mooc (Mas­sive Open On­line Courses, cours en ligne). Après avoir im­pli­qué dans la concep­tion une ving­taine de per­sonnes tou­chées par un han­di­cap cog­ni­tif (qui concerne les moyens et mé­ca­nismes d’ac­qui­si­tion des connais­sances), ain­si que leurs ai­dants et des ex­perts, ils ont dé­ve­lop­pé Aïa­na, un lo­gi­ciel lec­teur mul­ti­mé­dia do­té d’une in­ter­face adap­tée au plus grand nombre.

UN AS­SIS­TANT NU­MÉ­RIQUE SUR ME­SURE

Un exemple par­mi d’autres : dans cer­taines formes d’au­tisme, il est dii­cile de sou­te­nir le re­gard du pro­fes­seur. Ce der­nier est donc fil­mé de face et de pro­fil, ce qui donne à l’élève la pos­si­bi­li­té de choi­sir l’as­pect vi­suel qui lui convient. Ou en­core, les sé­quences vi­déo ont été di­vi­sées en cha­pitres et ofrent la pos­si­bi­li­té de re­ve­nir en ar­rière si on est per­du. Les cher­cheurs ont en­suite construit et di­fu­sé sur la plate-forme FUN un Mooc dé­dié à l’ac­ces­si­bi­li­té nu­mé­rique pour le tes­ter.

« Grâce aux quiz d’éva­lua­tion, on se rend compte que les per­for­mances des per­sonnes han­di­ca­pées sont les mêmes que celles des autres si ce n’est que le temps d’ac­qui­si­tion est un peu plus long, ré­sume Pas­cal Guit­ton, pro­fes­seur d’in­for­ma­tique à l’université de Bordeaux et cher­cheur à l’In­ria. Preuve en est qu’avec un lo­gi­ciel adap­té cer­tains peuvent réus­sir. » Sur les 8 000 per­sonnes qui ont sui­vi les dif­fé­rentes ses­sions de ce Mooc (de 2016 à 2018), 14 % en­vi­ron se sont dé­cla­rées en si­tua­tion de han­di­cap.

DE NOU­VELLES PERSPECTIVES

Pour l’heure, Aïa­na n’est « qu’un » lec­teur de Mooc mais l’idée se­rait qu’il s’adapte à d’autres mé­dias. « L’ac­ces­si­bi­li­té nu­mé­rique est im­por­tante pour s’ins­crire sur les sites web des écoles, de l’université, s’in­for­mer sur Par­cour­sup par exemple, puis pour suivre des cours, ac­cé­der aux fi­chiers des sites web de l’université. Si on ne lève pas ces bar­rières, on ne peut ab­so­lu­ment pas étu­dier », in­siste Pas­cal Guit­ton. Pro­chaine étape donc : per­fec­tion­ner, va­li­der et di­vul­guer les ré­sul­tats de l’ex­pé­rience pour tou­cher en­suite les écoles, les uni­ver­si­tés et les ac­teurs de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Ça pro­gresse aus­si du cô­té de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. La loi pour la li­ber­té de choi­sir son ave­nir pro­fes­sion­nel im­pose à chaque centre de for­ma­tion des ap­pren­tis (CFA) d’avoir un ré­fé­rent han­di­cap lorsque ce n’est pas dé­jà le cas. L’at­ti­tude des en­tre­prises évo­lue éga­le­ment, comme l’ex­plique Ch­ris­tian Gra­pin, de l’as­so­cia­tion Trem­plin :

« Celles qui re­crutent sont celles qui pra­tiquent l’al­ter­nance. Elles em­bauchent des jeunes à un ni­veau in­fé­rieur à ce dont elles ont be­soin (à bac + 2 par exemple) et prennent le temps de les for­mer. » Ain­si, se­lon l’Age­fiph et la FIPHP, 60 % des per­sonnes han­di­ca­pées sont en em­ploi à l’is­sue du contrat d’ap­pren­tis­sage.

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