« La faute re­vient sur­tout à l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail »

Le Parisien (Essonne) - - FAIT DU JOUR - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR B.L.

CO­AU­TEUR de l’étude de l’ins­ti­tut Sa­piens, Laurent Cappelletti in­siste sur l’im­por­tance du « ma­na­ge­ment de proxi­mi­té » — c’est-à-dire, le dia­logue ré­gu­lier entre en­ca­drants et sa­la­riés — pour faire re­cu­ler l’ab­sen­téisme.

La France fait fi­gure de mau­vais élève en ma­tière d’ab­sen­téisme. Pour­quoi ? LAURENT CAPPELLETTI. De plus en plus de sa­la­riés res­sentent un manque de sens et de consi­dé­ra­tion dans leur mi­lieu pro­fes­sion­nel, ce qui peut les ame­ner à « sous-tra­vailler ». En d’autres termes, ils mul­ti­plient les pauses, dis­cutent avec leurs col­lègues, fi­nissent par tra­vailler moins du quart de la du­rée de tra­vail lé­gale heb­do­ma­daire. Par ailleurs, dans de nom­breuses en­tre­prises, la ré­mu­né­ra­tion n’est pas as­sez sti­mu­lante pour mo­ti­ver les gens. En­fin, et sur­tout, c’est la faute de l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail qui, en France, est dé­per­son­na­li­sée et reste très im­pré­gnée de culture pro­cé­du­rale. Pour­quoi les ab­sences sont-elles plus nom­breuses dans le sec­teur pu­blic ? C’est l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail qui est en jeu. Les chiffres dé­montrent que

75 % de l’ab­sen­téisme se pro­duit dans le sec­teur pu­blic et no­tam­ment dans les mai­ries, les dé­par­te­ments ou les ré­gions. Les si­tua­tions va­rient d’une col­lec­ti­vi­té à l’autre mais, en ré­su­mé, les postes y sont trop ri­gides, la bu­reau­cra­tie par­fois lourde. Par ailleurs, au­cun dis­po­si­tif ne per­met de ré­com­pen­ser ceux qui s’in­ves­tissent le plus dans leur tra­vail. Peut-on ve­nir à bout de cet ab­sen­téisme ?

Tout à fait. Tout se joue, se­lon moi, sur le ma­na­ge­ment de proxi­mi­té. Quelle que soit l’en­tre­prise, il est im­por­tant que se noue entre les en­ca­drants et les sa­la­riés un dia­logue ré­gu­lier où doivent être abor­dés des su­jets clés pour le bon épa­nouis­se­ment de cha­cun au tra­vail. En clair, on doit pou­voir par­ler de tout : à la fois des condi­tions de tra­vail, du sa­laire, de l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail, mais aus­si de la coor­di­na­tion, la com­mu­ni­ca­tion, la ges­tion du temps. Un vrai « pas­sage en re­vue » de tous ces su­jets doit se dé­rou­ler tous les six mois. La ré­duc­tion de l’ab­sen­téisme ne peut pas­ser que par ce tra­vail très fin, au plus près des si­tua­tions de cha­cun dans l’en­tre­prise. La ques­tion du sa­laire est aus­si primordiale. En redonnant du pou­voir d’achat aux sa­la­riés, on les remotive. Quel est le rôle des pou­voirs pu­blics en la ma­tière ?

Les pou­voirs pu­blics peuvent fa­vo­ri­ser ce dia­logue dans l’en­tre­prise en met­tant en place un cadre lé­gis­la­tif et une fis­ca­li­té in­ci­ta­tive. L’idée étant, en­core et tou­jours, d’en­cou­ra­ger l’in­no­va­tion dans l’en­tre­prise et de mettre fin aux ar­chaïsmes qui sub­sistent dans de trop nom­breux mi­lieux pro­fes­sion­nels.

« LA QUES­TION DU SA­LAIRE EST PRIMORDIALE. EN REDONNANT DU POU­VOIR D’ACHAT AUX SA­LA­RIÉS, ON LES REMOTIVE. »

DI­REC­TEUR DE PRO­GRAMME À L’INS­TI­TUT DE SO­CIO-ÉCO­NO­MIE DES EN­TRE­PRISES ET DES OR­GA­NI­SA­TIONS (ISÉOR) Laurent Cappelletti

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