Entre 2008 et 2016, les Fran­çais se sont ap­pau­vris

Une étude de l’Ob­ser­va­toire fran­çais des conjonc­tures éco­no­miques (OFCE) montre que les mé­nages ont per­du, en moyenne, 440 € de « re­ve­nu dis­po­nible » par an.

Le Parisien (Essonne) - - ÉCONOMIE - PAR AU­RÉ­LIE LEBELLE ET MAT­THIEU PELLOLI @Au­re­lieLe­belle @Mat­thieuPel­lo­li

L’IN­FOR­MA­TION ne pas­se­ra pas in­aper­çue au­près des Gi­lets jaunes. Le pou­voir d’achat des Fran­çais, au coeur de la contes­ta­tion ac­tuelle, a bel et bien dé­grin­go­lé entre 2008 et 2016. C’est en tout cas le ré­sul­tat d’une étude de l’Ob­ser­va­toire fran­çais des conjonc­tures éco­no­miques (OFCE) pu­bliée hier.

Les chiffres sont par­ti­cu­liè­re­ment frap­pants : de la crise de 2008 à la fin du quin­quen­nat de Fran­çois Hol­lande, en 2016, les Fran­çais ont per­du en moyenne 440 € par an de « re­ve­nu dis­po­nible ». Con­crè­te­ment, ce re­ve­nu prend en compte votre sa­laire, votre pa­tri­moine im­mo­bi­lier, vos ac­tions, l’ar­gent sur li­vrets et comptes d’épargne (as­su­rance vie, plan épargne lo­ge­ment, etc.), les aides so­ciales que vous tou­chez (al­lo­ca­tions fa­mi­liales, aide per­son­na­li­sée au lo­ge­ment, mi­ni­ma so­ciaux, etc.) mais aus­si l’im­pôt sur le re­ve­nu. Il faut no­ter que la fis­ca­li­té lo­cale, très dy­na­mique sur cette pé­riode (taxe d’ha­bi­ta­tion ou taxe fon­cière), n’est pas in­té­grée dans cette étude, qui donne tou­te­fois une bonne idée de l’ar­gent que vous pou­vez réel­le­ment uti­li­ser. « Les Fran­çais se sont ap­pau­vris, ob­serve Ma­thieu Plane, di­rec­teur ad­joint de l’OFCE et co-au­teur de l’étude. Il faut re­mon­ter très loin en ar­rière, au moins aux an­nées 1990, pour ob­ser­ver un tel phé­no­mène. »

UNE CAUSE DE LA GROGNE DES GI­LETS JAUNES ?

Mais at­ten­tion, tout le monde n’a pas été lo­gé à la même en­seigne. Les 10 % les plus riches, mais aus­si les toutes pe­tites classes moyennes se sont fait le plus étran­gler. « Clai­re­ment, les Fran­çais ré­mu­né­rés au ni­veau du smic (NDLR : 1 149 €/mois, net) et un peu au-des­sus ont le plus per­du en ni­veau de vie », pré­cise l’éco­no­miste.

Comment ex­pli­quer cette chute ? Pour les plus riches, par la hausse des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires, avec no­tam­ment la créa­tion d’une nou­velle tranche de l’im­pôt sur le re­ve­nu à 45 %. Pour les autres, la crise éco­no­mique, la hausse du chô­mage et des temps par­tiels, la mul­ti­pli­ca­tion des fa­milles mo­no­pa­ren­tales et le poids crois­sant des re­trai­tés mo­destes dans la po­pu­la­tion ont ac­cen­tué l’ap­pau­vris­se­ment gé­né­ral.

Pour au­tant, des me­sures so­ciales et fis­cales ont per­mis de li­mi­ter l’hé­mor­ra­gie pour les Fran­çais les moins bien lo­tis. Ain­si, les 10 % les plus pauvres ont un peu mieux ré­sis­té. Ils n’ont per­du « que » 140 €/an, soit 1 % de leur re­ve­nu dis­po­nible, grâce à la re­va­lo­ri­sa­tion des mi­ni­ma so­ciaux ou la créa­tion de la prime d’ac­ti­vi­té. « Fi­na­le­ment, les me­sures de re­dis­tri­bu­tion, avan­ta­geuses pour les 40 % de Fran­çais les moins riches, n’ont pas été suf­fi­santes pour contre­car­rer la baisse du ni­veau de vie, constate Ma­thieu Plane. Mais si elles n’avaient pas été là, ce­la au­rait été pire. Les in­éga­li­tés au­raient ex­plo­sé. » Quid des grandes ré­formes lan­cées par Em­ma­nuel Ma­cron de­puis son élec­tion ? L’OFCE se garde de tout com­men­taire. « Il fau­dra étu­dier l’en­semble du pa­ckage fis­cal du gou­ver­ne­ment, in­dique Ma­thieu Plane. Car cer­taines ré­formes, comme celle de la taxe d’ha­bi­ta­tion ou la sup­pres­sion des co­ti­sa­tions sa­la­riales, ont été pla­ni­fiées sur plu­sieurs an­nées. »

La perte de re­ve­nu dis­po­nible glo­bal des Fran­çais de­puis 2008 est sans doute pour beau­coup dans la grogne des Gi­lets jaunes. Mais pour l’ave­nir, le gou­ver­ne­ment reste ab­so­lu­ment op­ti­miste. « Le pou­voir d’achat aug­mente, et il va conti­nuer d’aug­men­ter dans les an­nées qui viennent », pro­met Joël Gi­raud (LREM), le rap­por­teur gé­né­ral du bud­get de la com­mis­sion des Fi­nances à l’As­sem­blée. « Mais c’est vrai qu’il y a trente ans de responsabilité de l’Etat dans la contes­ta­tion ac­tuelle, pour­suit-il. Le dé­part des com­merces et des ser­vices pu­blics dans cer­tains ter­ri­toires a créé un ras-le-bol dans une par­tie de la so­cié­té qui se sent mar­gi­na­li­sée, so­cia­le­ment et fi­nan­ciè­re­ment. »

Les mé­nages ga­gnant 25 500 € par an ont ain­si per­du 2 % de leur re­ve­nu par an en huit ans, soit 510 €.

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