Thier­ry Bol­lo­ré ap­pe­lé à la res­cousse

A la suite de l’ar­res­ta­tion de Car­los Ghosn au Ja­pon, le nu­mé­ro deux du construc­teur fran­çais a été pro­pul­sé « à titre pro­vi­soire » di­rec­teur exé­cu­tif.

Le Parisien (Essonne) - - ÉCONOMIE - PAR ER­WAN BENEZET FLA­VIEN NEU­VY, DE L’OB­SER­VA­TOIRE CETELEM @er­wan­be­ne­zet

MAIS QUI EST DONC Thier­ry Bol­lo­ré ? Ce­lui qui as­su­rait de­puis fé­vrier la fonc­tion de nu­mé­ro deux de Re­nault est pas­sé, le temps d’une réunion ex­tra­or­di­naire de son conseil d’ad­mi­nis­tra­tion mar­di soir, de la pé­nombre à la lu­mière.

Alors que la garde à vue de Car­los Ghosn (qui conserve pour le mo­ment son titre de PDG, ain­si que son sa­laire) a été pro­lon­gée de dix jours, au moins jus­qu’au 30 no­vembre donc, Thier­ry Bol­lo­ré, 55 ans, a pris « à titre pro­vi­soire » la di­rec­tion exé­cu­tive de Re­nault. Il dis­pose ain­si des « mêmes pou­voirs » que le big boss.

La tâche ne se­ra pas fa­cile pour ce Bre­ton dis­cret, ori­gi­naire de Quim­per (Fi­nis­tère) — c’est un loin­tain cou­sin du ma­gnat in­dus­triel et pa­tron de Ca­nal + Vincent Bol­lo­ré —, haut de taille et au re­gard bleu per­çant de ma­rin. Ar­ri­vé dans l’en­tre­prise en 2012, il a en com­mun avec Car­los Ghosn d’être pas­sé par Mi­che­lin. Et comme le pa­tron, il s’y dis­tingue par une grande ap­pé­tence pour la culture asia­tique. Il a d’ailleurs beau­coup tra­vaillé au Ja­pon, puis en Thaï­lande. Idem chez l’équi­pe­men­tier Fau­re­cia, qu’il re­joint dès 2005 pour ren­for­cer les échanges avec la Chine.

UN HOMME DIS­CRET « PEU CONNU DES ÉQUIPES »

« Il connaît très bien le ter­rain, confie une source in­terne. C’est lui qui a mis en place cette an­née en France les der­nières me­sures de com­pé­ti­ti­vi­té et de ré­duc­tions de coûts du groupe, le fa­meux mo­no­zu­ku­ri. Lui éga­le­ment qui a dé­ve­lop­pé le nu­mé­rique, en créant Re­nault Di­gi­tal. » Pas sûr néan­moins que tout ce­la suf­fise pour re­ga­gner la confiance des Ja­po­nais.

« Face au nou­veau chal­len­geur nip­pon, Hi­ro­to Sai­ka­wa, le PDG de Nis­san, il faut quel­qu’un de poids », confie un connais­seur du dos­sier. Qui croit par ailleurs sa­voir qu’il n’a pas les fa­veurs de Ber­cy. « Ils sont convain­cus de­puis plu­sieurs mois dé­jà que ce n’est pas le suc­ces­seur dé­fi­ni­tif de Car­los Ghosn, af­firme-t-il. Et sont par­tis en chasse d’autres pa­trons pos­sibles. »

« C’est vrai qu’il est peu connu des équipes, re­marque Marc Tz­wangue, co­se­cré­taire de SUD-In­dus­trie au Tech­no­centre de Re­nault à Guyan­court (Yve­lines). Ça n’aide pas. Mais il

“IL

N’A PAS DU TOUT LE MÊME PRO­FIL NI LE MÊME FONC­TION­NE­MENT QUE [CAR­LOS GHOSN]. DANS LE CONTEXTE AC­TUEL, C’EST PLU­TÔT

UN ATOUT.

a sans doute été vic­time, comme d’autres, d’un PDG cha­ris­ma­tique qui fai­sait de l’ombre à tout le monde. Sauf que, au­jourd’hui, c’est lui qui se re­trouve à l’ombre. » Se­lon ce syn­di­ca­liste, le dé­part pos­sible de Car­los Ghosn ne se­ra pas beau­coup re­gret­té. « Son ar­ro­gance et sa froi­deur pas­saient mal. Et on es­père un nou­veau ma­na­ge­ment un peu plus so­cial, plus hu­main. » L’at­tente se­rait forte chez les 49 000 sa­la­riés du construc­teur en France.

« Il est évident que Thier­ry Bol­lo­ré n’a pas du tout le même pro­fil, ni le même fonc­tion­ne­ment que son pré­dé­ces­seur, confirme Fla­vien Neu­vy, di­rec­teur de l’Ob­ser­va­toire Cetelem de l’au­to­mo­bile. Dans le contexte ac­tuel, c’est plu­tôt un atout. En outre, Thier­ry Bol­lo­ré, de par son ex­pé­rience an­té­rieure, comme celle qu’il a ac­quise de­puis six ans au sein de Re­nault, connaît très bien le monde de l’au­to­mo­bile. Ce­la ne peut que ras­su­rer. »

Bou­logne-Billan­court (Hauts-de-Seine), le 16 fé­vrier. Thier­ry Bol­lo­ré et Car­los Ghosn lors de la pré­sen­ta­tion des ré­sul­tats 2017 de Re­nault.

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