La ma­jo­ri­té prête à dia­lo­guer

La pro­po­si­tion de Laurent Ber­ger, no 1 de la CFDT, de réunir les corps in­ter­mé­diaires pour un « pacte so­cial de la conver­sion éco­lo­gique » trouve de plus en plus d‘écho.

Le Parisien (Essonne) - - POLITIQUE - PAR JANNICK ALIMI

SI LA PRISE DE CONSCIENCE est tar­dive, l’exé­cu­tif et la ma­jo­ri­té ne cachent plus leur in­quié­tude, alors que la mo­bi­li­sa­tion — in­édite — des Gi­lets jaunes per­dure et qu’un ras­sem­ble­ment na­tio­nal est pré­vu samedi dans la ca­pi­tale. Et s’il n’est pas ques­tion de chan­ger de cap, ce qui pour le gou­ver­ne­ment, et no­tam­ment pour Edouard Phi­lippe, re­vien­drait à un re­cul en rase cam­pagne, l’heure est à l’ou­ver­ture. Em­ma­nuel Ma­cron lui­même, en dé­pla­ce­ment en Bel­gique, ap­pe­lait, mar­di, au « dia­logue, à l’ex­pli­ca­tion et aux so­lu­tions de ter­rain ».

Un mes­sage du chef de l’Etat par­fai­te­ment re­çu par ses mi­nistres et les dé­pu­tés mar­cheurs. Avant même le si­gnal lan­cé par Em­ma­nuel Ma­cron, Bri­gitte Bour­gui­gnon, la pré­si­dente de la com­mis­sion des Af­faires so­ciales, s’était dé­cla­rée prête, dès lun­di, à sai­sir la main ten­due par Laurent Ber­ger. La veille, le lea­der de la CFDT avait pro­po­sé de réunir l’en­semble des par­te­naires so­ciaux — syn­di­cats, as­so­cia­tions et Gi­lets jaunes — pour construire « un pacte so­cial de la conver­sion éco­lo­gique ». L’élue du Pas-de-Ca­lais va plus loin et sug­gère d’as­so­cier à ce « Gre­nelle éco­lo­gique » les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et no­tam­ment les maires, prin­ci­paux « re­lais de proxi­mi­té ».

De nom­breux dé­pu­tés la Ré­pu­blique en marche (LREM) se sont aus­si­tôt mis au dia­pa­son. « Le risque d’une conver­gence des ex­trêmes, de droite comme de gauche, est de plus en plus me­na­çant, confie Pierre Per­son, dé­pu­té de Pa­ris. C’est pour­quoi la sug­ges­tion de Laurent Ber­ger est une op­por­tu­ni­té qu’il ne faut pas lais­ser pas­ser. » Une fa­çon pour la ma­jo­ri­té de ne pas se re­nier sur la taxa­tion des car­bu­rants mais d’élar­gir le dé­bat au pou­voir d’achat des Fran­çais.

DÉMINAGE EN RÈGLE

Preuve que l’idée fait son che­min : hier ma­tin, Gilles Le Gendre, le pré­sident du groupe LREM à l’As­sem­blée, a sou­li­gné que le bu­reau exé­cu­tif de la Ré­pu­blique en marche y était aus­si fa­vo­rable. Le dé­pu­té de Pa­ris a rap­pe­lé, au pas­sage, que Phi­lippe Gran­geon, dé­lé­gué gé­né­ral par in­té­rim du mou­ve­ment, avait été le bras droit de Ni­cole No­tat, se­cré­taire gé­né­rale de la CFDT entre 1992 et 2002. Quant à la de­mande de cer­tains dé­pu­tés de re­ce­voir Laurent Ber­ger à l’As­sem­blée, le pré­sident du groupe y ré­flé­chit… Le « niet » que lui a op­po­sé dimanche der­nier Edouard Phi­lippe semble donc bel et bien ca­duc.

« Je crois que c’est in­té­res­sant qu’un syn­di­cat comme la CFDT dise être dis­po­nible pour tra­vailler sur l’ac­com­pa­gne­ment éco­no­mique et so­cial de la trans­for­ma­tion éco­lo­gique, dé­cla­rait, hier ma­tin sur France In­ter, Fran­çois de Ru­gy, le mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique. Si les or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales le sont éga­le­ment, moi, je suis prêt à tra­vailler, et nous al­lons en par­ler évi­dem­ment au gou­ver­ne­ment. » Une stra­té­gie de déminage avant la mo­bi­li­sa­tion de samedi. Fran­çois Bay­rou, l’al­lié cen­triste de LREM, a d’ailleurs pré­ve­nu hier soir dans un en­tre­tien au « Fi­ga­ro » : « Si on n’ap­porte pas de ré­ponse, il y au­ra une ex­plo­sion. »

Laurent Ber­ger, se­cré­taire gé­né­ral de la CFDT.

Les dé­pu­tés de la Ré­pu­blique en marche voient dans la perche ten­due par Laurent Ber­ger (pho­to ci-des­sous), lea­der de la CFDT, une porte pour sor­tir par le haut de la mo­bi­li­sa­tion des Gi­lets jaunes.

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