Pas de hausse des frais pour l’ins­tant

L’aug­men­ta­tion que re­com­mande la Cour des comptes sus­cite le dé­bat, même si le gou­ver­ne­ment a écar­té l’idée.

Le Parisien (Essonne) - - SOCIÉTÉ - PAR RO­MAIN BAHEUX

EN PLEINE CRISE des Gi­lets jaunes, au­tant em­pê­cher un autre dé­part de feu. Et vite. Hier, le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, et la mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, Fré­dé­rique Vi­dal, ont pro­fi­té des ques­tions au gou­ver­ne­ment pour mar­te­ler qu’au­cune hausse des frais d’ins­crip­tion à l’uni­ver­si­té n’est en­vi­sa­gée, de près ou de loin, pour les étu­diants fran­çais et eu­ro­péens.

La rai­son de cette sor­tie ? Un rap­port de la Cour des comptes, re­layé dans la ma­ti­née par « le Monde » et des­ti­né aux membres de la com­mis­sion des Fi­nances de l’As­sem­blée. S’il pré­co­nise de lais­ser les frais d’en­trée en li­cence à 170 € par an, il re­com­mande de mon­ter ceux du doc­to­rat à 781, contre 380 au­jourd’hui, et sur­tout ceux du mas­ter de 243 à 965 €. Cette der­nière piste pour­rait rap­por­ter 432 M€ aux facs et leur per­mettre « une amé­lio­ra­tion des condi­tions d’ac­cueil et d’ac­com­pa­gne­ment des étu­diants ».

UN SYS­TÈME À DEUX VI­TESSES

En France, dis­cu­ter de la qua­si­gra­tui­té de l’uni­ver­si­té pu­blique est « un ta­bou », note Eric Char­bon­nier, ex­pert des ques­tions d’édu­ca­tion à l’Or­ga­ni­sa­tion de co­opé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE). « Ces der­nières an­nées, le nombre d’étu­diants n’a ces­sé d’aug­men­ter, sou­li­gnet-il. Pour main­te­nir un cer­tain ni­veau pé­da­go­gique, l’Etat a be­soin de plus de res­sources. » Lun­di, le gou­ver­ne­ment a an­non­cé que les droits d’ins­crip­tion des étu­diants ex­tracom­mu­nau­taires pas­se­raient de 170 à 2 770 €, soit un tiers du coût réel des for­ma­tions.

Dé­jà re­mon­tées contre cette me­sure, les deux prin­ci­pales as­so­cia­tions étu­diantes, la Fage et l’Unef, ont très vite af­fir­mé leur op­po­si­tion au rap­port de la Cour des comptes. « Ce n’est pas aux étu­diants de com­pen­ser le sous-fi­nan­ce­ment de l’uni­ver­si­té par l’Etat, lance Mé­la­nie Luce, vice-pré­si­dente de l’Unef. En plus, ce texte vise le mas­ter, le di­plôme qui a le meilleur taux d’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle. Aug­men­ter son coût, ce se­rait la meilleure ma­nière de trier les étu­diants et de lais­ser cer­tains avec une li­cence qui ne leur per­met­trait pas de trou­ver un em­ploi. »

Dans son rap­port, la Cour des comptes es­time que la qua­si-gra­tui­té est dé­jà « bat­tue en brèche » avec des struc­tures pu­bliques, comme Sciences-po ou l’uni­ver­si­té Pa­risDau­phine, qui pra­tiquent des ta­rifs plus éle­vés. Sans comp­ter que 38 % des étu­diants à l’uni­ver­si­té sont bour­siers et ne s’ac­quittent d’au­cuns frais.

« On a un sys­tème à deux vi­tesses, juge Eric Char­bon­nier. Comme on n’a pas de dé­bat, on ne peut pas ré­flé­chir à la ma­nière dont on gé­re­rait une hausse des coûts, comme sol­li­ci­ter da­van­tage les en­tre­prises. Dans cer­tains pays, on a un sys­tème de prêts pour payer les frais d’ins­crip­tion, où l’étu­diant com­mence à rem­bour­ser seule­ment une fois qu’il a at­teint un cer­tain ni­veau de sa­laire dans sa vie ac­tive. Ça pour­rait être une piste. »

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