La femme du bou­lan­ger à l’ori­gine de l’as­sas­si­nat de son ma­ri

Un di­vorce hou­leux as­sor­ti de ja­lou­sie avait abou­ti au pire, en août à Plo­né­vez-du-Faou (Fi­nis­tère). L’épouse est écrouée ain­si que son nou­veau com­pa­gnon et un as­so­cié de ce der­nier.

Le Parisien (Essonne) - - FAITS DIVERS - DE NOTRE COR­RES­PON­DANTE NO­RA MO­REAU À BREST (FI­NIS­TÈRE)

« UN GUET-APENS im­pla­cable et un scé­na­rio de ven­geance fa­mi­liale que l’on ne voit que très ra­re­ment » : c’est en ces termes que le com­man­dant Flo­rian Ma­net, à la tête de la sec­tion de re­cherches de Rennes (Ille-et-Vi­laine), a dé­crit, hier soir, cette mys­té­rieuse af­faire d’as­sas­si­nat d’un bou­lan­ger-pâ­tis­sier bre­ton. Une af­faire en­fin ré­so­lue.

De­puis des mois, les moyens se sont mul­ti­pliés pour re­trou­ver le ou les cou­pables du meurtre de Vincent Cal­vez, âgé de 45 ans. Il ha­bi­tait avec sa nou­velle com­pagne, Ma­rie, 25 ans, ar­ti­san à Quim­per (Fi­nis­tère) comme lui, une pe­tite mai­son à Plo­né­vez-du-Faou, une com­mune ru­rale si­tuée entre Ca­rhaix et Châ­teau­lin. C’est le 23 août, peu après mi­nuit, en sor­tant de chez eux pour se rendre à leur tra­vail, que le bou­lan­ger a été froi­de­ment abat­tu par balles et sa concu­bine gra­ve­ment bles­sée, « pro­ba­ble­ment en es­sayant de le pro­té­ger », d’après les dires des en­quê­teurs.

« Le fond de l’af­faire n’est pas com­mun », note le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Brest, Jean-Phi­lippe Récappé. « La piste pri­vi­lé­giée était la piste fa­mi­liale. En ef­fet, c’est Fa­bienne Cal­vez, née Me­hens, l’exé­pouse de la vic­time dé­cé­dée, qui a or­ches­tré cet as­sas­si­nat, en­traî­nant avec elle son nou­veau com­pa­gnon, Yves Bras­sier (48 ans) et l’as­so­cié de ce der­nier, Oli­vier Cou­dray (39 ans). » Ces trois in­di­vi­dus, des « ma­dame et mes­sieurs Tout-leMonde » sans an­té­cé­dents ju­di­ciaires no­tables, ont avoué lun­di der­nier, à l’is­sue de leur garde à vue, avoir écha­fau­dé un plan ma­chia­vé­lique pour se dé­bar­ras­ser de l’ex­ma­ri de Fa­bienne Cal­vez. A la clé, une ven­geance entre époux en plein coeur d’un di­vorce hou­leux et un cer­tain appât du gain.

Vincent Cal­vez et Fa­bienne Cal­vez étaient tou­jours lé­ga­le­ment ma­riés, in­dique le par­quet. Cette der­nière n’était a prio­ri pas sur les lieux au mo­ment du drame, mais elle a re­con­nu en être l’ins­ti­ga­trice. « Elle vou­lait clai­re­ment se ven­ger de son ma­ri qui l’avait quit­tée il y a peu pour une jeune femme de vingt ans plus jeune qu’elle. Le di­vorce se pas­sait très mal et elle avait vrai­sem­bla­ble­ment des ar­rière-pen­sées fi­nan­cières. Si le ma­ri ve­nait à dis­pa­raître avant le di­vorce, il y avait une pos­si­bi­li­té de ré­cu­pé­rer des biens, no­tam­ment im­mo­bi­liers. » Aus­si a-t-elle en­traî­né son nou­veau com­pa­gnon dans sa ma­ni­gance.

Ce der­nier, qua­dra­gé­naire ré­si­dant avec elle à Plou­fra­gan (Cô­tesd’Ar­mor) et tra­vaillant dans le bâ­ti­ment, a lui-même en­ga­gé son propre as­so­cié dans le pro­jet. Là aus­si pour des ques­tions d’ar­gent. « La vie d’un homme n’est pas très chère dans le Fi­nis­tère », iro­nise le pro­cu­reur. « On lui avait pro­mis 7 500 €, somme com­po­sée de l’ef­fa­ce­ment d’une dette à hau­teur de 4 000 €. En tout et pour tout, il avait dé­jà tou­ché 2 500 €. »

DEUX BALLES DANS LA TÊTE

Le 23 août, alors que le couple de bou­lan­gers sor­tait de chez lui, ce se­rait donc Oli­vier Cou­dray, l’as­so­cié, qui au­rait d’abord ti­ré à coup de fu­sil à ca­non scié, puis, s’étant rap­pro­ché du seuil de la mai­son, au­rait sor­ti une arme de poing de pe­tit ca­libre pour abattre Vincent Cal­vez de deux balles dans la tête. Au même mo­ment, la com­pagne du bou­lan­ger au­rait ten­té de le pro­té­ger et a alors été bles­sée griè­ve­ment à la tête. Les armes uti­li­sées cette nuit-là n’ont ja­mais été re­trou­vées.

Pen­dant trois mois, « et grâce à une en­quête de fla­grance très ef­fi­cace », quinze en­quê­teurs lo­caux et ré­gio­naux (sans comp­ter des ser­vices tech­niques — po­lice scien­ti­fique, ex­perts en ba­lis­tique, équipes cy­no­philes, etc.), ont oeu­vré sans re­lâche pour élu­ci­der ce crime, qui n’avait pour­tant lais­sé que de bien maigres in­dices. « C’est fi­na­le­ment grâce à une trace ADN re­trou­vée sur la porte que tout s’est éclair­ci », pré­cise Ni­co­las Du­vi­nage, com­man­dant de grou­pe­ment de gen­dar­me­rie du Fi­nis­tère. Cet ADN était ce­lui de l’as­so­cié d’Yves Bras­sier. On l’a re­trou­vé sur la poi­gnée de la porte d’en­trée. Les trois in­di­vi­dus ont été in­car­cé­rés dans trois mai­sons d’ar­rêt dis­tinctes. Ils sont mis en exa­men pour as­sas­si­nat et ten­ta­tive d’as­sas­si­nat.

“ELLE

VOU­LAIT SE VEN­GER DE SON MA­RI QUI L’AVAIT QUIT­TÉE POUR UNE FEMME DE VINGT ANS PLUS JEUNE, ET ELLE AVAIT VRAI­SEM­BLA­BLE­MENT DES AR­RIÈRE-PEN­SÉES

” FI­NAN­CIÈRES JEAN-PHI­LIPPE RÉCAPPÉ, PRO­CU­REUR DE LA RÉ­PU­BLIQUE

Plo­né­vez-du-Faou (Fi­nis­tère). Le 23 août der­nier, peu après mi­nuit, Vincent Cal­vez, un bou­lan­ger de 45 ans, a été froi­de­ment abat­tu et sa com­pagne, Ma­rie, 25 ans, griè­ve­ment bles­sée à la tête alors qu’ils sor­taient de leur mai­son.

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