Mi­chael Jack­son, King of Art

Le Grand Pa­lais montre comment la su­per­star dis­pa­rue en 2009 ins­pire l’art contem­po­rain. Il y en a de toutes les cou­leurs et pour tous les goûts.

Le Parisien (Essonne) - - LOISIRS - PAR YVES JAEGLÉ

Clin d’oeil à son al­bum « Off the Wall », l’ex­po­si­tion « Mi­chael Jack­son on the Wall », conçue par la Na­tio­nal Por­trait Gal­le­ry de Londres, qui ouvre de­main au Grand Pa­lais avant deux autres étapes eu­ro­péennes, le montre « sur les murs », lit­té­ra­le­ment. King of Pop, King of Art. Ces 121 oeuvres, des an­nées 1980 à au­jourd’hui, ne vous di­ront rien de la vie de Mi­chael Jack­son, mais tout ou beau­coup de l’ima­gi­naire dé­bri­dé qu’il ins­pire aux ar­tistes et au pu­blic, comme en té­moignent des vi­déos — cer­taines réa­li­sées spé­cia­le­ment pour cette étape pa­ri­sienne — à la fois bur­lesques et ado­rables. On y voit des ama­teurs s’es­sayer au moon­walk, son pas de danse uni­ver­sel, avec des ra­tés mé­mo­rables et des mi­racles — une femme en fau­teuil rou­lant qui tente le mou­ve­ment avec les mains — et d’autres chan­ter a cap­pel­la tout l’al­bum « Th­riller ».

L’ex­po dé­route par­fois — une seule te­nue de l’ar­tiste, une unique mais longue vi­déo de concert, à Bu­ca­rest en 1992, pour mon­trer l’im­pact li­bé­ra­teur de l’in­ter­prète de « Beat It » dans une ex-dic­ta­ture com­mu­niste li­bé­rée —, mais comment ne pas ai­mer cette sé­rie de por­traits qui mettent en scène sa fra­gi­li­té, son iden­ti­té in­trou­vable, ses mu­ta­tions, ses émo­tions ? On n’a ja­mais vu un mo­dèle unique et cé­lèbre faire naître au­tant de va­ria­tions splen­dides. Ta­bleau en noir et blanc, sans jeu de mots, de Yan Pei-Ming, au­to­por­trait d’en­fant re­vi­si­té par Glenn Li­gon, zom­bie sor­ti de « Th­riller » dans l’oeil de Dawn Mel­lor, plus que vul­né­rable dans les cou­leurs de Mag­gi Ham­bling, qui re­tra­vaille à la pein­ture une pho­to da­tant de l’époque de son ar­res­ta­tion pour vio­lence sur en­fant (avant son ac­quit­te­ment en 2005), ou en­core ce re­gard hyp­no­tique sai­si par l’ar­tiste Jo­hannes Kahrs dans un ta­bleau nom­mé « Sans titre (Jé­sus à 43 ans) ». Cru­ci­fié ? Oui, par ses ex­cès, ses dé­mons, les mé­dias, et sur­tout lui-même.

COMME UN EN­FANT PER­DU

On pré­fère lar­ge­ment ces gammes pic­tu­rales d’un mo­dèle au bord de la crise de nerfs au por­trait com­man­dé par Mi­chael Jack­son lui-même à Ke­hinde Wi­ley, peintre of­fi­ciel d’Oba­ma, qui re­pré­sente le chan­teur dans une pause imi­tant celle du roi Phi­lippe II à che­val par Ru­bens. L’ex­po­si­tion, au fond, ne donne pas en­vie de ju­ger : ni l’homme ac­cu­sé de pé­do­phi­lie, as­pect es­ca­mo­té ici comme tout ce qui concerne sa vie in­time, ni même la qua­li­té variable et sub­jec­tive des oeuvres. On a le droit de ne pas être tou­ché par les por­traits que Wa­rhol, le pre­mier en 1982, a consa­cré à la su­per­star, ou à ce­lui si­gné Keith Ha­ring, autre cé­lé­bri­té de l’époque. On dé­teste même cer­taines pièces ac­cro­chées, comme cette com­pa­rai­son entre Mi­chael Jack­son et Bau­de­laire, dan­dys in­com­pris, mais l’im­por­tant n’est pas là. Il est dans ce foi­son­ne­ment et la ca­pa­ci­té à être ému, au­jourd’hui comme hier, à tra­vers les sup­ports les plus va­riés, les dé­tour­ne­ments les plus ba­roques, par Mi­chael Jack­son, cette plas­ti­ci­té qui as­pire tous les fan­tasmes.

Il a ten­té lui-même l’im­pos­sible : créer son propre vi­sage, pas se­lon la na­ture, mais son dé­sir, comme un peintre ou un dé­miurge « Dan­ge­rous » si­non « Bad », re­clus dans son Ne­ver­land, le nom de sa pro­prié­té et du pays ima­gi­naire de Pe­ter Pan. C’est Bam­bi qu’on a cher­ché par­tout. On l’a trou­vé, dans ce re­gard (é) per­du, peint ou iso­lé, dé­ta­ché du vi­sage dans une vi­déo qui fait des yeux de la star une abs­trac­tion. L’en­fant de­ve­nu grand — par la mu­sique, la danse et la gloire plus que la ma­tu­ri­té per­son­nelle — change de vi­sage à faire peur. Mais le plus apeu­ré, c’est lui. La pein­ture, cette science du re­gard, sai­sit im­pla­ca­ble­ment, et par­fois mer­veilleu­se­ment, cette épou­vante.

« Mi­chael Jack­son, On the Wall »,

dès de­main et jus­qu’au 14 fé­vrier 2019 au Grand Pa­lais (Pa­ris VIIIe). Tous les jours sauf le mar­di de 10 heures à 20 heures (22 heures le mer­cre­di). Ta­rif : 9 - 12€.

« In Me­mo­ry of Mi­chael Jack­son », huile sur toile de Yan Pei-Ming.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.