Un di­vorce à l’amiable et après ?

The­re­sa May doit en­core convaincre les dé­pu­tés bri­tan­niques de vo­ter l’ac­cord scel­lé hier à Bruxelles.

Le Parisien (Essonne) - - POLITIQUE - PAR PHI­LIPPE MARTINAT

L’UNION EU­RO­PÉENNE et le Royaume-Uni ont fran­chi, hier, une étape dé­ci­sive dans le long che­mi­ne­ment ju­ri­dique pour dé­faire le com­plexe éche­veau de re­la­tions éla­bo­rées au long de qua­rante ans de vie com­mune et pas tou­jours har­mo­nieuse. Il au­ra fal­lu dix-sept mois de né­go­cia­tions ar­dues pour en ar­ri­ver là et éta­blir (en 500 pages) les condi­tions qua­si no­ta­riales de ce di­vorce.

L’his­toire au­ra donc fi­na­le­ment don­né rai­son au gé­né­ral de Gaulle qui avait mis, à deux re­prises, en 1961 et 1967, son ve­to à l’en­trée des Bri­tan­niques dans la com­mu­nau­té eu­ro­péenne. Le chef de la France libre consi­dé­rait que la per­fide Al­bion, qui a tou­jours culti­vé sa « re­la­tion spé­ciale » avec les Etats-Unis, se­rait pour ces der­niers un « che­val de Troie ». Mais il re­dou­tait sur­tout que le peu de foi eu­ro­péenne des in­su­laires bri­tan­niques ne se trans­forme en bou­let pour ses par­te­naires dans leur pro­jet po­li­tique. Bien vu.

Pas très au clair avec l’UE et sur­tout pas très au clair entre eux, les su­jets de sa Gra­cieuse Ma­jes­té n’ont ja­mais réus­si à choi­sir entre leur an­cienne co­lo­nie amé­ri­caine et leurs proches voi­sins conti­nen­taux. Ils ont dé­ci­dé de ti­rer leur révérence le 23 juin 2016 au terme d’une cam­pagne ré­fé­ren­daire obs­cur­cie par les ar­gu­ments men­son­gers des « Brexi­ters », comme leur chef de file Ni­gel Fa­rage en a fait l’aveu sans ver­gogne aus­si­tôt après sa vic­toire.

UNE PÉ­RIODE DE TRAN­SI­TION QUI POUR­RAIT DU­RER

Le « trai­té de re­trait » ap­prou­vé, hier, par les Vingt-Sept pré­voit une « pé­riode de tran­si­tion » à comp­ter du 29 mars 2019 (date de sor­tie of­fi­cielle du Royaume-Uni) qui ex­pi­re­ra en prin­cipe le 31 dé­cembre 2020. Le temps de mettre noir sur blanc les très com­plexes re­la­tions fu­tures entre ex-par­te­naires.

Cette pé­riode de­vra sans doute être al­lon­gée car elle ne per­met­tra pas de tout ré­gler. Et pen­dant ce temps, le Royaume-Uni res­te­ra sou­mis à la ré­gle­men­ta­tion eu­ro­péenne — en cours et à ve­nir — sur la­quelle il n’au­ra plus droit au cha­pitre puisque dé­jà of­fi­ciel­le­ment plus membre de l’Union. C’est l’un des points qui fait dé­jà hur­ler à Londres les par­ti­sans d’un Brexit ra­di­cal et im­mé­diat. Mais la Pre­mière mi­nistre, The­re­sa May, sou­te­nue par des mi­lieux éco­no­miques très in­quiets, a ré­pé­té que ce pre­mier trai­té est « le meilleur pos­sible ».

La lo­ca­taire du 10 Dow­ning Street de­vra aus­si convaincre ses com­pa­triotes, et en pre­mier lieu ses al­liés nord-ir­lan­dais unio­nistes, du sta­tut par­ti­cu­lier qui se­ra ce­lui de l’Ir­lande du Nord à l’is­sue de la pé­riode de tran­si­tion.

Pour ob­te­nir le feu vert du par­le­ment de West­mins­ter lors du vote qui de­vrait avoir lieu le 10 dé­cembre, May a dé­jà com­men­cé à s’ap­puyer sur l’une des dis­po­si­tions pro­mise par le Brexit : la fin de la libre cir­cu­la­tion des per­sonnes, c’est-à-dire, théo­ri­que­ment, la maî­trise de l’im­mi­gra­tion.

Pour vo­ter le trai­té, cer­tains par­le­men­taires bri­tan­niques vont exi­ger des amen­de­ments alors que les né­go­cia­teurs eu­ro­péens ont clai­re­ment in­di­qué qu’il n’en était pas ques­tion. The­re­sa May, dont la ma­jo­ri­té est mince, va donc de­voir s’em­ployer du­re­ment afin d’at­teindre la barre né­ces­saire des 320 voix à la Chambre des com­munes.

Bruxelles (Bel­gique), hier. Les di­ri­geants eu­ro­péens (dont Em­ma­nuel Ma­cron et l’Au­tri­chien Se­bas­tian Kurz) se sont réunis pour va­li­der le texte né­go­cié par Mi­chel Bar­nier (au centre) avec le Royaume-Uni.

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