La France du rug­by a peur

In­ter­na­tio­nal, an­cien sé­lec­tion­neur, pré­sident de club ou sup­por­teur, ils tentent de trou­ver des so­lu­tions pour sor­tir le XV de France du pro­fond ma­rasme dans le­quel il est tom­bé après sa dé­faite contre les Fid­ji.

Le Parisien (Essonne) - - RUGBY - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR OLI­VIER FRAN­ÇOIS (AVEC STÉ­PHANE CORBY) PIERRE VILLE­PREUX, BEN­JA­MIN PÉRIÉ, PHI­LIPPE, BAP­TISTE SERIN,

HIER MA­TIN, ce n’est pas la fête de la veille qui a em­bru­mé les es­prits. C’est le nou­veau ga­din d’un XV de France qui n’en fi­nit plus de s’éta­ler. Cette fois, c’était contre les Fid­ji (21-14) dans un Stade de France dé­gar­ni, une pre­mière dans l’his­toire des Bleus, tou­jours vain­queurs des joueurs des îles en neuf confron­ta­tions jusque-là. La tour­née d’au­tomne (1 vic­toire, 2 dé­faites) s’achève sur un nou­vel échec dif­fi­cile à di­gé­rer, que ce soit par les pro­fes­sion­nels du rug­by ou les pas­sion­nés. Leurs so­lu­tions ne sont pas lé­gion.

« On croit en­core que ça va pas­ser en ren­trant dans la gueule des gens d’en face. On s’ar­rête sur chaque ac­tion, on passe par du jeu au sol. On se trompe. Ce­la ne fonc­tionne pas dans le rug­by mo­derne. Les Fid­jiens nous ont bat­tus en jouant. On au­rait pu ga­gner en mar­quant un troi­sième es­sai en force, sans passe, à cinq mi­nutes de la fin, mais est-ce que ça au­rait chan­gé fon­da­men­ta­le­ment les choses ? Les Sud-Afri­cains ont pris le des­sus lors du pre­mier match de la tour­née quand ils ont mis de la vi­tesse. Il faut ra­di­ca­le­ment chan­ger de forme et de style de jeu et sé­lec­tion­ner les joueurs qui vont avec. Pour­quoi ne pas pré­pa­rer dès main­te­nant les moins de 20 ans cham­pions du monde ?

» Mais ce­la va avec une vo­lon­té col­lec­tive, à tous les ni­veaux du rug­by fran­çais. Il faut que tout le monde aille dans le même sens. De l’équipe de France au Top 14, jus­qu’aux jeunes, il faut adop­ter la même phi­lo­so­phie. Il faut plus de li­ber­té dans les ac­tions, plus d’adap­ta­tion, moins de pro­gram­ma­tion. J’étais au Stade de France samedi soir et la si­nis­trose qui y règne est in­quié­tante. Le pu­blic, c’est le ba­ro­mètre, et il vient de moins en moins nom­breux. On en­cou­rage, mais c’est comme si on sa­vait que ça ne sert à rien. »

« Le XV de France a une pres­sion ter­rible du ré­sul­tat, on le res­sent à chaque match. Jacques Bru­nel est condam­né à ga­gner, car les di­ri­geants qui l’ont nom­mé doivent jus­ti­fier le li­cen­cie­ment de Guy No­vès. Mais la so­lu­tion, elle existe ! Notre for­ma­tion est cri­ti­quée, mais elle porte ses fruits. Nos moins de 20 ans sont cham­pions du monde et on ne les lance pas dans le grand bain. Toutes les grandes na­tions le font, re­gar­dez les Blacks, ils lancent des mômes de 20 ans ! Pour 2019, c’est trop tard et on fe­ra avec les moyens du bord… Mais pour construire en pré­vi­sion de 2023, faites jouer les jeunes. Avec leur in­sou­ciance et quatre ans de plus, ils se­ront prêts à al­ler au com­bat, je vous le ga­ran­tis. Et, de toute fa­çon, on ne fe­ra pas pire qu’au­jourd’hui. »

« J’al­lais au Stade de France avant mais, vu le prix, pour as­sis­ter à des matchs pour­ris, je pré­fère res­ter à la mai­son. Ce qui fait peur, c’est le rug­by pra­ti­qué. C’est ca­tas­tro­phique. Les Bleus n’ont plus en­vie de jouer. Ils ne font que ren­trer dans l’ad­ver­saire. C’est bon pour Bas­ta­reaud, lui, il s’amuse, mais ceux qui courent ? Ils donnent aux gros pour fon­cer tout droit, c’est tout. Contre les Fid­ji, on a mis deux es­sais mais c’était en force, sans passe.

» Le pro­blème en France, dans le Top 14, c’est que les jeunes n’ont plus de place parce qu’on va cher­cher trop de joueurs étran­gers. Que ce soit Bru­nel ou No­vès au poste de sé­lec­tion­neur, ça ne change rien. Pour le XV de France, il fau­drait lan­cer les moins de 20 ans cham­pions du monde dès main­te­nant, car, de toute fa­çon, on ne ga­gne­ra pas la Coupe du monde 2019. Ce qui fait peur aus­si, c’est le désa­mour du pu­blic. Il y avait 35 000 spec­ta­teurs seule­ment contre les Fid­ji ! Et en­core, la Fé­dé­ra­tion avait don­né énor­mé­ment d’in­vi­ta­tions. Mais ça peut chan­ger. S’il y a du jeu, du spec­tacle, le pu­blic peut re­ve­nir, car c’est ce que les gens veulent voir. »

« Nous sommes pas­sés com­plè­te­ment à cô­té. Nous n’avons pas exis­té. Il ne faut pas ou­blier ce match, il va res­ter dans nos têtes, d’au­tant qu’on ter­mine la tour­née là-des­sus. Ce n’est pas nor­mal de se ra­ter à ce point. Nous étions pré­ve­nus, pour­tant, alors je ne sais pas quoi ré­pondre. C’est le mal fran­çais, peut-être. Des fois, ça ar­rive. Je suis le pre­mier à dire que ça fait ch… Nous nous sommes pré­pa­rés et mo­ti­vés toute la se­maine. Nous sa­vions qu’ils al­laient nous faire la guerre.

» Mais nous n’avons plus le temps de re­te­nir le né­ga­tif, il faut voir ce qui est po­si­tif. Le pro­jet est là, il est en train de se mettre en forme, on avance quand même. On n’écoutera pas ce qui se dit à l’ex­té­rieur. On a quand même per­du de jus­tesse le match contre l’Afrique du Sud, qui est une des toutes meilleures na­tions du monde. On a do­mi­né l’Ar­gen­tine de la tête et des épaules. Nous sommes vrai­ment frus­trés car on vou­lait fi­nir sur une bonne note. On avait le sen­ti­ment qu’il y avait du mieux et qu’au bout du compte, c’est un énorme gâ­chis.

» Ce match est le même que le nul contre le Ja­pon (23-23) il y a un an mais, sur l’en­semble de la tour­née, il y a du mieux dans le conte­nu. On peut s’ap­puyer sur quelque chose alors que ce n’était pas le cas il y a un an. Il faut re­ve­nir à bloc pour le Tour­noi des Six Na­tions. Quand on est joueur, on voit les choses dif­fé­rem­ment. Je ne vais pas ren­trer à Bor­deaux et me dire sans ar­rêt qu’on a été nuls. Si­non, je ne vis plus. »

AN­CIEN SÉ­LEC­TION­NEUR DU XV DE FRANCE (1995-1999)

PRÉ­SIDENT DU CLUB AMA­TEUR DE DRANCY (FÉ­DÉ­RALE 2)

SUP­POR­TER DU STADE FRAN­ÇAIS RÉ­SI­DANT À LONGJUMEAU (ES­SONNE)

DE­MI DE MÊ­LÉE DU XV DE FRANCE

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