Mais à quoi joue Ni­co­las Hu­lot ?

Confie : pas ques­tion de dé­mis­sion du mi­nistre de l’Eco­lo­gie qui a mis un coup de pres­sion pour qu’on lui donne les moyens de me­ner sa po­li­tique.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - LA UNE - PAR NATHALIE SCHUCK @Na­tha­lieS­chuck

ET NI­CO­LAS HU­LOT se mit à faire de la po­li­tique… Ni chan­tage à la dé­mis­sion ni ul­ti­ma­tum, c’est sur­tout un gros coup de gueule qu’a pous­sé le mi­nistre de l’Eco­lo­gie, certes cou­tu­mier des états d‘âme, en lais­sant pla­ner hier, au mi­cro de Jean-Jacques Bour­din, l’hy­po­thèse d’un dé­part es­ti­val. « Cet été, on au­ra avec le pré­sident et le Pre­mier mi­nistre un mo­ment de vérité, on fe­ra le point », a lâ­ché le nu­mé­ro trois du gou­ver­ne­ment, à la veille du pre­mier an­ni­ver­saire de sa no­mi­na­tion. « Ça vou­lait dire : Ar­rê­tez de m’em­mer­der ! » ré­sume, crû­ment, l’un de ses proches.

Dans son vi­seur ? Ber­cy. « La ma­jo­ri­té des pro­blèmes viennent de là », souffle le même. Mais aus­si tous ceux qui, au sein de l’exé­cu­tif, lui mettent des bâ­tons dans les roues. « Ce qui l’épuise, ce sont les mi­ni-ba­tailles et les ré­formes mi­nus­cules sur les­quelles il faut se battre en in­ter­mi­nis­té­riel », s‘agace l’un de ses sou­tiens. Hu­lot, du reste, ne s’en cache pas. « Je perds tous mes ar­bi­trages », a-t-il confié, en toute fran­chise, à un vi­si­teur.

Vous avez dit ja­lou­sies ? Cer­tains de ses amis po­li­tiques bran­dissent cette piste. « Sa cote de po­pu­la­ri­té de­meure à un haut ni­veau par rap­port à d’autres mi­nistres… » glisse l’un. « Il est KO sous les coups de Sté­phane Tra­vert (NDLR : Agri­cul­ture) et Gé­rald Dar­ma­nin (Bud­get). Avec Bru­no Le Maire (Eco­no­mie), Edouard Phi­lippe et Sébastien Le­cor­nu (Eco­lo­gie), ils font par­tie de la même bande », dé­crypte, en off, une fi­gure de l’éco­lo­gie en ci­blant les mi­nistres is­sus de la droite. « Cer­tains mi­nistres et conseillers ont en­core la grille de lec­ture de l’an­cien monde ! » abonde un « hu­lo­tiste ».

La me­nace du dé­part de Ni­co­las Hu­lot a été suf­fi­sam­ment prise au sé­rieux pour qu’Edouard Phi­lippe de­mande hier à le voir en tête-à-tête dans l’après-mi­di afin de « le re­gon­fler », en marge d’une réunion bud­gé­taire où il était convié. « Le Pre­mier mi­nistre est à ses cô­tés », as­sure Ma­ti­gnon, à toutes fins utiles. Alors que bruissent des ru­meurs de re­ma­nie­ment pour fin mai ou juin, un proche du pré­sident douche les spé­cu­la­tions d’une bou­tade : « Les va­cances de M. Hu­lot se­ront studieuses ! » « Avec Em­ma­nuel Ma­cron, ils se parlent très ré­gu­liè­re­ment, en­core tout ré­cem­ment », ajoute un proche de Hu­lot pour bien si­gni­fier que le pré­sident n’a pas été sur­pris par le gros coup de se­monce de son mi­nistre.

DE GRANDS AR­BI­TRAGES À VE­NIR

Plus que le re­ma­nie­ment, ce sont les grands ar­bi­trages à ve­nir qui ex­pliquent la sor­tie de Hu­lot, qui a vou­lu mettre un coup de pres­sion avant le bras de fer. Car d’ici à fin juin se­ront tran­chés le plan sur la pro­tec­tion de la bio­di­ver­si­té, ce­lui sur la dé­fo­res­ta­tion et, sur­tout, le plan plu­ri­an­nuel qui dé­ci­de­ra de la po­li­tique éner­gé­tique du pays pour les cinq pro­chaines an­nées, no­tam­ment sur le nu­cléaire. « Ce se­ra le mo­ment dé­ci­sif », re­lève le dé­pu­té LREM Mat­thieu Or­phe­lin, fi­dèle de Hu­lot.

Mais rares sont ceux qui croient à une dé­mis­sion, même en cas de dé­faite. « Il n’a pas fi­ni son bou­lot. Il in­carne bien et il a en­core des choses à ar­ra­cher. Et son hy­po­thé­tique rem­pla­çant se­rait dif­fi­cile à trou­ver », juge son ami Gé­rard Feld­zer. « Hu­lot est très content d’être mi­nistre. Comme di­sait Pas­qua : Quand on aime les pin-pon, on a du mal à y re­non­cer ! » moque un ha­bi­tué de l’Ely­sée. Même si, dé­jà, des noms de rem­pla­çants cir­culent, comme Pas­cal Can­fin.

Reste que le cas Hu­lot ir­rite sur la pla­nète éco­lo. Ain­si Sé­go­lène Royal re­grette-t-elle en place pu­blique de le voir « lais­ser faire des re­culs ». « C’est Ber­cy ! Il doit se battre, tonne l’an­cienne mi­nistre de l’Eco­lo­gie, qui est au­jourd’hui… à Ushuaia (Argentine). Mi­chel Sa­pin (NDLR : ex- mi­nistre des Fi­nances), un jour, je l’ai pris au col­let ! » « Le risque pour Hu­lot avec son su­per­mi­nis­tère, c’est d’être bor­looi­sé », aver­tit le dé­pu­té eu­ro­péen Yan­nick Ja­dot, qui

évoque un « for­mi­dable gâ­chis » (voir son in­ter­view sur notre site).D’autres sont plus clé­ments. « Ce se­rait quoi les dé­ci­sions s’il n’était pas là ? Le Hu­lot ba­shing ne fait pas avan­cer la cause. Le pro­blème est plu­tôt à l’Ely­sée et à Ma­ti­gnon », re­grette Del­phine Ba­tho. Une fi­gure éco­lo achève, cin­glante : « Les bu­reau­crates et les tech­ni­ciens ont le pou­voir. C’est ça le pro­blème de nom­mer des mi­nistres sym­boles… »

“COMME DI­SAIT PAS­QUA : QUAND ON AIME LES PIN-PON, ON A DU MAL À Y RE­NON­CER ! UN HA­BI­TUÉ DE L’ÉLY­SÉE

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