LES RAI­SONS D’UN fias­co

FAITS DI­VERS La justice a an­nu­lé les mises en exa­men de Mu­rielle Bolle et des époux Ja­cob, sus­pec­tés d’avoir par­ti­ci­pé, en 1984, à l’as­sas­si­nat du pe­tit gar­çon.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - LA UNE - PAR TI­MO­THÉE BOUTRY AVEC GEOF­FROY TOMASOVITCH

JAC­QUE­LINE ET MAR­CEL JA­COB ÉTAIENT EN LARMES (…). ILS N’ONT PLUS RIEN À FAIRE DANS CE DOS­SIER. LES AVO­CATS DES ÉPOUX JA­COB

CE N’EST PAS UN COUP D’AR­RÊT mais c’est mal­gré tout un sé­rieux ac­ci­dent de par­cours sur un che­min vers la vérité dé­jà bien ca­bos­sé. Une fois de plus, la justice bal­bu­tie dans ce dos­sier mau­dit entre tous : le rapt et l’as­sas­si­nat, le 16 oc­tobre 1984, de Gré­go­ry Ville­min, re­trou­vé pieds et poings liés dans les eaux de la Vo­logne (Vosges). Il y a près d’un an, l’en­quête avait pour­tant connu une avan­cée ca­pi­tale avec la mise en exa­men, pour en­lè­ve­ment et sé­ques­tra­tion sui­vie de mort, de Mar­cel et Jac­que­line Ja­cob, le grand-oncle et la grand-tante du gar­çon­net.

Ce re­bon­dis­se­ment in­at­ten­du avait fait naître le fol es­poir de connaître, en­fin, l’épi­logue de ce crime sor­dide. Sen­ti­ment en­core ren­for­cé par la mise en exa­men de Mu­rielle Bolle, sus­pec­tée d’avoir été pré­sente lors de l’en­lè­ve­ment de l’en­fant. De­puis, même si l’en­quête n’avait pas per­mis d’ob­te­nir d’élé­ments dé­ci­sifs, la me­nace d’un ren­voi de­vant la cour d’as­sises pla­nait. Las ! Hier, la chambre de l’ins­truc­tion de la cour d’ap­pel de Di­jon (Côte-d’Or) a an­nu­lé les mises en exa­men des trois mis en cause. « C’est très contra­riant », ad­met une source proche du dos­sier.

LES AU­DI­TIONS DES JA­COB ÉGA­LE­MENT AN­NU­LÉES

La dé­ci­sion des ma­gis­trats de la cour d’ap­pel, sai­sie par les avo­cats de la dé­fense, est pu­re­ment pro­cé­du­rale. Les conseillers es­timent que l’an­cienne pré­si­dente de la chambre, Claire Bar­bier, char­gée de conduire le sup­plé­ment d’in­for­ma­tion, n’avait ju­ri­di­que­ment pas le droit de pro­non­cer seule les mises en exa­men. Cette pré­ro­ga­tive de­vait en réa­li­té re­ve­nir à la chambre de l’ins­truc­tion dans sa for­ma­tion col­lé­giale. Les juges en tirent les consé­quences.

Ils ont aus­si an­nu­lé les « actes sub­sé­quents », c’est-à-dire les ex­per­tises psy­chia­triques et psy­cho­lo­giques dé­jà réa­li­sées, mais sur­tout les au­di­tions des époux Ja­cob ef­fec­tuées par Claire Bar­bier de­puis le mois de juin. Même si ni l’un ni l’autre n’avait for­mu­lé de quel­conques aveux, l’ac­cu­sa­tion comp­tait ex­ploi­ter cer­taines de leurs dé­cla­ra­tions. En re­vanche, la garde à vue de Mu­rielle Bolle de 1984, au cours de la­quelle elle avait mis en cause son beau-frère Ber­nard La­roche, est va­li­dée.

L’ar­rêt est un coup dur pour l’ac­cu­sa­tion car elle fra­gi­lise un dos­sier dé­jà friable. Dans un com­mu­ni­qué, Jean-Jacques Bosc, le pro­cu­reur gé­né­ral de Di­jon, pré­fère voir le verre à moi­tié plein : « Cette dé­ci­sion d’an­nu­la­tion porte sur des points de pro­cé­dure et non pas sur des élé­ments tou­chant au fond du dos­sier », se ras­sure-t-il. Le haut ma­gis­trat a cinq jours pour se pour­voir en cas­sa­tion. Ce­la pa­raît im­pro­bable car, outre le risque de ne pas ob­te­nir gain de cause, ce­la ral­lon­ge­rait en­core une pro­cé­dure dé­jà in­ter­mi­nable. L’ar­rêt ne re­met néan­moins pas en cause la pour­suite des in­ves­ti­ga­tions.

Les mis en cause ont évi­dem­ment ac­cueilli la nou­velle avec beau­coup de sa­tis­fac­tion. « Mu­rielle Bolle est ra­vie », in­dique son en­tou­rage. « Jac­que­line et Mar­cel Ja­cob étaient en larmes », ont in­di­qué, lors d’une con­fé­rence de presse, leurs avo­cats Mes Sté­phane Giu­ran­na, Alexandre Bou­thier et Fré­dé­ric Ber­na, ajou­tant que leurs clients « n’ont plus rien à faire dans ce dos­sier ».

Ju­ri­di­que­ment, la chambre de l’ins­truc­tion a pour­tant la pos­si­bi­li­té de pro­non­cer à nou­veau leurs mises en exa­men. Les avo­cats des pa­rents de Gré­go­ry en fe­ront la de­mande. « Ch­ris­tine et Jean-Ma­rie Ville­min sont dé­ter­mi­nés à connaître la vérité. De­puis 1984, ils ont ap­pris la ver­tu de la pa­tience », rap­pelle Me Ma­rie-Ch­ris­tine Chas­tantMo­rand qui dé­fend, avec Mes Thierry Mo­ser et Fran­çois Saint-Pierre, les in­té­rêts des pa­rents de Gré­go­ry. Le pro­cu­reur gé­né­ral pour­rait éga­le­ment prendre des ré­qui­si­tions en ce sens. Le feuilleton Gré­go­ry est en­core loin d’être ache­vé.

Mu­rielle Bolle (ci-des­sus) et les époux Ja­cob, Mar­cel et Jac­que­line (à droite), avaient été mis en exa­men en juin 2017.

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